La ma­ni­fes­ta­tion in­ter­dite fi­na­le­ment au­to­ri­sée

LOI TRAVAIL. Volte­face du gou­ver­ne­ment, CGT et FO crient « vic­toire » !

La Montagne (Brive) - - La Une -

Hier, le gou­ver­ne­ment a chan­gé d’avis, au­to­ri­sant, après l’avoir in­ter­dite, une ma­ni­fes­ta­tion or­ga­ni­sée par les syn­di­cats op­po­sés à la loi Travail, au­jourd’hui à Pa­ris, sur un par­cours court de 1,6 km.

La ma­ni­fes­ta­tion contre la loi Travail au­ra fi­na­le­ment lieu. Elle se dé­rou­le­ra « sur un par­cours pro­po­sé par le mi­nistre de l’in­té­rieur », une boucle de 1,6 km au­tour du bas­sin de l’ar­se­nal, près de la place de la Bas­tille, a an­non­cé hier l’in­ter­syn­di­cale (CGT, FO, FSU, So­li­daires, Unef, UNL et Fidl). La dé­ci­sion a été qua­li­fiée de « vic­toire pour les syn­di­cats et la dé­mo­cra­tie » par les se­cré­taires gé­né­raux de la CGT, Phi­lippe Mar­ti­nez, et de FO, Jean­claude Mailly, qui s’étaient en­tre­te­nus dans la ma­ti­née avec Ber­nard Ca­ze­neuve.

Elle a sus­ci­té un tweet iro­nique du co­fon­da­teur du Par­ti de gauche Jean­luc Mé­len­chon : « La ma­nif of­fi­ciel­le­ment in­ter­dite est of­fi­ciel­le­ment au­to­ri­sée à tour­ner en rond de fa­çon sta­tique. Valls ob­tus et confus. »

Hier, Ber­nard Ca­ze­neuve a lan­cé une mise en garde aux ma­ni­fes­tants d’au­jourd’hui : « au­cun dé­bor­de­ment, au­cune vio­lence, ne se­ront to­lé­rés », at­il dit en rap­pe­lant les « vio­lences in­ac­cep­tables » sur­ve­nues au cours de plu­sieurs dé­fi­lés pré­cé­dents, no­tam­ment le 14 juin à Pa­ris. Les vitres cas­sées de l’hô­pi­tal Ne­cker avaient mar­qué les es­prits.

Tol­lé qua­si-gé­né­ral

Huit or­ga­ni­sa­tions, dont la CGT et So­li­daires mais pas FO, ont contre­at­ta­qué en ré­cla­mant une en­quête par­le­men­taire sur les « dys­fonc­tion­ne­ments » du main­tien de l’ordre lors des pré­cé­dentes ma­ni­fes­ta­tions. Elles in­ter­rogent « les choix du mi­nis­tère de l’in­té­rieur », sou­li­gnant que des ma­ni­fes­tants ont été ar­rê­tés ou bles­sés alors qu’ils n’avaient com­mis au­cune in­frac­tion, tan­dis qu’à l’in­verse des « cas­seurs » ont pu sé­vir sans ja­mais être in­quié­tés.

À cause des vio­lences et mal­gré d’in­tenses trac­ta­tions avec les syn­di­cats, qui avaient no­tam­ment pro­po­sé des iti­né­raires al­ter­na­tifs à leur tra­jet ini­tia­le­ment dé­cla­ré, le pré­fet de po­lice de Pa­ris avait com­men­cé par an­non­cer l’in­ter­dic­tion du dé­fi­lé, pro­vo­quant un tol­lé po­li­tique et syn­di­cal, y com­pris à la CFDT, fa­vo­rable au pro­jet de loi. Une telle in­ter­dic­tion au­rait consti­tué une pre­mière de­puis la ma­ni­fes­ta­tion du 8 fé­vrier 1962 or­ga­ni­sée par des cen­trales syn­di­cales pour la paix en Al­gé­rie.

L’ély­sée s’est dé­fen­du de toute dé­ci­sion po­li­tique, es­ti­mant que l’in­ter­dic­tion était « une dé­ci­sion de ges­tion opé­ra­tion­nelle de l’ordre pu­blic ». Quant au Pre­mier mi­nistre, Ma­nuel Valls, il a ré­cu­sé de­vant les dé­pu­tés toute dis­sen­sion au sein du gou­ver­ne­ment, as­su­rant que « tout a été fait en­semble ».

À gauche, l’an­nonce de l’in­ter­dic­tion avait sus­ci­té une vague de cri­tiques. « C’est une faute his­to­rique », a ré­agi le dé­pu­té so­cia­liste Ch­ris­tian Paul, chef de file des « fron­deurs ». Pierre Laurent (PCF) a ex­pri­mé de son cô­té sa « stu­pé­fac­tion ». Une in­ter­dic­tion fe­rait de la CGT « le bouc émis­saire et la vic­time de la gauche au pou­voir » a pour sa part mis en garde le dé­pu­té PS Pas­cal Ter­rasse.

« At­teinte grave à la dé­mo­cra­tie »

Ma­rine Le Pen, la pré­si­dente du Front na­tio­nal, avait dé­non­cé sur son compte Twit­ter une « at­teinte grave à la dé­mo­cra­tie ». En re­vanche, le gou­ver­ne­ment avait re­çu le sou­tien de Fran­çois Fillon. Mais mar­di, Ni­co­las Sar­ko­zy avait ju­gé « pas rai­son­nable » d’in­ter­dire aux syn­di­cats de ma­ni­fes­ter.

De­puis le 14 juin, le ton s’est net­te­ment dur­ci entre le gou­ver­ne­ment et les syn­di­cats qui luttent de­puis mars contre une ré­forme du droit du travail à leurs yeux trop fa­vo­rable aux em­ployeurs et dan­ge­reuse pour les droits des sa­la­riés. « Le pré­sident n’a d’autre is­sue que de réunir les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales et de jeu­nesse très ra­pi­de­ment » pour trou­ver une sor­tie de crise, a mar­te­lé hier Phi­lippe Mar­ti­nez.

Au­jourd’hui, pour la nou­velle jour­née de mo­bi­li­sa­tion contre la loi Travail, exa­mi­née au Sé­nat jus­qu’à de­main avant un vote le 28 juin, ma­ni­fes­ta­tions et ar­rêts de travail sont pro­gram­més un peu par­tout en France. La SNCF ne pré­voit en re­vanche au­cune per­tur­ba­tion. ■

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