La main re­fu­sée

La Montagne (Brive) - - France & Monde / Actualités - FLO­RENCE CHÉDOTAL flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Il en au­ra en­ten­du ré­son­ner, Fran­çois Hol­lande, des marches fu­nèbres du­rant son man­dat. Or il sait main­te­nant qu’il ne peut pas se conten­ter du strict ser­vice émo­tion­nel, qu’il lui faut ve­nir, ar­mé d’an­nonces, pour ré­pondre à l’exi­gence de concret. Ce qu’il a fait, en par­tie, hier, en exi­geant la dif­fi­cile pro­tec­tion de l’ano­ny­mat des po­li­ciers dans les actes de pro­cé­dure et en les au­to­ri­sant à gar­der leur arme sur eux après leur ser­vice, une fois ex­pi­ré l’état d’ur­gence. Res­sur­gi­ront, bien­tôt, les peurs d’une hausse des sui­cides et du poids psy­cho­lo­gique d’une arme à de­meure.

L’image est fur­tive. Sou­dain, la cho­ré­gra­phie chro­no­mé­trée bute sur le vi­sage fer­mé d’un po­li­cier à bé­quilles. Il re­fuse sa main au pré­sident, qui passe son che­min. Ce n’était pas une pre­mière pour lui. Même scé­na­rio à l’en­contre de Ma­nuel Valls qui, lui, s’at­tarde, mais pas au point de l’écou­ter jus­qu’au bout, re­gret­te­ra plus tard le fonc­tion­naire en co­lère face au « manque de moyens ». La veille, lors de leur marche blanche, ses col­lègues ne di­saient pas autre chose que leur exas­pé­ra­tion. Près de neuf Fran­çais sur dix ont beau avoir une bonne image de la po­lice, comme le confirme hier un son­dage BVA, il n’en reste pas moins que les troupes sont es­so­rées par des se­maines de ma­ni­fes­ta­tions so­ciales, de vio­lences, de me­naces ter­ro­ristes et de matches de l’eu­ro. Les hon­neurs de­viennent in­au­dibles dans un tel contexte.

Ce n’était pas le mo­ment, pas l’heure, di­ront cer­tains, de ve­nir rompre le res­pect ré­pu­bli­cain pour par­ler de condi­tions ma­té­rielles et faire écla­ter son res­sen­ti, au mé­pris des va­leurs, de l’union sa­crée. De cet in­té­rêt su­pé­rieur qui vou­drait que cha­cun rentre dans les rangs. Y com­pris les ma­ni­fes­tants lé­gaux. Le Pre­mier mi­nistre a d’ailleurs pré­fé­ré mettre ce­la sur le compte de la dou­leur.

Au risque de fer­mer les yeux sur une autre réa­li­té. Celle des ef­fets ra­va­geurs du sen­ti­ment d’aban­don qui par­court la pro­fes­sion, et plus gé­né­ra­le­ment la so­cié­té. En 2015, plus de 50 % des po­li­ciers et mi­li­taires cher­chaient dans le Front na­tio­nal les ré­ponses à leurs an­goisses. Ils n’étaient que 30 %, trois ans plus tôt. Re­fu­ser sa main, c’est d’abord cher­cher à se faire en­tendre.

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