Un nou­veau ro­man en clair-obs­cur de Jean-paul Ma­la­val

La Montagne (Brive) - - La Une - Blan­dine Hu­tin-mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com

Dans son nou­veau ro­man, L’ho­no­rable Mon­sieur Gendre, Jean-paul Ma­la­val ma­laxe les âmes avec la glaise de la guerre et de la re­cons­truc­tion. Sans com­pro­mis.

Voi­là en­core un livre qui nous plonge dans les méandres de la guerre ! La Se­conde Guerre mon­diale cette fois, dans le nord­est de la France. La guerre vé­cue par une fa­mille de la bour­geoi­sie in­dus­trieuse. Mais c’est dans une plon­gée tout en fi­nesse et en cir­con­vo­lu­tions que nous en­traîne Jean­paul Ma­la­val dans son nou­veau ro­man, L’ho­no­rable Mon­sieur Gendre (aux Presses de la ci­té).

Le père M. Straub tra­vaille dans une bri­que­te­rie ; com­pé­tent, fi­dèle, il a la confiance de son pa­tron, la re­con­nais­sance de ses pairs. Sa femme est oi­sive, in­quiète de na­ture, meur­trie par la mort, au front, du fils aî­né ; son corps n’a pas été re­trou­vé, nour­ris­sant le déses­poir de sa mère. La fille, im­per­ti­nente comme sait l’être la jeu­nesse do­rée, est bal­lot­tée, cu­lot­tée, tête brû­lée ; naïve jus­qu’à la bê­tise par­fois.

Cas de conscience

Tout se­rait simple si ce pe­tit monde n’évo­luait dans cette par­tie de la France at­ta­quée la pre­mière, liée à cette autre France en­core al­le­mande ; l’al­sace où choi­sir son camp est plus com­pli­qué en­core. Entre M. Straub et son frère Pau­lus, la rup­tu­ re est to­tale, la haine abrupte, la ven­geance te­nace.

Tout se­rait simple en­core si ce pe­tit monde n’était ce­lui d’une in­dus­trie obli­gée de vivre et faire vivre ses ou­vriers à la fron­tière de la com­pro­mis­sion avec l’en­ne­mi. Le point de vue est in­té­res­sant, la ré­ponse à ce cas de conscience nul­le­ment évi­dente.

Tout se­rait si simple en­fin si les bons et les mau­vais l’étaient sans dis­cer­ne­ment. Si, en cette pé­riode trou­blée, faus­sée, on connais­sait tou­jours le des­sous des cartes, l’en­vers des per­son­na­li­tés, les des­seins et les de­voirs même de ceux qui nous sont les plus proches.

Quelle paix ?

Non, tout reste dé­ci­dé­ment com­plexe. Et la paix ne ra­mène ni la tran­quilli­té des es­prits, ni la sé­ré­ni­té des coeurs. Car le trouble per­siste, entre épu­ra­tion et faux hon­neur ; la puis­sance de l’ar­gent conti­nue d’im­po­ser sa loi, la loyau­té de frayer avec la peur et l’am­bi­tion.

Dans une so­cié­té bou­le­ver­sée, où les be­soins de re­cons­truc­tion agissent comme un rou­leau com­pres­seur, comment construire sa vie hon­nê­te­ment, sur ses seuls mé­rites ? Comment ai­mer sans en­traves ? Comment se pré­ser­ver, hon­nête et fiable ?

Jean­paul Ma­la­val, dans l’oeil et les ac­tions de ses per­son­nages, des­sine un monde en demi­teinte, ten­du ; il ren­voie cha­cun à ses res­pon­sa­bi­li­tés. Et de ces en­gre­nages, bien peu en sortent gran­dis. ■

Jean-paul Ma­la­val. L’ho­no­rable Mon­sieur Gendre (Presses de la Ci­té, col­lec­tion Terres de France). 414 pages. 21,50 €.

PHOTO GWEN TEYSSEDOU

BRI­VISTE. Jean-paul Ma­la­val.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.