Bra­quée jusque dans ses rêves

Le bra­queur était re­par­ti avec près de 16.000 € de bu­tin

La Montagne (Brive) - - Région Actualité - Co­ra­lie Zarb

Hier, la cour d’as­sises de la Haute-vienne a étu­dié l’af­faire du bra­quage du ma­ga­sin Ca­si­no à Li­moges, sur­ve­nu le 27 no­vembre 2012.

Com­bien de fois s’es­telle re­jouée la scène dans sa tête ? Com­bien de fois a­t­elle été bra­quée en rêve ? Ou juste « en fer­mant les yeux » ? Avant de s’ex­pri­mer de­vant la cour d’as­sises de la Haute­vienne hier, Isa­belle, 42 ans, a été rat­tra­pée par l’émo­tion.

Mais l’eau, le siège, la sus­pen­sion d’au­dience pro­po­sés par le pré­sident, elle a tout re­fu­sé pour pou­voir en­fin ex­pri­mer de­vant la jus­tice, et de­vant son agres­seur, l’im­pact qu’a eu sur sa vie le vol à main ar­mée qu’elle a su­bi ce « mar­di 27 no­vembre 2012 » comme le pré­cise. Ce soir­là, c’est elle et le di­rec­teur du Ca­si­no de la rue Wa­gner à Li­moges qui font la fer­me­ture du ma­ga­sin. Lui est au sous­sol à gé­rer les jour­naux in­ven­dus quand elle fait la comp­ta­bi­li­té après avoir ran­gé la caisse et ré­cu­pé­ré l’ar­gent du dis­tri­bu­teur au­to­ma­tique.

Un trau­ma­tisme in­dé­lé­bile

Les dix mi­nutes qui vont suivre, Isa­belle les a dé­crites à la cour à la mi­nute près. Elle dit la sen­sa­tion de pré­sence dans son dos, l’arme bra­quée en di­rec­tion de sa tête, elle dé­crit les vê­te­ments de l’homme et ce qu’elle a res­sen­ti. « J’ai hur­lé, hur­lé, hur­lé. Il vou­lait que j’ouvre le coffre, il y avait un code. Je me suis trom­pée, je me suis dit « je suis morte », puis j’ai réus­si ». Ce soir­là, le bra­queur re­par­ti­ra avec 15.985 € et Isa­belle avec un trau­ma­tisme in­dé­lé­bile.

L’ac­cu­sé, Ibra­hi­ma Brame, 36 ans, écoute. Cet ha­bi­tué des vols, « c’était la rou­tine », condam­né l’an pas­sé à Brive pour un autre bra­quage parle sans am­bages. « Vous m’au­riez po­sé la ques­tion des consé­quences sur les vic­times à l’époque, je vous au­rais dit que ja­mais je n’ai usé de vio­lence, que je ne les tou­chais pas. Mais à force d’en­tendre les té­moi­gnages, j’ai com­pris. Je n’avais pas pris conscience de l’après. J’ai un sen­ti­ment de honte. J’ai dé­truit des per­sonnes. Des ex­cuses, ça ne ré­pare rien. » Il en pré­sente mal­gré tout à Isa­belle qui reste mu­tique.

Pas sûr ef­fec­ti­ve­ment que les mots ré­parent une vie bou­le­ver­sée. Tout comme celle du di­rec­teur d’ailleurs, par­tie ci­vile éga­le­ment, qui a pré­fé­ré quit­ter la ré­gion avec femme et en­fants pour « en­fin souf­fler ». Pas sûr qu’isa­belle mette un mou­choir sur les nuits blanches, les an­ti­dé­pres­seurs, les souf­ frances de son dos blo­qué tel­le­ment ses muscles se sont cris­pés, les séances chez le psy­cho­logue, et la sen­sa­tion per­ma­nente d’être épiée. « En hi­ver, je fer­mais les vo­lets avant la nuit. Mais j’avais tou­jours la sen­sa­tion que quel­qu’un était der­rière et m’ob­ser­vais ». In­ca­pable de re­tour­ner tra­vailler, elle a to­ta­le­ment chan­gé d’orien­ta­tion pro­fes­sion­nelle, choi­sis­sant de s’oc­cu­per d’en­fants.

Le ver­dict que ren­dra la cour au­jourd’hui es­pa­ce­ra peut­être les ren­contres d’isa­belle avec ce « vi­si­teur du soir qui ve­nait han­ter vos nuits », comme a qua­li­fié ses trau­ma­tismes l’avo­cat gé­né­ral Xa­vier Pas­tu­rel… ■

PHO­TO BRI­GITTE AZZOPARD

DIS­SI­MU­LÉ. Les deux vic­times, la cais­sière et le di­rec­teur étaient seuls quand un homme, qui s’était ca­ché dans le ma­ga­sin, a sur­gi et bra­quée la cais­sière.

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