Le dé­fi­lé pa­ri­sien en file d’at­tente

Le gou­ver­ne­ment in­ter­di­ra­t­il la ma­ni­fes­ta­tion de­main, les syn­di­cats re­fu­sant un ras­sem­ble­ment sta­tique

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

Le gou­ver­ne­ment va-t-il in­ter­dire le dé­fi­lé pa­ri­sien contre la loi Tra­vail de­main ? Après 24 heures de né­go­cia­tions, le sort de la ma­ni­fes­ta­tion res­tait en sus­pens hier, les syn­di­cats ayant per­sis­té dans leur re­fus d’un « ras­sem­ble­ment sta­tique ».

La réunion à la pré­fec­ture de po­lice, hier, à Pa­ris, a dé­bou­ché sur un « constat de désac­cord », se­lon les syn­di­cats d’île­de­france qui ont « ca­té­go­ri­que­ment re­fu­sé » un ras­sem­ble­ment place de la Na­tion. Ils ont pré­ci­sé avoir fait des « pro­po­si­tions al­ter­na­tives de par­cours » : Bas­tille­place d’ita­lie, ou Den­fert­ro­che­reau­place d’ita­lie. « Les dis­cus­sions se pour­suivent et à ce stade au­cune dé­ci­sion n’a été prise », af­fir­mait­on à la pré­fec­ture de po­lice en fin d’après­mi­di.

Les sept syn­di­cats contes­ta­taires (CGT, FO, FSU, So­li­daires, Unef, UNL et Fidl) sou­hai­taient ini­tia­le­ment dé­fi­ler entre la place de la Bas­tille et la place de la Na­tion, de­main, à 14 heures, dans le cadre d’une jour­née de mo­bi­li­sa­tion contre le pro­jet de loi tra­vail dans toute la France. Un tra­jet court pour « te­nir compte », se­lon eux, des condi­tions de sécurité.

Mais les au­to­ri­tés in­sistent de­puis lun­di pour qu’ils choi­sissent une ma­ni­fes­ta­tion sta­tique plu­tôt qu’un dé­fi­lé, en in­vo­quant des rai­sons de sécurité, après les vio­lences qui ont émaillé la ma­ni­fes­ta­tion na­tio­nale du 14 juin dans la ca­pi­tale. Faute de quoi, ont­elles pré­ve­nu, la ma­ni­fes­ta­tion se­ra in­ter­dite, une me­sure ex­cep­tion­nelle.

Le mi­nistre de l’in­té­rieur, Ber­nard Ca­ze­neuve, avait même écrit lun­di au nu­mé­ro un de la CGT, Phi­lippe Mar­ti­nez, pour lui dire que « dans ce contexte de ten­sion et de heurts ré­cur­rents […], le re­nou­vel­le­ment à l’iden­tique d’une ma­ni­fes­ta­tion iti­né­rante le 23 juin n’ap­pa­raît pas en­vi­sa­geable ».

« Et pour­quoi pas un pique-nique aus­si »

Hier, il en a ap­pe­lé « à la res­pon­sa­bi­li­té » des syn­di­cats, sou­li­gnant le « ni­veau de me­nace ex­trê­me­ment éle­vé avec un ni­veau de sol­li­ci­ta­tion ex­trême­ ment fort de­puis plu­sieurs se­maines des forces de l’ordre ».

Al­liance, pre­mier syn­di­cat de gar­diens de la paix, a de­man­dé le re­port du dé­fi­lé « comme d’ailleurs de tout ras­sem­ble­ment sta­tique car nos col­lègues sont sur tous les fronts et sont épui­sés », a dé­cla­ré Fré­dé­ric La­gache, se­cré­taire gé­né­ral ad­joint du syn­di­cat de po­lice, fai­sant ré­fé­rence no­tam­ment à l’eu­ro de foot­ball et à la lutte contre le ter­ro­risme.

Une autre jour­née de mo­bi­li­sa­tion est dé­jà pro­gram­mée le 28 juin, avec un ap­pel à ma­ni­fes­ter de Na­tion à place d’ita­lie.

Pour les syn­di­cats, un simple ras­sem­ble­ment consti­tue une « re­mise en cause de la li­ber­té de ma­ni­fes­ter », d’au­tant que de nom­breuses ma­ni­fes­ta­tions sont pré­vues ailleurs de­main en France, sans me­naces d’in­ter­dic­tion. « Et pour­quoi pas un pique­nique aus­si ! », s’est aga­cé Fa­brice An­géi, membre du bu­reau confé­dé­ral de la CGT, lun­di soir sur BFMTV.

Faire du sur­place se­rait de sur­croît dan­ge­reux pour la sécurité des ma­ni­fes­tants, arguent les syn­di­cats. « Je ne suis pas sûr qu’une “fan zone” syn­di­cale place de la Na­tion soit plus sé­cu­ri­sée qu’une ma­ni­fes­ta­tion », a fait va­loir Jean­claude Mailly, se­cré­taire gé­né­ral de FO. Des craintes par­ta­gées par le chef de file des dé­pu­tés LR, Ch­ris­tian Ja­cob, se­lon le­quel les ma­ni­fes­ta­tions sta­tiques « ne sont pas les plus fa­ciles à gé­rer ».

Tol­lé

Le lea­der de FO a sou­li­gné qu’au dé­part, les syn­di­cats « n’avaient pas pré­vu de faire de ma­ni­fes­ta­tion » ce jeu­di. « Qu’est­ce qui gé­nère la ma­nif le 23 ? Les in­ter­ven­tions la se­maine der­nière du Pre­mier mi­nistre. »

Au len­de­main des vio­lences ayant émaillé la ma­ni­fes­ta­tion na­tio­nale du 14 juin à Pa­ris, avec d’im­por­tantes dé­gra­da­tions et 28 po­li­ciers bles­sés, Ma­nuel Valls avait poin­té la « res­pon­sa­bi­li­té » de la CGT, cri­ti­quant son at­ti­tude « am­bi­guë » vis­à­vis des cas­seurs. Di­manche, il a es­ti­mé que « les or­ga­ni­sa­teurs de­vraient an­nu­ler eux­mêmes ces ras­sem­ble­ments ».

Ces pro­pos ont dé­clen­ché un tol­lé chez les syn­di­cats et une par­tie de la gauche. La CGT « ne porte au­cune res­pon­sa­bi­li­té sur ce qui se passe en marge des ma­ni­fes­ta­tions », a in­sis­té Phi­lippe Mar­ti­nez, qui s’est in­ter­ro­gé sur des ordres de non­in­ter­ven­tion qui se­raient don­nés aux forces de po­lice.

Le pro­jet de loi Tra­vail est ac­tuel­le­ment exa­mi­né au Sé­nat où le vote so­len­nel doit avoir lieu le 29 juin, avant un re­tour à l’as­sem­blée na­tio­nale le 5 juillet. ■

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