Le loup et le fu­sil

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - BRU­NO MÈGE bru­no.mege@cen­tre­france.com

La tue­rie d’or­lan­do, son au­teur et les élé­ments qui l’ont ren­due pos­sible placent les res­pon­sables po­li­tiques et sé­cu­ri­taires amé­ri­cains de­vant deux pro­blèmes pour l’heure qua­si in­so­lubles. D’abord, ce­lui des « loups so­li­taires », ca­té­go­rie à la­quelle Omar Ma­teen semble de­voir être rat­ta­ché… même si, hier, rien n’était en­core sûr et dé­fi­ni­tif. L’au­to­ra­di­ca­li­sa­tion, sui­vie à plus ou moins longue échéance du pas­sage à l’acte, est un pro­ces­sus qui peut res­ter presque in­dé­ce­lable.

Bien sûr, le FBI est d’ores et dé­jà sur la sel­lette, lui qui avait in­ter­ro­gé le fu­tur tueur d’or­lan­do à plu­sieurs re­prises, cer­ tai­ne­ment parce qu’une ou des per­sonnes l’avaient « si­gna­lé ». « Il y a eu né­gli­gence ou ca­rence », vont cla­mer les ac­cu­sa­teurs de l’agence. Mais un in­di­vi­du peut « fi­gu­rer sur les écrans ra­dar » sans qu’il y ait contre lui le moindre com­men­ce­ment de preuve si ce « loup so­li­taire » en est en­core à ré­flé­chir à son pas­sage à l’acte. D’où l’aban­don, sans doute, de la sur­veillance de Ma­teen. Le FBI, lui aus­si, doit avoir ac­tuel­le­ment quelques pe­tits sou­cis d’ef­fec­tifs, et ce­la pour­rait lui ser­vir de ligne de dé­fense.

Le se­cond pro­blème sans so­lu­tion à court terme est plus spé­ci­fi­que­ment lo­cal. Le ci­toyen amé­ri­cain Omar Ma­teen, qui n’avait pas de ca­sier ju­di­ciaire, a pu tran­quille­ment se pro­cu­rer l’arme d’as­saut avec la­quelle il a com­mis le mas­sacre d’or­lan­do. Mais là, on touche au sa­cré ver­sion John Wayne, à sa­voir le fa­meux deuxième amen­de­ment de la Cons­ti­tu­tion qui ga­ran­tit à tout ci­toyen des USA le droit à une arme et consti­tue un élé­ment de L’ADN de l’amérique pro­fonde.

Le lob­by des armes a, de toute ma­nière, ré­ponse à tout. « Son » can­di­dat à la Mai­sonB­lanche, Do­nald Trump, a sau­té sur l’oc­ca­sion et ex­pli­qué que le mas­sacre du Pulse au­rait été moins meur­trier si cer­tains clients de la boîte de nuit avaient été ar­més. Un ar­gu­ment qu’il avait dé­jà uti­li­sé après la tue­rie du Ba­ta­clan. Trump a aus­si, entre autres choses, ac­cu­sé les mu­sul­mans amé­ri­cains de ne pas dé­non­cer les in­di­vi­dus ra­di­ca­li­sés. Ce­la s’ap­pelle je­ter de l’huile sur le feu à des fins élec­to­rales. Mais ce dis­cours peut lais­ser des traces dans un pays trau­ma­ti­sé.

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