Jus­qu’où al­ler trop loin ?

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - BER­NARD STÉ­PHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Hier ma­tin le gou­ver­ne­ment a com­pris qu’il était al­lé trop loin. En pro­non­çant l’in­ter­dic­tion de la ma­ni­fes­ta­tion, pour me­nace à l’ordre pu­blic, il créait en­core plus de désordre. Le tol­lé, no­tam­ment à gauche, avec le ré­veil des fron­deurs et de tous les té­nors de la contes­ta­tion, mais sur­tout la bron­ca chez les lé­gi­ti­mistes dont les di­ri­geants de la CFDT, ont fait agir le pom­pier de ser­vice : Ber­nard Ca­ze­neuve.

En ac­cep­tant la pro­po­si­tion du mi­nistre de l’in­té­rieur, les lea­ders syn­di­caux ont fait bais­ser la ten­sion, et ain­si d’un cô­té et de l’autre on sauve la face. La ma­ni­fes­ta­tion est au­to­ri­sée, elle ne se­ra pas sta­tique, elle sui­vra un pe­tit par­cours qui de­vrait per­mettre un haut de­gré de sé­cu­ri­sa­tion. Cette volte­face évite à un gou­ver­ne­ment de gauche d’être ac­cu­sé d’une pre­mière de­puis la ma­nif de Char­rone en 1962, in­ter­dite, tris­te­ment cé­lèbre pour ses vic­times.

Les pro­jec­teurs se sont fo­ca­li­sés sur le mi­nistre de l’in­té­rieur, Ma­nuel Valls s’est mis en re­trait. Consi­dé­ré comme le vat­en­guerre du gou­ver­ne­ment, te­nant de­puis des se­maines une ligne cli­vante, il était im­por­tant qu’il mette un bé­mol au risque de re­mo­bi­li­ser le mou­ve­ment so­cial. Sor­tant de leur en­tre­tien avec Ber­nard Ca­ze­neuve, les lea­ders syn­di­caux l’ont bien com­pris qui en ont ap­pe­lé di­rec­te­ment à Fran­çois Hol­lande pour une pro­chaine ren­contre en igno­rant vo­lon­tai­re­ment le Pre­mier mi­nistre.

Cet épi­sode montre que lors­qu’on touche à un pi­lier de la dé­mo­cra­tie – le droit de ma­ni­fes­ter – l’in­di­gna­tion tra­verse toutes les fa­milles po­li­tiques. La me­sure a coa­li­sé contre elle Ma­rine Le Pen, Alain Jup­pé, Ni­co­las Sar­ko­zy, qui jouent l’élec­to­rat po­pu­laire, Ch­ris­tian Paul, An­dré Chas­saigne, Jean­luc Mé­len­chon, qui jouent la fibre du sym­bole, alors qu’elle était ap­prou­vée par Fran­çois Fillon et de nom­breux élus so­cia­listes. Dé­sor­mais si les cas­seurs font à nou­veau la loi dans la rue, gou­ver­ne­ment et chefs syn­di­caux se­ront le dos au mur. Si la ma­ni­fes­ta­tion au contraire se dé­roule sans in­ci­dent, le dé­bat pour­ra se ré­orien­ter sur l’es­sen­tiel : la loi El Khom­ri, et peut­être an­non­cer une phase nou­velle de sor­tie de crise.

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