LIBRES PRO­POS

La Montagne (Brive) - - Jeux -

Tant de choses dans la vie mettent un ma­lin plai­sir à se faire at­tendre. Ob­te­nir tout, tout de suite est certes un signe de chance, de vie fa­cile et de réus­site voire d’un tra­vail pré­pa­ra­toire ef­fi­cace mais il semble qu’en dif­fé­rents do­maines la pro­cras­ti­na­tion soit une ten­dance à la mode.

L’équipe de France de foot­ball dont on pré­dit la vic­toire fi­nale est pas­sée maî­tresse dans cet art. La der­nière mi­nute est la bonne, c’est au « fi­nish » que ce­la se dé­noue, c’est dans l’ul­time qu’on gagne. Comme des be­so­gneux ils tournent à vide pen­dant la du­rée lé­gale puis, se ré­veillent, après avoir épui­sé l’ad­ver­saire et le pu­ blic. C’est l’épi­logue, le « hap­py end », ouf, on l’a échap­pé belle. À se de­man­der si cette ha­bi­tude du sus­pense ne tient pas de la com­pli­ci­té com­mer­ciale afin de faire mon­ter l’au­dience té­lé­vi­sée.

De même en po­li­tique ces der­nières an­nées ont dé­mon­tré que les ré­formes se font at­tendre, que les ci­toyens les de­mandent mais à condi­tion qu’elles ne viennent pas trop vite et sur­tout qu’elles ciblent les voi­sins.

Quant au Pré­sident il croit en sa bonne étoile et aime à gar­der sa li­ber­té en n’an­non­çant ja­mais à l’avance ce qu’il dé­ci­de­ra fi­na­le­ment.

La tac­tique n’est pas nou­velle, Fran­çois Mit­ter­rand et, avant lui, le gé­né­ral De Gaulle, en usèrent.

Se battre jus­qu’au bout y com­pris après le temps of­fi­ciel parce qu’on ne sait ja­mais si ce­lui ou celle qui est en face ne va pas cé­der « in ex­tré­mis » est aus­si une pra­tique syn­di­cale.

Il s’agit là de for­cer le des­tin, de ne ja­mais re­non­cer même en cas de si­tua­tion mi­no­ri­taire et de las­si­tude gé­né­rale. Il y a là de l’en­tê­te­ment, une sorte de rage qui en­tend sou­le­ver des mon­tagnes et ren­ver­ser l’ordre éta­bli.

En cui­sine le der­nier geste du chef est une touche fi­nale qui a son im­por­tance. La beau­té du plat, sa cha­leur, la cuis­son sont au­tant de dé­tails qui fondent sa qua­li­té et son suc­cès.

En amour, at­tendre, prendre son temps comme on prend des che­mins de tra­verse n’est pas de la lâ­che­té ou de la dis­si­mu­la­tion, c’est char­mer, c’est mettre en mu­sique, c’est faire mon­ter des émo­tions, c’est sen­tir un corps, c’est in­ven­ter des mots et des ca­resses…

Fi­na­le­ment le foot­ball qui en­va­hit en ce mo­ment les écrans n’est que le re­flet de l’hu­meur gé­né­rale. Nous y ar­ri­ve­rons, non sans mal, en fai­sant du­rer le plai­sir, en conster­nant les en­thou­siasmes im­mé­diats, nous nous en sor­ti­rons en ré­pé­tant, usés et amné­siques que seule la vic­toire est jo­lie, « bon sang mais c’est bien sûr ! ». ■

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