La conven­tion va être pro­ro­gée

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

L’is­sue était in­évi­table : les par­te­naires so­ciaux ont ac­té, hier, l’échec de la né­go­cia­tion sur l’as­su­rance chô­mage, ren­voyant le dos­sier entre les mains du gou­ver­ne­ment qui a dé­ci­dé de pro­ro­ger l’ac­tuelle conven­tion et d’ap­pli­quer « sans at­tendre » l’ac­cord sur les in­ter­mit­tents.

Les né­go­cia­teurs sont par­ve­nus à un « constat de désac­cord », a in­di­qué hier Pa­tri­cia Fer­rand, vice­pré­si­dente de l’uné­dic et membre de la dé­lé­ga­tion CFDT, vingt mi­nutes après le dé­but de la hui­tième et der­nière séance sur l’as­su­rance chô­mage.

« Afin d’as­su­rer sans dé­lai la conti­nui­té de l’in­dem­ni­sa­tion chô­mage », le gou­ver­ne­ment « pro­ro­ge­ra dès de­main la conven­tion d’as­su­rance chô­mage ac­tuel­le­ment en vi­gueur au­de­là du 30 juin », sa date de pé­remp­tion, a im­mé­dia­te­ment an­non­cé la mi­nistre du Tra­vail, My­riam El Khom­ri, dans un com­mu­ni­qué où elle veut « ras­su­rer » les de­man­deurs d’em­ploi qui « conti­nue­ront de per­ce­voir leurs al­lo­ca­tions sans su­bir le moindre désa­gré­ment ».

Con­cer­nant les in­ter­mit­tents, la mi­nistre trans­po­se­ra « sans at­tendre » l’ac­cord una­nime conclu par les pro­fes­sion­nels du spec­tacle en avril. Le dé­cret se­ra « pu­blié au jour­nal of­fi­ciel d’ici la mi­juillet ». Se­lon elle, c’est « at­ti­tude du pa­tro­nat (qui) a conduit au blo­cage », alors que « des me­sures am­bi­tieuses étaient sur la table pour ré­équi­li­brer les comptes du ré­gime », no­tam­ment « pour évi­ter le re­cours par­fois abu­sif aux contrats très courts ». Dans un com­mu­ni­qué com­mun, la CFTC et la CFDT ont consi­dé­ré que « le pa­tro­nat (avait) fait le choix au­jourd’hui de l’échec de la né­go­cia­tion du ré­gime d’as­su­rance chô­mage, es­sen­tiel­le­ment pour des rai­sons de conflit in­terne au Me­def ».

Une pre­mière de­puis 1982

« C’est le Me­def qui porte la res­pon­sa­bi­li­té de cet échec » in­édit de­puis 1982, a ren­ché­ri Éric Au­bin, le né­go­cia­teur de la CGT, qui a re­fu­sé de si­gner le constat de désac­cord. « C’est un coup dur pour le dia­logue social », avait es­ti­mé Mi­chel Beau­gas (FO), an­ti­ci­pant l’échec avant la séance. Le conseil exé­cu­tif du Me­def avait main­te­nu lun­di sa po­si­tion, constante de­puis le dé­but de la né­go­cia­tion fin fé­vrier, de ne pas don­ner man­dat à son né­go­cia­teur, Jean Ce­rut­ti, pour mo­du­ler les co­ti­ sa­tions et ren­ché­rir les contrats courts, comme le ré­cla­maient una­ni­me­ment les syn­di­cats.

Son pré­sident Pierre Gat­taz s’était dé­jà dit au­pa­ra­vant « prêt à as­su­mer un échec » de la né­go­cia­tion, qui n’a ja­mais vrai­ment dé­mar­ré lors de sept pre­mières séances pa­ra­si­tées par les dé­bats au­tour du pro­jet de loi Tra­vail.

Le Me­def avait même me­na­cé en avril de boy­cot­ter les dis­cus­ sions s’il n’ob­te­nait pas une mo­di­fi­ca­tion du texte. « Ils n’ont ja­mais ou­vert la né­go­cia­tion, ils ont fait traî­ner les choses, ils ont lan­cé un ul­ti­ma­tum, ils ont fait du chan­tage au­près du gou­ver­ne­ment, c’est le dia­logue social à la sauce Me­def », dé­plo­rait Éric Au­bin, le né­go­cia­teur de CGT, avant la der­nière séance.

Une dette re­cord de 30 mil­liards d’eu­ros

Tous les syn­di­cats ré­cla­maient, sous des formes di­verses, de mo­du­ler les co­ti­sa­tions, que ce soit par une sur­co­ti­sa­tion gé­né­rale (CGT), un sys­tème de bo­nus­ma­lus pé­na­li­sant les en­tre­prises qui abusent des contrats courts (FO, CFE­CGC) ou une dé­gres­si­vi­té des co­ti­sa­tions se­lon la du­rée dans l’em­ploi (CFDT, CFTC). Ils de­vront dé­sor­mais s’adres­ser au gou­ver­ne­ment pour ob­te­nir sa­tis­fac­tion.

Mais en pro­ro­geant en l’état la conven­tion ac­tuelle, le gou­ver­ne­ment tire un trait, au moins tem­po­rai­re­ment, sur sa pro­messe faite à Bruxelles de réa­li­ser 1,6 mil­liard d’eu­ros d’éco­no­mies d’ici à fin 2017.

Dans un contexte de chô­mage de masse, le ré­gime d’as­su­rance chô­mage de­vrait af­fi­cher fin 2016 une dette re­cord de 30 mil­liards d’eu­ros. La der­nière fois qu’une né­go­cia­tion sur l’as­su­rance chô­mage a échoué, c’était en 1982.

Dé­jà à l’époque, la né­go­cia­tion avait avor­té à cause d’un re­fus du pa­tro­nat d’aug­men­ter les co­ti­sa­tions. Le CNPF, an­cêtre du Me­def, était alors pré­si­dé par Yvon Gat­taz, le père de Pierre Gat­taz. ■

PHOTO AFP

IN­ÉVI­TABLE. Le Me­def im­pute l’échec des né­go­cia­tions au « dog­ma­tisme des syn­di­cats », tan­dis que la CGT re­porte la res­pon­sa­bi­li­té de cet échec sur… le Me­def.

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