La dan­ge­ro­si­té con­dam­née

Une ado en fau­teuil rou­lant après un ac­ci­dent à Ma­le­mort

La Montagne (Brive) - - Limousin Actualité - Blan­dine Hu­tin-mer­cier

Sen­ten­cieu­se­ment, la pré­si­dente rend son ju­ge­ment, le jus­ti­fie : un an de pri­son dont cinq mois as­sor­ti d’un sur­sis mise à l’épreuve pen­dant deux ans ; obli­ga­tion de soins, de tra­vailler, d’in­dem­ni­ser les vic­times ; cinq d’in­ter­dic­tion de dé­te­nir une arme ; an­nu­la­tion du per­mis de conduire et in­ter­dic­tion de le re­pas­ser avant cinq ans. « Il est de ma res­pon­sa­bi­li­té de mar­quer un coup d’ar­rêt à votre dan­ge­ro­si­té au vo­lant ».

A la barre, Mi­ckaël Guil­hot ne moufte pas. Il n’en dit guère plus de­puis le dé­but de l’au­dience, hier, de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel. Soit qu’il ne se sou­vient pas, soit qu’il n’a pas en­vie d’en par­ler… De son ca­sier ju­di­ciaire (deux men­tions, une pour bles­sures in­vo­lon­taires au vo­lant, l’autre pour grand ex­cès de vi­tesse), il n’était pas là « pour par­ler de ça », avait­il ré­pli­qué ner­veu­se­ment à la pré­si­dente. « Vous vous fi­chez de moi ! », s’était éner­vée cette der­nière.

D’ou­bli en dé­ni, le pré­ve­nu s’est mis tout le monde à dos au fil de l’au­dience. Sauf peut­être les pre­mières vic­times de cet ac­ci­dent de la route qui, le 5 sep­tembre, à Ma­le­mort, en a fait quatre, plus ou moins gra­ve­ment bles­sées, plus ou moins trau­ma­ti­sées.

Ce soir­là, vers 20 heures, il re­con­naît qu’il s’est as­sou­pi, parce qu’il était re­par­ti du Can­tal plus tard que pré­vu, parce que sa com­pagne ne lui par­lait pas et dor­mait. Parce qu’il pen­sait pou­voir conti­nuer à conduire jus­qu’à Pé­ri­gueux en ou­vrant les vitres pour se fouet­ter le vi­sage. Fi­na­le­ment, il pique du nez (cer­tains es­timent qu’il tex­to­tait…), per­cute deux voi­tures et laisse sa belle­soeur de 14 ans, as­sise à l’ar­rière de son vé­hi­cule, pa­ra­plé­gique à vie. Tout oc­cu­pé, di­ront les té­moins, à s’en­qué­rir de sa sa­coche et de ses por­tables.

Ir­res­pon­sa­bi­li­té

Les deux soeurs ne sont pas par­ties ci­viles à l’au­dience, mais les avo­cats l’ac­cusent au nom de toutes les vic­times, poin­tant ses ex­cuses fai­blardes, son si­lence de­puis les faits ; son ir­res­pon­sa­bi­li­té quand, il y a deux mois, il a, à nou­veau, été ar­rê­té pour al­cool au vo­lant. « Votre com­por­te­ment fait froid dans le dos », com­mence le conseil de l’ado­les­cente. « Rien n’a prise sur lui. Il faut qu’il réa­lise qu’il est un dan­ger. Un de ces ma­tins, il y au­ra un mort à son pal­ma­rès ! », in­siste Me Faure­roche pour l’une des conduc­trices per­cu­tées. « Votre hu­ma­ni­té, il la cher­cher, as­sène M Cae­ta­no, pour l’autre conduc­teur bles­sé. Et ce qu’on trouve, c’est de l’herbe et un poing amé­ri­cain », ré­fé­rence à ce que les gen­darmes ont trou­vé dans sa boîte à gants le soir de l’ac­ci­dent.

Anaïs et sa soeur ne ré­clament au­cune in­dem­ni­té, mais la sub­sti­tut Jouan­det cherche une peine « utile » pour ré­pa­rer les dom­mages phy­siques, ma­té­riels, psy­cho­lo­giques et l’im­pru­dence qui confi­ne­rait presque à de la mise en dan­ger dé­li­bé­rée d’au­trui. Deux mois de sur­sis mise à l’épreuve et l’an­nu­la­tion du per­mis avec in­ter­dic­tion de le re­pas­ser avant douze mois. « Parce qu’on n’est pas que dans le ha­sard. »

« Parce qu’il faut mar­quer un coup d’ar­rêt à votre dan­ge­ro­si­té », alour­di­ra la pré­si­dente. ■

PHOTO : G. TEYSSEDOU

CHOC. Le vé­hi­cule dans le­quel l’ado­les­cente, au­jourd’hui té­tra­plé­gique, avait pris place.

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