La bonne san­té de l’hyp­nose comme pra­tique thé­ra­peu­tique

Le fas­ci­na­teur Mess­mer se pro­duit ce soir à Li­moges. L’hyp­nose spec­ta­cu­laire est à mille lieues de celle uti­li­sée par les soi­gnants pour ai­der des pa­tients. Ex­pli­ca­tions et té­moi­gnages en Limousin.

La Montagne (Brive) - - La Une - Hé­lène Pom­mier he­lene.pom­mier@cen­tre­france.com

«Quand mon mé­de­cin m’a pro­po­sé une séance d’hyp­nose pour mes pro­blèmes de som­meil, ma pre­mière ré­ac­tion a été de dire non. J’étais per­sua­dée que ça ne me fe­rait rien, et puis j’ai ré­flé­chi… Je ne vou­lais pas prendre de mé­di­ca­ments. » Pour Va­lé­rie, une Cor­ré­zienne de 42 ans, comme pour beau­coup de pa­tients, l’hyp­nose, même pro­po­sée par un pro­fes­sion­nel de san­té, sus­cite en­core des ré­ti­cences. Guillaume, 43 ans, de Li­moges, était lui aus­si très scep­tique. « J’as­so­ciais ça à du char­la­ta­nisme mais j’avais confiance en mon mé­de­cin gé­né­ra­liste, alors j’ai ten­té. »

Res­pect et éthique

Guillaume a ar­rê­té de fu­mer de­puis cinq mois et Va­lé­rie a ré­glé ses sou­cis d’in­som­nie. Ma­gie ? Ma­ni­pu­la­tion ? Rien de tout ce­la. L’hyp­nose thé­ra­peu­tique (ou médicale) est un ou­til de plus en plus uti­li­sé par les soi­gnants. En Limousin, des psy­chiatres, des mé­de­cins gé­né­ra­listes, des den­tistes, des ki­nés, des sages­femmes, des in­fir­miers se sont for­més pour ai­der des pa­tients dans les dif­fé­rents pro­blèmes qu’ils ren­contrent.

Des pro­fes­sion­nels li­bé­raux… mais aus­si hos­pi­ta­liers : anes­thé­siste à Saint­ju­nien, Phi­lippe Mar­chand a ac­com­pa­gné par l’hyp­nose des opé­ra­tions chi­rur­gi­cales par coe­lio­sco­pie ; au CHU de Li­moges, Chan­tal Wood, pé­diatre, tra­vaille no­tam­ment sur la dou­leur chez l’en­fant.

Ges­tion de la dou­leur, qu’elle soit chro­nique ou gé­né­rée par les soins, troubles di­ges­tifs, psy­cho­lo­giques (an­xié­té, dé­pres­sion, ad­dic­tion, com­por­te­ment ali­men­taire), pro­blèmes de peau (ec­zé­ma, pso­ria­sis), etc. : l’hyp­nose thé­ra­peu­tique a un champ d’ap­pli­ca­tion très vaste. « Ce­la va de la pho­bie du den­tiste à l’énu­ré­sie [pi­pi au lit], de la réa­li­sa­tion de points de su­ture ou d’un vac­cin à la maî­trise de l’hy­per­ten­sion », ex­plique Jules La­gra­feuil, mé­de­cin gé­né­ra­liste en Corrèze, qui s’est for­mé voi­là cinq ans aux tech­niques d’hyp­nose. « Mais tout ce que je fais entre dans mon do­maine de com­pé­tences. Je ne pré­tends pas faire de l’hyp­nose avec une per­sonne lors d’une in­ter­ven­tion en bloc opé­ra­toire, par exemple, parce que je ne suis pas anes­thé­siste. Les séances ont lieu dans des condi­tions confor­tables, en toute sé­cu­ri­té, dans le res­pect de la per­sonne et dans un sou­ci d’éthique. »

« En transe mais consciente »

Avant de com­men­cer, Jules La­gra­feuil ef­fec­tue tou­jours un en­tre­tien préa­lable : « j’éva­lue la per­ti­nence de la de­mande. J’ex­plique comment ça marche. L’idée est aus­si de voir si le re­la­tion­nel fonc­tionne entre le pa­ tient et moi ». L’hyp­nose thé­ra­peu­tique est, ici, un trai­te­ment com­plé­men­taire où le pa­tient est plei­ne­ment ac­teur de son pro­jet. Il n’y a au­cune prise de contrôle. « Je ne dé­cide pas à la place de la per­sonne ce qu’elle sou­haite amé­lio­rer ou chan­ger, pour­suit le doc­teur La­gra­feuil. Je lui sug­gère des choses qui cor­res­pondent à son ob­jec­tif, j’uti­lise un lan­gage mé­ta­pho­rique, mais je n’ai pas ac­cès à ce que le cer­veau ima­gine, à la ma­nière dont mes pa­roles sont trans­for­mées en réa­li­té in­té­rieure. » Loin d’être pas­sif, le pa­tient doit aus­si pour­suivre chez lui le « tra­vail » et réuti­li­ser les cir­cuits ex­plo­rés avec le thé­ra­peute.

Guillaume, par exemple, de­vait faire des exer­cices quo­ti­diens d’au­to­hyp­nose à la mai­son. « Je n’étais pas très stu­dieux au dé­part, mais je m’y suis mis et j’ai réus­si à ar­rê­ter la ci­ga­rette après trois séances en ca­bi­net mé­di­cal. » L’hyp­nose l’a ren­du « ca­pable de maî­tri­ser le be­soin de fu­mer en [se] concen­trant sur autre chose ». Quant à Va­lé­rie, pour sou­la­ger son stress et son manque de som­meil, son thé­ra­peute a évo­qué avec elle un lieu où elle sen­tait bien, « l’eau, la pis­cine ». « J’étais en transe, mais consciente, et je me suis sen­tie tel­le­ment apai­sée. Ce­la fait quatre ans que je fais de l’hyp­nose. et hon­nê­te­ment ça m’a chan­gé la vie. » ■

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