Un ro­man pour ra­con­ter le drame d’ora­dour

La Montagne (Brive) - - Magazine Actualité - Blan­dine Hu­tin-mer­cier

« Dès ce jour, je sus que j’écri­rais le livre et je vis très net­te­ment en quelques mi­nutes ce qu’il se­rait ! »

Lors­qu’il ex­prime ce­ci, Georges Ma­gnane a dé­jà pu­blié Où l’herbe ne pousse plus ; il le fit en 1952, chez Al­bin Mi­chel. Mais l’ur­gence d’écrire sur le drame d’ora­dour­sur­glane, qu’il a croi­sé en dé­cembre 1949 dans les ruelles du vil­lage mar­tyr alors qu’il ve­nait rendre vi­site à son père, mou­rant, à quelques lieux de là, cette ur­gence donc de dire l’in­di­cible est res­tée la même.

Ren­dant la vie aux vic­times des SS, ce 10 juin 1944, le ro­man de Georges Ma­gnane ajoute une tes­si­ture vi­brante à l’hor­reur du drame qui se jouât là, à l’ombre d’un chêne de la li­ber­té. Il donne à res­sen­tir l’an­goisse de ces vil­la­geois, pris au piège de la bar­ba­rie, la peur vis­cé­rale qui, peu à peu, monte et les en­serre dans ses griffes mor­telles.

Se pla­çant dans les pas des ha­bi­tants, il re­trace les heures de cette jour­née qui signe la fin d’une cer­taine hu­ma­ni­té. Il évoque de même la ten­sion qui en­ferre les bour­reaux, les re­gards qu’ils portent sur leurs vic­times, la haine qui les broie.

Georges Ma­gnane peint ce ta­bleau noir et dou­lou­reux d’une plume pleine de poé­sie et d’images qui au­rait pu va­loir à l’écri­ vain haut­vien­nois, ami de Sartre et tra­duc­teur des plus grands noms de la lit­té­ra­ture amé­ri­caine, d’at­teindre un jour le prix Gon­court.

Réé­di­té par la mai­son d’édi­tion li­mou­sine Maïade (*), ce ro­man re­trou­vé d’ora­dour, tom­bé plu­sieurs dé­cen­nies du­rant dans l’ou­bli, pose ques­tion sur les lieux mêmes qu’il évoque. L’his­toire se ra­conte­t­elle dans un ro­man ? Telle est la ques­tion po­sée par les fa­milles et le Centre de la mé­moire d’ora­dour. Le fils de Georges Ma­gnane, lui, ré­pond « oui », illus­trant l’ou­vrage d’un de ses ta­bleaux. Vi­brant, comme l’oeuvre de son père. ■

(*)À re­dé­cou­vrir les pré­cé­dentes ré­édi­tions des uvres de Georges Ma­gnane : Gerbe baude (Maïade), Les ani­maux fa­rouches (On ver­ra bien) et Les hommes forts (le Di­let­tante).

PHOTO MAÏADE

POR­TRAIT. Ro­ger Ma­gnane.

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