Ma­nif à Pa­ris : sta­tique ou in­ter­dite

Pour des rai­sons de sé­cu­ri­té, la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris ne veut pas d’un dé­fi­lé clas­sique

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

Les an­ti-loi Tra­vail pour­ront-ils ma­ni­fes­ter jeu­di à Pa­ris ? Après les vio­lences de la se­maine der­nière, syn­di­cats et gouvernement étaient en­ga­gés hier dans un bras de fer sur le dé­fi­lé pa­ri­sien que les au­to­ri­tés me­nacent d’in­ter­dire si les op­po­sants re­fusent un ras­sem­ble­ment « sta­tique ».

L’in­ter­syn­di­cale d’îlede­france (CGT, FO, FSU, So­li­daires, Unef, Fidl et UNL) a trans­mis en fin de se­maine der­nière une de­mande of­fi­cielle pour ma­ni­fes­ter jeu­di entre Bas­tille et Na­tion à partir de 14 heures, dans le cadre d’une jour­née de mo­bi­li­sa­tion à tra­vers la France contre la loi Tra­vail.

Hier, la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris leur a de­man­dé d’or­ga­ni­ser un « ras­sem­ble­ment sta­tique » place de la Na­tion, plu­tôt qu’un dé­fi­lé, afin de pou­voir « mieux en­ca­drer et mieux sé­cu­ri­ser la ma­ni­fes­ta­tion et de faire en sorte qu’il y ait moins de dé­gra­da­tions ».

Lettre de Ca­ze­neuve

Mais les syn­di­cats ont main­te­nu leur de­mande de dé­fi­lé à la pré­fec­ture, qui les a à nou­veau in­vi­tés à « trou­ver un ac­cord sur un ras­sem­ble­ment sta­tique », faute de quoi elle « se­ra dans l’obli­ga­tion d’in­ter­di­

re » la ma­ni­fes­ta­tion.

Dans une lettre au nu­mé­ro un de la CGT, Phi­lippe Mar­ti­nez, le mi­nistre de l’in­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, a ju­gé qu’un cor­tège à Pa­ris « n’ap­pa­rais­sait pas en­vi­sa­geable ». Dans un cour­rier en ré­ponse, les syn­di­cats ont in­vi­té le mi­nistre à « ré­vi­ser sa po­si­tion ».

Ultra-vio­lence

Les or­ga­ni­sa­teurs sou­lignent avoir « pris la pré­cau­tion de faire un par­cours court per­met­tant d’as­su­rer la plus grande sé­cu­ri­té pos­sible », se­lon Pas­cal Jo­ly, se­cré­taire gé­né­ral de la CGT Île­de­france.

« On a te­nu compte des condi­tions de sé­cu­ri­té, on a es­sayé d’évi­ter les grands ma­ga­sins, etc. », a ex­pli­qué le res­pon­sable cé­gé­tiste. « Tant que ça n’est pas in­ter­dit, c’est au­to­ri­sé », a com­men­té de son cô­té Be­noît Clé­ment, de So­li­daires Pa­ris.

De­puis le dé­but de la contes­ta­tion an­ti­loi Tra­vail dé­but mars, les ma­ni­ fes­ta­tions ont sou­vent été émaillées de vio­lences à Pa­ris, de même qu’à Nantes et Rennes.

Mais le 14 juin, jour d’une ma­ni­fes­ta­tion na­tio­nale, pre­mière du genre, la vio­lence est mon­tée d’un cran dans la ca­pi­tale, avec d’im­por­tantes dé­gra­da­tions le long du cor­tège : 28 vi­trines d’éta­blis­se­ments com­ mer­ciaux ont été bri­sées, et l’hô­pi­tal Ne­cker­en­fants ma­lades a été pris pour cible, en­traî­nant une condam­na­tion una­nime. Vingt­huit fonc­tion­naires de po­lice ont été bles­sés, dont deux ont dû être hos­pi­ta­li­sés, sou­ligne Ber­nard Ca­ze­neuve dans sa lettre à la CGT.

Syn­di­ca­listes im­pli­qués

Se­lon le mi­nistre de l’in­té­rieur, cette ma­ni­fes­ta­tion a, « pour la pre­mière fois, mis clai­re­ment en évi­dence la par­ti­ci­pa­tion de cer­tains mi­li­tants syn­di­caux à l’agres­sion dé­li­bé­rée des forces de l’ordre ».

Dès le len­de­main du 14, Fran­çois Hol­lande a aver­ti qu’il n’y au­rait plus d’au­to­ri­sa­tion de ma­ni­fes­ter si la pré­ser­va­tion des « biens et des per­sonnes » ne pou­vait être « ga­ran­tie ». Ma­nuel Valls a poin­té la « res­pon­sa­bi­li­té » de la CGT, cri­ti­quant son at­ti­tude « am­bi­guë » vis­à­vis des cas­seurs. Di­manche, il a de nou­veau es­ti­mé que « les or­ga­ni­sa­teurs de­vraient an­nu­ler eux­mêmes ces ras­sem­ble­ments ».

Ces pro­pos ont dé­clen­ché un tol­lé chez les syn­ di­cats et une par­tie de la gauche. La CGT a dé­non­cé des ac­cu­sa­tions « in­ac­cep­tables », « signe d’un gouvernement aux abois ». Le syndicat « ne porte au­cune res­pon­sa­bi­li­té sur ce qui se passe en marge des ma­ni­fes­ta­tions », a in­sis­té Phi­lippe Mar­ti­nez, qui s’est in­ter­ro­gé sur des ordres de non­in­ter­ven­tion qui se­raient don­nés aux forces de po­lice.

« Ma­nuel Valls se com­porte en py­ro­mane », a af­fir­mé Jean­claude Mailly (FO).

Faire un mar­tyr

Même Laurent Ber­ger, lea­der de la CFDT, qui sou­tient la loi Tra­vail, es­time qu’in­ter­dire de ma­ni­fes­ter n’est « pas du tout sou­hai­table », no­tam­ment parce qu’il « n’a pas tel­le­ment en­vie qu’on vic­ti­mise la CGT ».

Le Par­ti com­mu­niste a ap­pe­lé dans un com­mu­ni­qué à « par­ti­ci­per aux mo­bi­li­sa­tions » et à « étendre la so­li­da­ri­té avec le mou­ve­ment ».

En re­vanche, le gouvernement a re­çu le sou­tien de l’op­po­si­tion, le par­ti Les Ré­pu­bli­cains ap­pe­lant à « l’in­ter­dic­tion » de la ma­ni­fes­ta­tion. ■

PHO­TO AFP

IN­DI­GNA­TION. L’hô­pi­tal Ne­cker-en­fants ma­lades pris pour cible par les cas­seurs le 14 juin.

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