Quand les profs ba­chotent sur l’eu­ro…

L’épreuve de phi­lo se dé­roule au­jourd’hui, jour du deuxième match de l’équipe de France

La Montagne (Brive) - - Corrèze Actualité - Ben­ja­min Pom­mier ben­ja­min.pom­mier@cen­tre­france.com

Ce ma­tin, le bac­ca­lau­réat 2016 dé­bute of­fi­ciel­le­ment. En plein Eu­ro de foot­ball. Si les élèves ont ré­vi­sé leur phi­lo de­puis plu­sieurs se­maines, les pro­fes­seurs on­tils aus­si ba­cho­té sur le foot ?

En­fin ! À dé­faut d’être le jour de gloire pour cer­tains, le jour J est en­fin ar­ri­vé. Après des se­maines d’an­goisse, de ré­vi­sions et peut­être aus­si d’heures pas­sées à suivre le dé­but de l’eu­ro de foot­ball, les lycéens planchent de­puis ce ma­tin 8 heures sur la pre­mière épreuve du bac 2016, la phi­lo­so­phie.

Ou­bliés les matches en­dia­blés entre potes, les piz­zas et les ex­pres­sions fleu­ries ; place dé­sor­mais aux ré­fé­rences lit­té­raires et ci­ta­tions d’au­teurs cé­lèbres. Al­bert Ca­mus n’étai­til pas lui­même un pas­ BRIVE. sion­né de foot­ball et an­cien grand gar­dien jus­qu’à ses 17 ans ?

En marge de l’épreuve de phi­lo, nous avons de­man­dé à deux pro­fes­seurs de lettres de Brive de plan­cher sur trois ex­pres­sions ty­piques d’un match de foot­ball. Mor­ceaux choi­sis.

« Le coup du som­bre­ro »

Phi­lippe Bar­bey, pro­fes­seur au ly­cée Danton, qui avoue ai­sé­ment avoir ar­rê­té le foot­ball en classe de 3e, s’en­vole di­rec­tion le Mexique. « Outre l’as­pect va­cances et so­leil de l’ob­jet en lui­même qui sert à se pro­té­ger, l’ex­pres­sion me ren­voie im­mé­dia­te­ment au Mexique et à la ré­vo­lu­tion em­me­née par Emi­lia­no Za­pa­ta en 1910 ».

Pour Mi­reille Blan­chet, an­cienne pro­fes­seur de lettres au ly­cée D’ar­son­val, ce geste tech­nique, qui consiste à faire pas­ser le bal­lon par­des­sus son ad­ver­saire, ren­voie au théâtre. « J’ai réa­li­sé une pièce ré­cem­ment sur la guerre entre Grecs et Troyens. À la fin, plu­tôt que les faire com­battre et s’entre­tuer, j’ai mis en scène un match de foot­ball avec un joueur qui s’ap­pe­lait Som­bre­ro (rires ).»

« Un re­nard des sur­faces »

« Ah ça, je connais, lâche d’em­blée Mi­reille Blan­chet. En terme lit­té­raire, c’est une belle pé­ri­phrase mé­lio­ra­tive. Pour un at­ta­quant, c’est un com­pli­ment, ce­la si­gni­fie qu’il est ru­sé et ma­lin ».

« Je n’avais en­core ja­mais en­ten­du cette ex­pres­sion. Je me rends compte que je suis vrai­ment loin de tout ce­la, sou­rit l’en­sei­gnant du ly­cée Danton. Après ré­flexion, ce­la me fait pen­ser à un re­nard des neiges qui, sans bruit, fait des pe­ tits bonds pour at­tra­per ses proies. Mais je ne suis pas cer­tain que ça colle vrai­ment avec le foot­ball ».

« Des gants en peau de pêche »

« On di­rait une mé­ta­phore ar­bo­ri­cole, mais ce­la m’évoque aus­si une jo­lie contra­dic­tion, glisse ma­li­cieu­se­ment Mi­reille Blan­cet. Mettre des gants est un geste d’élé­gance fé­mi­nine. Grâce au cos­mé­tique, les femmes aiment aus­si avoir une peau de pêche. Cette ex­pres­sion tranche entre l’uni­vers vi­ril du foot­ball et la fé­mi­ni­té ».

Pour Phi­lippe Bar­bey, il est tout de suite ques­tion de lit­té­ra­ture et de Bal­zac. « Je pense au ro­man La Peau de cha­grin de Bal­zac. Je me rap­pelle l’avoir lu à l’ado­les­cence, c’était ma­gni­fi­que­ment dé­pri­mant ». ■

PHOTO BEP

GAR­DIEN DE BUT. Avoir des gants en peau de pêche dé­signe un gar­dien qui a ten­dance à échap­per les bal­lons.

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