Se ré­for­mer ou mou­rir

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - BER­NARD STÉPHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Quel mal­en­ten­du ! Pour le Royaume­uni l’eu­rope n’est qu’un mar­ché, et quand le mar­ché ne ré­pond pas aux pro­messes, on va voir ailleurs. Pour la France, l’al­le­magne, l’ita­lie, pour ceux qu’on ap­pelle les fon­da­teurs, l’eu­rope c’est une idée, un es­poir, c’est d’abord un rêve, ce­lui de la paix. Ce n’est pas par simple lu­bie que le gé­né­ral de Gaulle avait re­fu­sé à Londres son vi­sa eu­ro­péen, il consi­dé­rait en ef­fet que les Bri­tan­niques voyaient l’eu­rope comme une zone de libre­échange. Et lors­qu’ils fi­nissent par y en­trer, en 1973, c’est par in­té­rêts éco­no­miques et mar­chands uni­que­ment.

Jacques De­lors avait po­sé cette ques­tion en 2007 : « Peut­on tom­ber amou­reux d’un mar­ché unique ? » La ré­ponse est évi­dem­ment non. Ce qui ex­plique le prag­ma­tisme in­su­laire des Bri­tan­niques qui, du seul point de vue des in­té­rêts par­ti­cu­liers, ne veulent pas de la so­li­da­ri­té conti­nen­tale. L’ar­gu­ment de la paix est ba­layé d’un re­vers outre­manche, l’ar­gu­ment du rêve n’a ja­mais été an­glais, ni même au temps de Chur­chill qui sou­hai­tait les États­unis d’eu­rope « sans l’an­gle­terre » !

Le vote de jeu­di est d’une grande in­cer­ti­tude, dans le brouillard des son­dages. On ne sait au­jourd’hui quel se­ra l’ef­fet de l’as­sas­si­nat de Jo Cox, la dé­pu­tée tra­vailliste proeu­ro­péenne. Mais on a une cer­ti­tude : la ten­ta­tion du Brexit se nour­rit de l’es­prit in­su­laire, du na­tio­na­lisme étri­qué, du po­pu­lisme le plus ca­ri­ca­tu­ral, du ra­cisme hai­neux et de la com­bi­nai­son de mul­tiples peurs en­tre­te­nues par ceux qui consi­dèrent que le monde est un dan­ger et l’ou­ver­ture une aven­ture.

Quoi qu’il ar­rive, plus ja­mais l’union ne pour­ra cher­cher d’échap­pa­toires pour ne pas se ré­for­mer, et se li­bé­rer de la tech­no­cra­tie qui fait son mal­heur. L’eu­ros­cep­ti­cisme qui gagne tous les pays puise sa sève dans la dé­rive de l’eu­rope du mar­ché. Le pro­jet eu­ro­péen, fon­dé au­tour de la paix, était de vivre mieux. Au lieu de quoi, l’eu­ro ai­dant, les règles de Maas­tricht en guise d’al­pha et d’omé­ga, on a construit une union do­mi­née par les po­li­tiques d’aus­té­ri­té de moins en moins va­li­dées par la dé­mo­cra­tie. Brexit ou non, il faut ré­for­mer l’eu­rope sur un pro­jet, si­non la conta­gion la tue­ra.

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