Un énième épi­sode ju­di­ciaire

La re­prise de la pro­cé­dure pou­vant me­ner à l’ar­rêt des soins or­don­née

La Montagne (Brive) - - La Montagne -

Faut-il lais­ser mou­rir Vincent Lam­bert, ce té­tra­plé­gique en état vé­gé­ta­tif de­puis bien­tôt huit ans? Sans se pro­non­cer ex­pli­ci­te­ment sur ce point, la jus­tice a or­don­né, hier, de re­lan­cer la pro­cé­dure de consul­ta­tion des ex­perts pou­vant me­ner à un pos­sible ar­rêt des soins. Une dé­ci­sion ju­gée « in­com­pré­hen­sible » par les par­ti­sans de son main­tien en vie.

Le mé­de­cin « doit pour­suivre la pro­cé­dure qu’il avait en­ga­gée » préa­la­ble­ment « à une éven­tuelle dé­ci­sion d’ar­rêt de trai­te­ment », a dé­ci­dé, hier, la cour ad­mi­nis­tra­tive d’ap­pel de Nancy.

La cour a ain­si in­fir­mé une dé­ci­sion de pre­mière ins­tance d’oc­tobre 2015, con­cer­nant l’an­cien in­fir­mier de 39 ans, vic­time d’un ac­ci­dent de mo­to en 2008. Son cas dé­chire sa fa­mille de­puis des an­nées, tout en sou­le­vant d’épi­neuses ques­tions éthiques tou­chant au sort des pa­tients en état vé­gé­ta­tif ir­ré­ver­sible.

« Le cli­mat de sé­ré­ni­té né­ces­saire n’était pas réuni »

En juillet der­nier, quelques jours à peine après l’avoir rou­verte, la mé­de­cin du CHU de Reims, Da­nie­la Si­mon, avait ar­rê­té la pro­cé­dure col­lé­giale pour une du­rée in­dé­ter­mi­née, ar­guant que « le cli­mat de sé­ré­ni­té né­ces­saire n’était pas réuni » et qu’elle avait eu vent de « pro­jets d’en­lè­ve­ment » du pa­tient.

Hier, la cour ad­mi­nis­tra­tive a es­ti­mé que « d’éven­tuelles me­naces pour la sé­cu­ri­té » de Vincent Lam­bert et de l’équipe soi­gnante n’étaient « pas un mo­tif lé­gal pour jus­ti­fier l’in­ter­rup­tion de la pro­cé­dure ». Cette dé­ci­sion « ne pré­juge en rien » de l’is­sue de la pro­cé­dure, a tou­te­fois pré­ci­sé la cour.

Fran­çois Lam­bert, le ne­veu du pa­tient qui se bat de­puis des an­nées pour qu’on le laisse mou­rir – aux cô­tés de Ra­chel, l’épouse de Vincent – s’est im­mé­dia­te­ment ré­joui de l’ar­rêt de la cour : « Je ne vois pas très bien comment les mé­de­cins pour­raient mo­ti­ver une autre dé­ci­sion que celle d’ar­rê­ter les soins », a­t­il dé­cla­ré.

Dans le camp op­po­sé, l’avo­cat des pa­rents de Vincent – des ca­tho­liques tra­di­tio­na­listes, fa­rou­che­ment op­po­sés à l’ar­rêt des soins – a fait part de sa « grande sur­prise » face à une dé­ci­sion « ab­so­lu­ment in­com­pré­hen­sible ». Le pro­blème, a ex­pli­qué Me Jean Paillot, est que cet ar­rêt « ne tient pas compte d’une autre pro­cé­dure ju­di­ciaire tou­jours pen­dante de­vant les tri­bu­naux », qui concerne la dé­si­gna­tion d’un tu­teur pour Vincent Lam­bert.

En pre­mière ins­tance, c’est Ra­chel – la femme de Vincent – qui a été dé­si­gnée comme tu­trice. Mais les pa­rents ont contes­té cette dé­ci­sion de­vant la cour d’ap­pel de Reims, qui doit se pro­non­cer le 8 juillet.

En at­ten­dant, « je de­mande très of­fi­ciel­le­ment au CHU de Reims de sus­pendre à nou­veau la pro­cé­dure col­lé­giale, cette fois pour une du­rée déterminée, le temps que le tu­teur soit of­fi­ciel­le­ment nom­mé et qu’il puisse, avec le juge des tu­telles, trans­fé­rer Vincent vers un autre éta­blis­se­ment », a plai­dé l’avo­cat des pa­rents de Vincent.

En 2013, Vincent Lam­bert avait dé­jà fait l’ob­jet d’une pre­mière pro­cé­dure ayant me­né son mé­de­cin d’alors, le Dr Éric Ka­ri­ger, à dé­ci­der, dé­but 2014, d’un ar­rêt des soins.

Cette dé­ci­sion ayant été contes­tée par les pa­rents, la jus­tice avait une pre­mière fois tran­ché : le Conseil d’état avait es­ti­mé que l’ar­rêt des soins était jus­ti­fié, une dé­ci­sion en­suite va­li­dée par la Cour eu­ro­péenne des droits de l’homme (CEDH).

La dé­li­cate ques­tion de la fin de vie

Le Dr Da­nie­la Si­mon, qui au­rait pu alors re­prendre les conclu­sions de ses confrères, avait dé­ci­dé, deux ans ayant pas­sé, de re­com­men­cer la pro­cé­dure de­puis le dé­but. Sur ce point, la cour de Nancy lui a d’ailleurs don­né rai­son, hier, en sou­li­gnant qu’elle ne pou­vait être liée à une dé­ci­sion prise pré­cé­dem­ment par un autre mé­de­cin.

L’al­liance Vi­ta, qui re­groupe des mou­ve­ments an­ti­eu­tha­na­sie, a fait part de sa « vive in­quié­tude » après la dé­ci­sion ren­due à Nancy. « En quoi la pour­suite de vie de Vincent Lam­bert est­elle à ce point gê­nante qu’il faille in­ven­ter une pro­cé­dure pour y mettre un terme ? », a­t­elle de­man­dé dans un com­mu­ni­qué.

Quant à la Fon­da­tion Jé­rôme Le­jeune, qui en­tend dé­fendre « la vie des per­sonnes han­di­ca­pées dès la concep­tion », elle a fus­ti­gé le dé­clen­che­ment de la « mise à mort » du té­tra­plé­gique. Cette dé­ci­sion est fon­dée sur « une cul­ture du dé­chet qui veut éli­mi­ner les êtres hu­mains quand ils ne sont plus ju­gés utiles ou dont la vie est dé­cré­tée in­digne d’être vé­cue », a­t­elle dé­non­cé. ■

PHOTO D’ARCHIVES AFP

CHU DE REIMS. Là où est hos­pi­ta­li­sé Vincent Lam­bert.

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