Les vieux sont une chance pour les jeunes

Pour Mi­chel Billé le vieillis­se­ment n’est pas un pro­blème

La Montagne (Brive) - - Brive / Vivre Sa Ville - Fré­dé­ric Ra­biller

So­cio­logue, spé­cia­liste du vieillis­se­ment, Mi­chel Billé était l’in­vi­té, jeu­di soir, du CCAS et de l’as­so­cia­tion Ré­agir 19/24. ■ Qu’est-ce que le vieillis­se­ment ? Un pro­ces­sus na­tu­rel qui est en train de de­ve­nir dans la so­cié­té dans la­quelle nous vi­vons de moins en moins bien sup­por­té. Col­lec­ti­ve­ment, nous sommes en train de créer au­tour de la vieillesse un pro­blème. On parle du vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, mais ja­mais on parle de ce vieillis­se­ment comme une chance. La seule chance que j’ai de ne pas mou­rir de­main c’est de vieillir. C’est grâce à ça que je vais voir en­core mes pe­tits­en­fants, que je vais voir des amis, que je vais dé­cou­vrir le monde, écou­ter de la mu­sique, lire, écrire, cui­si­ner, boire un bon vin. C’est pa­ra­doxa­le­ment au mo­ment où nous at­tei­gnons des âges que les gé­né­ra­tions pré­cé­dentes ne pou­vaient même pas pen­ser at­teindre qu’on nous dit : « Vous avez le droit de vieillir mais à condi­tion de res­ter jeune ». ■ Pour­quoi le vieillis­se­ment est mal per­çu au­jourd’hui ? Notre so­cié­té a très pro­fon­dé­ment mo­di­fié son rap­port au temps. Nous vi­vions jus­qu’à il y a 2030 ans dans une so­cié­té qui va­lo­ri­sait la du­rée. On ac­cep­tait de payer plus cher un vê­te­ment parce qu’on pou­vait pen­ser qu’il al­lait du­rer. Au­jourd’hui on ac­cepte de payer un vê­te­ment plus cher bien qu’il ne dure pas, mais pour qu’il ne dure pas. C’est vrai pour les vê­te­ments, mais c’est vrai aus­si pour la tech­no­lo­gie. Dans une so­cié­té qui va­lo­rise ce qui ne dure pas, les vieux sont une contre­va­leur. Cette so­cié­té de l’éphé­mère ne peut pas s’ac­cor­der avec la vieillesse parce qu’il faut du temps pour faire un vieux. Nous sommes dans une so­cié­té uti­li­ta­riste au meilleur sens du terme par­fois, mais très sou­vent au pire sens du terme, seul ce qui est utile pos­sède de la va­leur. Du mo­ment où vous ne tra­vaillez plus vous êtes sen­sés être in­utiles. ■ Pour­tant, on parle de sil­ver éco­no­mie ? Ce n’est pas les vieux qui in­té­ressent dans la sil­ver éc­co­no­mie, c’est l’ar­gent. Ce­la bien sûr en­gendre des choses po­si­tives. Que l’ar­gent des vieux soit les em­plois des jeunes, ce­la ne peut que me ré­jouir. C’est moins ré­jouis­sant si l’échange ne se li­mite qu’à ce­la et s’il ne per­met pas de ré­ta­blir à cô­té des échanges af­fec­ tifs, cultu­rels, du lien so­cial. Si les vieux nous in­té­ressent que pour l’ar­gent et que pour l’em­ploi qu’ils sont sus­cep­tibles de créer, c’est ré­duc­teur. ■ Vous dites que vieillir est une chance. Jus­te­ment en quoi ce­la est une chance ? C’est une chance col­lec­tive. L’ar­gent que nous consa­crons pour l’ac­com­pa­gne­ment ou les soins des per­sonnes âgées de­ve­nues dé­pen­dantes, nous avons ten­dance à le consi­dé­rer comme une dé­pense. Bien sûr, c’en est une, mais nous de­vrions la consi­dé­rer comme un in­ves­tis­se­ment. Cet in­ves­tis­se­ment est créa­teur de ri­chesses. C’est de l’em­ploi plu­tôt qua­li­fié, plu­tôt fé­mi­nin et non dé­lo­ca­li­sable. Sur un plan plus per­son­nel, les vieux sont une chance parce qu’ils sont ca­pables de ra­con­ter l’histoire et pas seule­ment des his­toires à leurs pe­tits­en­fants. Ce­la per­met d’ins­crire l’en­fant sur l’axe des suc­ces­si­vi­tés. Si on ne fait pas ça, ce­la donne des ado­les­cents qui ont l’im­pres­sion que le monde com­mence avec eux et on ne manque pas de leur re­pro­cher. Les vieux sont une chance pour les gé­né­ra­tions les plus jeunes. ■

PHOTO PAS­CAL PERROUIN

SO­CIO­LOGUE. Mi­chel Billé, jeu­di, à Brive.

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