Les boîtes noires vont pou­voir par­ler

Les en­re­gis­treurs de vols re­trou­vés par 3.000 m de fond

La Montagne (Brive) - - France & Monde / Actualités -

Les deux boîtes noires de l’air­bus A320 d’egyptair, re­pê­chées en Mé­di­ter­ra­née près d’un mois après le crash, de­vraient ai­der les en­quê­teurs à faire la lu­mière sur les causes du drame qui a fait 66 morts.

Les boîtes noires ont été re­trou­vées « en mor­ceaux » dans la zone du crash, à en­vi­ron 290 km au nord de la côte égyp­tienne, entre la Crête et l’égypte, à une pro­fon­deur de 3.000 mètres. Mais, dans les deux cas, les équipes de re­cherches ont pu ré­cu­pé­rer « la par­tie la plus im­por­tante de l’en­re­gis­treur, qui contient la mé­moire de l’ap­pa­reil », se­lon la com­mis­sion d’en­quête égyp­tienne.

Piste de l’at­ten­tat ou thèse ac­ci­den­telle ?

L’air­bus A320 re­liant Pa­ris au Caire s’était abî­mé, le 19 mai, avec ses 66 oc­cu­pants, dont 40 Égyp­tiens et 15 Fran­çais, après avoir sou­dai­ne­ment dis­pa­ru des écrans ra­dar, pour des rai­sons en­core in­dé­ter­mi­nées.

Pour Jean Ser­rat, consul­tant en aé­ro­nau­tique, l’ana­lyse de la pre­mière boîte noire – l’en­re­gis­treur de voix Cock­pit Voice Re­ cor­der (CVR), qui concerne les conver­sa­tions dans le cock­pit – va per­mettre de ré­pondre « à des ques­tions ex­trê­me­ment im­por­tantes ». « Est­ce que l’équi­page a été sur­pris et n’a pas eu le temps d’agir ? Ou est­ce qu’il y a eu un phé­no­mène im­por­tant qui s’est pas­sé à bord qui fait que l’équi­page a dé­clen­ché une pro­cé­dure d’ur­gence qui s’est en­suite mal dé­rou­lée ? Est­ce qu’il y a un bruit d’ex­plo­sion ou de dé­com­pres­sion ex­plo­sive de l’avion ? », s’in­ter­roge cet an­cien com­man­dant de bord.

L’hy­po­thèse d’un at­ten­tat contre l’air­bus avait d’abord été avan­cée par l’égypte. Fin oc­tobre, une bombe avait en ef­fet ex­plo­sé à bord d’un avion de tou­ristes russes après son dé­col­lage de la sta­tion bal­néaire de Charm elC­heikh (224 morts). L’at­taque avait été re­ven­di­quée par le groupe dji­ha­diste État is­la­mique (EI).

Mais cette thèse a cé­dé du ter­rain à celle d’un in­ci­dent tech­nique, no­tam­ment en l’ab­sence de re­ven­di­ca­tion et en rai­son d’alarmes si­gna­lant des dé­faillances.

Juste avant la chute de l’avion, et deux mi­nutes du­rant, le sys­tème de trans­mis­sion au­to­ma­ti­sé de mes­sages de l’ap­pa­reil avait in­di­qué que 10 alarmes s’étaient dé­clen­chées à bord. Elles si­gna­laient de la fu­mée dans le cock­pit, dans une toi­lette et sous la ca­bine de pi­lo­tage, ain­si qu’une dé­faillance de l’or­di­na­teur gé­rant les com­mandes de l’avion.

La com­mis­sion d’en­quête égyp­tienne avait par ailleurs confir­mé en dé­but de se­maine que l’ap­pa­reil avait ef­fec­tué un vi­rage bru­tal à 90 de­grés sur sa gauche, puis une vrille de 360 de­grés à droite, avant d’en­ta­mer sa chute.

La se­conde boîte de l’ap­pa­reil (Flight Da­ta Re­cor­der, FDR) en­re­gistre jus­te­ment se­conde par se­conde tous les pa­ra­mètres sur une du­rée de 25 heures de vol (vi­tesse, al­ti­tude, aug­men­ta­tions de puis­sance mo­teur, les in­cli­nai­sons, les va­ria­tions de vi­tesse tra­jec­toire…). ■

Air­bus et BEA. Les deux en­re­gis­treurs de vol ont été trans­fé­rés au Caire où les Égyp­tiens, épau­lés par les ex­perts fran­çais du Bu­reau d’en­quêtes et d’ana­lyses (BEA) et ceux du construc­teur eu­ro­péen Air­bus, vont ana­ly­ser leurs don­nées.

JOHN LETHBRIDGE. Le na­vire qui a re­trou­vé les boîtes noires.

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