Quand l’eu­rope ne fait plus rê­ver

Le désa­mour de L’UE est plus fort que ja­mais et par­tout pro­gressent l’eu­ros­cep­ti­cisme et le po­pu­lisme

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

Quand, mi-mai, le pla­fond du mu­sée eu­ro­péen de Schen­gen s’est af­fais­sé ac­ci­den­tel­le­ment, la ré­ac­tion du maire fut im­mé­diate : non, il ne fal­lait pas y voir le « sym­bole » d’un ef­fon­dre­ment de l’eu­rope, confron­tée à des crises à ré­pé­ti­tion et à la crainte d’un Brexit.

Le désa­mour de l’union eu­ro­péenne (UE) est plus fort que ja­mais et, si l’on en croit les son­dages, le risque d’un Brexit, la sor­tie du Royaume­uni de L’UE après le ré­fé­ren­dum du 23 juin, est réel. L’ave­nir de l’es­pace Schen­gen lui­même est me­na­cé par la plus grande crise mi­gra­toire en Eu­rope de­puis 1945.

Libre cir­cu­la­tion

« Nous avons be­soin de re­trou­ver ces vi­sions et ces rêves, et de re­bâ­tir en­semble un pos­sible », plaide Ben Ho­man, maire de Schen­gen. « Ici, on vit l’ac­cord de Schen­gen au quo­ti­dien : vous faites seule­ment 100 mètres et vous pou­vez vous re­trou­ver dans un autre pays. Il est évident que toute la ré­gion a bé­né­fi­cié de l’ac­ cord » té­moigne­t­il.

Si­tuée sur les bords de la Mo­selle, la pit­to­resque com­mune de Schen­gen, aux confluents du Luxem­bourg, de la France et de l’al­le­magne, avait ain­si été sym­bo­li­que­ment choi­sie, en 1985, pour la si­gna­ture de la conven­tion qui al­lait créer l’es­pace de libre cir­cu­la­tion.

En­vi­ron 50.000 tou­ristes la vi­sitent chaque an­née. Mais le fait est que Schen­gen est au­jourd’hui ébran­lé, comme les fon­da­tions du pro­jet eu­ro­péen, et que l’uto­pie qui a por­té la créa­tion de l’union sur les ruines de la guerre ne fait plus re­cette. Une étude ré­cente du centre de re­cherche amé­ri­cain Pew a mis en lu­mière le fort re­cul des opi­nions fa­vo­rables à L’UE : en France, en un an, elles ont re­cu­lé de 17 points à 38 %.

Les Eu­ro­péens « n’ont plus de fer­veur ou d’amour pour le rêve eu­ro­péen », ses avan­tages sont dé­sor­mais consi­dé­rés comme ac­quis, re­con­naît Ja­nis Em­ma­noui­li­dis, di­rec­teur d’études aux Centre de po­li­tique eu­ro­péenne. « Au cours des six ou sept der­nières an­nées, L’UE a fonc­tion­né en pas­sant d’une crise à l’autre, et les choses ne s’ar­rangent pas, elles em­pirent », constate­t­il.

Mé­con­ten­te­ment po­pu­laire

La crise des mi­grants a pous­sé de nom­breux États membres à sus­pendre le prin­cipe de libre cir­cu­la­tion de­vant l’in­ca­pa­ci­té des di­ri­geants eu­ro­péens à s’en­tendre sur une ré­par­ti­tion équi­table du far­deau.

L’ato­nie de la crois­sance conti­nue quant à elle de pe­ser, fai­sant grim­per le chô­mage des jeunes. Sans ou­blier la dette grecque qui in­quiète tou­jours la zone eu­ro.

Et par­tout, en Eu­rope, pro­gressent l’eu­ros­cep­ti­cisme et le po­pu­lisme. Bu­reau­cra­tique et in­tru­sive, fos­soyeuse des sou­ve­rai­ne­tés na­tio­nales, in­car­na­tion d’élites mon­dia­li­sées contre qui enfle le mé­con­ten­te­ment po­pu­laire : Bruxelles est de plus en plus cri­ti­quée. ■

PHO­TO AFP

FRON­TIÈRES. Abo­lies pour les tous les Eu­ro­péens à l’in­té­rieur de l’union eu­ro­péenne, dans l’es­pace Schen­gen.

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