L’agro-éco­lo­gie prête à vul­ga­ri­ser ses tech­niques

Ne leur par­lez plus de mé­ca­ni­sa­tion ou de chi­mie à ou­trance ! Pour ces agro-éco­lo­gistes, culture et éle­vage ont re­cou­vré toute leur rai­son.

La Montagne (Brive) - - La Une - Blan­dine Hu­tin-mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com

Ils en ri­raient presque. Ce qu’ils sont en train d’ex­pé­ri­men­ter sur leurs ex­ploi­ta­tions agri­coles, leurs grand­spa­rents, au dé­but du siècle der­nier, le pra­ti­quaient. Et leurs propres pa­rents ont ba­taillé ferme pour tra­vailler au­tre­ment. Quel re­tour­ne­ment de si­tua­tion !

Et pour­tant, pas ques­tion au­jourd’hui pour Jé­rôme, Hu­bert, Sté­phane et Laurent de faire marche ar­rière. « Au dé­but, on n’y croyait pas vrai­ment, se sou­vient Hu­bert La­mothe, pro­duc­teur de bo­vins lait et viande sur Li­gney­rac et Ca­va­gnac. De­puis, on a es­sayé et ça nous a confortés ». « Ce sont eux main­te­nant qui nous sol­li­citent pour pou­voir suivre des for­ma­tions très poin­tues, se ré­jouit Phi­lippe Tho­mas, conseiller agri­cole à la Chambre d’agri­cul­ture de la Corrèze. Parce que ce qu’ils font est bien plus tech­nique que ce qui se fai­sait avant ».

Pa­rer la baisse des cours

Hu­bert La­mothe s’est lan­cé il y a 3­4 ans ; Sté­phane Gorce, pro­duc­teur d’herbe, de cé­réales, de mé­teil et autres cultures sous cou­vert à Es­ti­vals, quelques an­nées plus tôt. Ils font au­jourd’hui par­tie du GIEE de Li­gney­rac, un grou­pe­ment d’in­té­rêt éco­no­mique et en­vi­ron­ne­men­ tal qui per­met aux pro­duc­teurs de par­ta­ger des ma­té­riels, des ex­pé­riences et des pra­tiques. Re­con­nu en 2015 par le mi­nis­tère de l’agri­cul­ture, il re­groupe une di­zaine de pro­duc­teurs sur le bas­sin de Brive (*).

Pour Hu­bert La­mothe, tout est par­ti de la baisse des cours du lait. Des so­lu­tions pour conti­nuer à faire vivre son ex­ploi­ta­tion, il en a trou­vées dans le Gers, une ex­ploi­ta­tion qui nour­rit ses ani­maux avec ses in­ter­cul­tures. Ré­sul­tat : au lieu de l’en­si­lage de maïs, il cultive des cou­verts oléa­gi­neux pour ses bêtes et du maïs en grains pour la vente, se­lon des mé­thodes de culture qui ont ré­duit de 70 % ses ap­ports phy­to­sa­ni­taires. « À l’achat, je fais des éco­no­mies, cal­cule­t­il. J’ai aug­men­té mes marges brutes de 15 € par ml de lait. La vente de maïs me pro­cure des re­ve­nus sup­plé­men­taires. Mes ani­maux re­mangent un ali­ment plus proche de la na­ture ; ils sont en meilleure san­té et ça a des ré­per­cus­sions éco­no­miques. Et sur les terres, qui sont uti­li­sées toute l’an­née, il n’y a plus de les­si­vage, plus de perte en azote ».

« Une dé­marche ver­tueuse pour nos fermes et la pla­nète », confirme Laurent Certes. Lui est pro­duc­teur de lait à Li­gney­rac et sur ses terres, « les vers de terre ont rem­pla­cé le trac­teur et les plantes tra­vaillent le sol et le nour­rissent ». « C’est com­pli­qué, re­con­naît­il. Il y a de l’iner­tie, une re­mise en ques­tion de tout ce qu’on nous a ap­pris ; même nos pa­rents, ça peut les cho­quer. Mais ça marche ! » « L’ob­jec­tif, re­prend Hu­bert La­mothe, c’est de re­trou­ver une au­to­no­mie, de la se­mence à la pro­duc­tion, tout en res­tant dans une agri­cul­ture as­sez in­ten­sive pour ré­pondre au be­soin de la po­pu­la­tion ».

« Au­jourd’hui, on ne re­vien­drait pas en ar­rière »

Jé­rôme Ja­la­di com­plète ses prai­ries na­tu­relles, à Noail­hac et Turenne, avec des pro­téa­gi­neux et des lé­gu­mi­neuses. « Une éco­no­mie de temps, d’ar­gent et un gain de qua­li­té pour la terre », avance­t­il. Sté­phane Gorce, lui, a sup­pri­mé tout la­bour et pratique le se­mis di­rect. « Il faut un temps d’adap­ta­tion au ni­veau du sol, note­t­il ­ « le cycle du sol dure 5 ans », pré­cise Phi­lippe Tho­mas ­. Mais dé­jà, il y a des choses qui changent sur et sous le sol ».

« La clé, c’est d’an­ti­ci­per, in­siste Laurent Certes. On doit ob­ser­ver nos par­celles dif­fé­rem­ment ; on a re­mis le sol au coeur de notre mé­tier au lieu du ren­de­ment. C’est une autre fa­çon de gé­rer le temps. In­tel­lec­tuel­le­ment, c’est plus in­té­res­sant et fi­na­le­ment, le pu­blic nous per­çoit de fa­çon plus va­lo­ri­sante. On se de­mande bien pour­quoi on ne l’a pas fait avant ! » ■

(*) En Corrèze, une cin­quan­taine de pro­duc­teurs sont en­ga­gés dans une dé­marche d’agro­éco­lo­gie. Un deuxième GIEE est ac­tif sur la cave vi­ti­cole de Bran­ceilles ; six dos­siers viennent d’être dé­po­sés par la Chambre d’agri­cul­ture au­près du mi­nis­tère pour va­li­da­tion dans les sec­teurs de la noix, la fraise, les lé­gumes, en haute Corrèze.

Pratique. Sui­vez le GIEE de Li­gney­rac sur Fa­ce­book, page Agro Corrèze.

PHO­TO AGRO CORRÈZE

TER­RAIN. Vi­site de par­celles par les membres du GIEE de Li­gney­rac ; chan­ger ses pra­tiques, c’est aus­si par­ta­ger ses ex­pé­riences et ap­prendre de ses voi­sins.

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