Les pre­mières mi­nutes dé­ci­sives

Les forces d’in­ter­ven­tion fran­çaises misent dé­sor­mais sur la ra­pi­di­té pour en­rayer les tue­ries

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

Au Ba­ta­clan en France comme à Or­lan­do aux Étatsu­nis, des di­zaines de vic­times ont été fau­chées par les balles dès les pre­mières mi­nutes de l’at­taque.

Les mas­sacres de masse dans des lieux clos, par un ou des ti­reurs dé­ci­dés à tuer le plus de monde pos­sible avant de tom­ber sous les balles des po­li­ciers, conduisent les forces de l’ordre à re­voir leur mode opé­ra­toire.

Jus­qu’ici, la prio­ri­té était la sé­cu­ri­sa­tion des abords, puis la mise en place des équipes, l’ou­ver­ture de ca­naux de né­go­cia­tions, l’as­saut en der­nier re­cours. Dans la salle de concert pa­ri­sienne Le Ba­ta­clan comme dans la boîte de nuit d’or­lan­do en Flo­ride, plu­sieurs heures se sont écou­lées avant que les po­li­ciers spé­cia­li­sés n’entrent en ac­tion.

« Face à des agres­seurs dé­ci­dés à faire un nombre maxi­mum de vic­times puis d’y lais­ser leur peau, nous avons dû chan­ger de doc­trine », ex­plique un res­pon­sable de la lutte an­ti­ter­ro­riste qui, parce qu’il n’est pas au­to­ri­sé à s’ex­pri­mer pu­bli­que­ment, de­mande à res­ter ano­nyme.

Le po­li­cier de base

« Tout se passe dans les cinq pre­mières mi­nutes. À la li­mite, quand les forces d’in­ter­ven­tion spé­cia­li­sées sont ar­ri­vées et prêtes à en­trer en ac­tion, c’est dé­jà trop tard », dit­il. « Au Ba­ta­clan, la plu­part des gens ont été tués dans le pre­mier quart d’heure. »

Après l’at­taque de la ré­dac­tion de Char­lie Heb­do (12 morts) en jan­vier 2015 et plus en­core après celle de la salle de spec­tacles du Ba­ta­clan (90 morts), il a été dé­ci­dé de mieux ar­mer, pro­té­ger et for­mer les po­li­ciers et gen­darmes or­di­naires. Dans le cadre de leurs ac­ti­vi­tés et pa­trouilles de rou­tine, ces der­niers sont en ef­fet sus­cep­tibles d’être les pre­miers sur place.

« Li­mi­ter la casse »

Ils com­mencent à re­ce­voir des armes de plus gros ca­libre, des gi­lets pare­balles et des casques ca­pables d’ar­rê­ter les mu­ni­tions ti­rées par les armes de guerre uti­li­sées par les dji­ha­distes, ain­si que l’en­traî­ne­ment qui va avec.

« Les seuls qui peuvent li­mi­ter la casse », ajoute la même source, « ce sont les pre­miers in­ter­ve­nants. Les gars des bri­gades an­ti­cri­mi­na­li­té, s’ils ne sont pas trop loin ». « Et s’ils ont le cou­rage d’y al­ler… Parce qu’il faut y al­ler, face à un dan­ger pa­reil… »

Il cite en exemple le com­mis­saire de po­lice qui, pas­sant en voi­ture de­vant le Ba­ta­clan, est en­tré dans la salle et a tou­ché, avec son arme de ser­vice, l’un des as­saillants dont le gi­let ex­plo­sif a sau­té.

Au ni­veau na­tio­nal, une ré­forme est en cours pour per­mettre à une équipe spé­cia­li­sée, po­lice ou gen­dar­me­rie, d’in­ter­ve­nir en vingt mi­nutes sur l’en­semble du ter­ri­toire. Des an­tennes des uni­tés d’as­saut ont été créées ou sont en voie de l’être dans plu­sieurs ca­pi­tales ré­gio­nales.

Face à la po­lice

« Il faut qu’une force s’in­ter­pose pour ra­len­tir l’ac­tion des ter­ro­ristes et peut­être l’ar­rê­ter com­plè­te­ment », dit Fran­çois El Bah­ri, an­cien membre du Raid (uni­té d’as­saut de la po­lice). « À par­tir du mo­ment où l’in­ter­ven­tion com­mence, le mas­sacre s’ar­rête. Le seul sou­ci des ter­ro­ristes de­vient de li­vrer leur der­nier com­bat face à la po­lice. Donc plus on rac­cour­ci­ra les dé­lais d’in­ter­ven­tion, mieux ce se­ra. »

Plu­tôt que d’en­cer­cler les lieux, « sé­cu­ri­ser le pé­ri­mètre » dans le jar­gon spé­cia­li­sé, des équipes sont en train d’être for­mées pour ar­ri­ver sur les lieux le plus vite pos­sible, quitte à ne pas dis­po­ser de tout leur ma­té­riel, et en­ga­ger sans tar­der le com­bat avec des agres­seurs re­tran­chés, le plus sou­vent avec des otages.

« Nous avons des gars qui dorment tout ha­billés ou presque à cô­té de leurs mo­tos, mo­bi­li­sables en quelques mi­nutes », as­sure le même haut res­pon­sable. « Mais à la longue, c’est pas une vie. Ils sont épui­sés. Et même avec ce dis­po­si­tif, ils ar­ri­ve­ront sans doute trop tard. La seule so­lu­tion, ce se­rait d’avoir le bon ren­sei­gne­ment, à l’avance… » ■

PHO­TO AFP

OR­LAN­DO. Plu­sieurs heures se sont écou­lées avant que les po­li­ciers spé­cia­li­sés n’entrent en ac­tion.

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