« On a sous-es­ti­mé les hoo­li­gans »

La Montagne (Brive) - - Euro 2016 - Twit­ter : @jean­cris87

Ro­land Cha­tard a été le Mon­sieur Sé­cu­ri­té de l’eu­ro 1984 en France avant d’être consul­tant lors du Mon­dial 1986. Après les in­ci­dents à Mar­seille, son ex­per­tise est per­ti­nente et poin­tue.

Re­cueilli par Jean-ch­ris­tophe Bour­din

Com­mis­saire de po­lice à la re­traite, Ro­land Cha­tard garde un oeil avi­sé sur les pro­blèmes de sé­cu­ri­té et no­tam­ment pour cet Eu­ro en France mar­qué par les dé­chaî­ne­ments de vio­lence des sup­por­ters an­glais et russe. ■ Avez-vous été sur­pris par les dé­bor­de­ments des sup­por­ters à Mar­seille ? Non parce que ce n’est pas nou­veau de re­trou­ver les Russes et les An­glais dans de tels évé­ne­ments. Dé­jà il y a quatre ans à l’eu­ro en Pologne et en Ukraine des in­ci­dents graves im­pli­quant les Russes avaient été mi­ni­mi­sés. ■ Qu’est-ce qui n’a pas mar­ché ? Nor­ma­le­ment, il y a des « pro­fi­lers », des gens char­gés de re­con­naître les élé­ments les plus dan­ge­reux, mais ces gens­là n’ont four­ni au­cune in­for­ma­tion va­lable. Ça n’a pas été fait sé­rieu­se­ment par les An­glais et pas du tout par les Russes. ■ Au-de­là, voyez-vous d’autres er­reurs ? Les hoo­li­gans viennent pour se saou­ler et se battre. Il y a eu un pro­blème de vente d’al­cool au­tour des stades et il faut ad­mettre aus­si que l’ho­raire du match n’était pas adap­té. Et l’heure d’une ren­contre, je sais très bien pour avoir été au plus près des or­ga­ni­sa­tions, que ça peut se chan­ger. En­fin, on peut quand même noter que ce­la a été une er­reur de mettre An­glais et Russes si près les uns des autres dans le stade.

Dé­tec­tion des drones à 3 ou 4 km

■ L’in­ter­ven­tion des forces de l’ordre a-t-elle été adap­tée aux cir­cons­tances ? On peut se po­ser la ques­tion et no­tam­ment par rap­port aux Russes qui agissent en grou­pus­cules très or­ga­ni­sés et très mo­biles. ■ On a pour­tant le sen­ti­ment que ce pro­blème de sé­cu­ri­té a été ex­trê­me­ment pré­pa­ré en amont… Mais c’est le cas. Ren­dez­vous compte qu’il y a pour cet Eu­ro 90.000 hommes des forces ci­viles, mi­li­taires et po­li­cières pour les 51 matchs dans les dix villes de l’eu­ro. C’est énorme ! ■ Les moyens sont consi­dé­rables ! Et je vais même vous dire mieux : pour la pre­mière fois, on a mis en place pour tous les stades un sys­tème de sé­cu­ri­té contrô­lé par l’ar­mée de l’air pour évi­ter la pé­né­tra­tion des drones. Comme ça existe dé­sor­mais au­tour des cen­trales nu­cléaires, des drones peuvent être dé­tec­tés à 3 ou 4 km de dis­tance et neu­tra­li­sés. De même, à Mar­seille où la fan zone est au bord de la mer, la Ma­rine Na­tio­nale as­sure une pro­tec­tion afin qu’il n’y ait au­cune ar­ri­vée par la mer. ■ Alors pour­quoi ce re­tard à l’al­lu­mage ? À mon avis, on a trop pen­ché vers le ter­ro­risme et on a sous­es­ti­mé les hoo­li­gans. ■ On ima­gine qu’il va y avoir des ajus­te­ments ? Ce­la a dé­jà été fait sur la vente d’al­cool dans et au­tour des stades. Et puis, on doit quand même sa­luer l’ef­fi­ca­ci­té des sta­diers. Au­jourd’hui, ce sont des so­cié­tés pri­vées avec des sta­diers for­més. N’ou­blions pas que ce sont eux qui ont bar­ré la route du stade de France aux ter­ro­ristes le 13 no­vembre. ■ C’est in­quié­tant se­lon vous, tous ces pro­blèmes avec les sup­por­ters ? Il faut évi­dem­ment une ra­pide adaptation car si­non ce se­ra une ca­tas­trophe en vue de la can­di­da­ture de Pa­ris pour les Jeux Olym­piques de 2024. ■

PHOTO ARCHIVES B. AZZOPARD

AL­COOL. « Il y a eu un pro­blème de vente d’al­cool au­tour des stades ».

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