Un com­mer­cial ju­gé pour avoir dé­tour­né plus de 210.000 €

Le res­pon­sable d’un ma­ga­sin de meuble de Brive a été condam­né hier à deux ans de pri­son avec sur­sis pour avoir dé­tour­né plus 210.000 € en en­cais­sant les acomptes des clients.

La Montagne (Brive) - - La Une - Émi­lie Auf­fret

Un bon de com­mande sur­éva­lué, une fac­ture sous éva­luée : la dif­fé­rence est al­lée pen­dant près de quatre ans dans la poche d’un com­mer­cial tra­vaillant pour une en­seigne de meubles im­plan­tée à Ma­le­mort. Ce­lui­ci com­pa­rais­sait hier ma­tin de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Brive, pour vol, abus de confiance, faux et usage de faux.

La pré­si­dente du tri­bu­nal a ten­té de com­prendre à maintes re­prises la dé­marche de ce tren­te­naire ha­bi­tant Bey­nat. « Vous aviez un CDI, un sa­laire plu­tôt cor­rect… Pour­quoi avoir dé­tour­né cet ar­ gent entre 2011 et 2015 ? ». D’une voix faible, le pré­ve­nu ré­pond : « J’ai vou­lu me don­ner un train de vie que je n’avais pas. La fa­ci­li­té était là. Il y avait une porte. Je suis en­tré ».

Le res­pon­sable de ma­ga­sin a en ef­fet pous­sé une porte qui s’est ou­verte sur une pente glis­sante et qui s’est trans­for­mée en en­ gre­nage. « Quand les clients ver­saient un acompte en chèque ou en es­pèce, vous dé­tour­niez cette somme. En­suite le mon­tant de l’acompte était dé­duit du mon­tant de la fac­ture. Les bons de com­mandes étaient sin­cères mais les fac­tures men­son­gères », ré­sume la pré­si­dente. Le pré­ve­nu ac­quiesce. Les en­quê­teurs ont éva­lué le mon­tant du dé­tour­ne­ment à 213.179,50 € et iden­ti­fié près de 150 ventes li­ti­gieuses entre le 19 dé­cembre 2011 et le 21 août 2015.

Des chiffres qui ne conviennent pas à l’en­tre­prise fa­mi­liale vic­time de l’es­cro­que­rie. « Chaque an­née, vous avez dé­tour­né un peu plus. 1,9 % du chiffre d’af­faires en 2012, 5,2 % en 2013, 4,4 % en 2014 et 9,8 % en 2015 », pré­tend Me Vincent De­sport, avo­cat de la par­tie ci­vile. Après avoir re­mis en cause le cal­cul des en­quê­teurs et ex­pli­qué le sien, l’avo­cat de la par­tie ci­vile at­teint la somme de 313.000 €. « Je vous de­mande de ne pas vous sen­tir liés par les 213.000 eu­ros de la citation. […] Cette en­tre­prise a été au bord du dé­pôt de bi­lan et n’est tou­jours pas à l’abri de l’être. C’est le tra­vail d’une vie », a­t­il plai­dé sans ou­blier de men­tion­ner la « grande confiance » qui était ac­cor­dée au pré­ve­nu.

Le par­quet s’est op­po­sé à une ex­clu­sion de l’ins­crip­tion au bul­le­tin 2 du ca­sier ju­di­ciaire « afin d’in­ter­dire qu’on puisse se re­trou­ver dans pa­reille si­tua­tion ». Il a re­quis 12 mois de pri­son avec sur­sis et une amende de 10.000 €.

La dé­fense, in­car­née par Me Be­noît Brousse, a plai­dé le manque de contrôle dans l’en­tre­prise et la concen­tra­tion des pou­voirs dans les mains du pré­ve­nu al­lant même jus­qu’à évo­quer « un manque de sé­rieux ». De­man­dant un ren­voi sur in­té­rêt ci­vil quant aux dom­mages et in­té­rêt, la pré­si­dente a re­quis ses ob­ser­va­tions. « Nous sommes d’ac­cord pour les 213.000 € mais pas pour le reste ».

Deux ans de sur­sis

Le tri­bu­nal a condam­né le pré­ve­nu à deux ans de pri­son avec sur­sis mise à l’épreuve de trois ans, l’obli­ga­tion de tra­vailler et d’in­dem­ni­ser les vic­times. La non­ins­crip­tion au B2 du ca­sier ju­di­ciaire a été re­je­tée par les juges qui sont res­tés sur la somme de 213.179,50 € à ver­ser à la par­tie ci­vile. ■

PHOTO F. LHERPINIÈRE

À LA BARRE. Le com­mer­cial n’a pas nié les faits qui lui étaient re­pro­chés.

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