Pri­son­nier d’un rêve de­puis 63 ans

Jean Mar­boeuf est in­vi­té d’hon­neur de la 6e édi­tion du fes­ti­val Ci­né d’été 2016 « Par­ti­tions ci­né­ma »

La Montagne (Brive) - - Tulle Vivre Sa Ville -

Il pro­duit et réa­lise ses films hors des cir­cuits ba­li­sés et sen­tiers bat­tus. Jean Mar­boeuf se­ra à Tulle, pour le fes­ti­val « Ci­né d’été » où se­ra pro­je­té, de­main, son film « Coup de sang » avec Pierre Ar­di­ti. ■ Vous dites à pro­pos de votre film « Voir l’élé­phant », pour le­quel la mu­sique a été com­po­sée par Georges Gar­va­rentz : « Mon­sieur Yé-yé est ar­ri­vé, a glis­sé sa mu­sique sur les images. Tout a chan­gé ». C’est vrai. Tout d’un coup le film a chan­gé de ca­té­go­rie (rires). Il était petit, sym­pa­thique et agréable, grâce à la mu­sique de Gar­va­rentz, il est de­ve­nu un vrai film et mon pré­fé­ré. Pour ce film, j’avais pris la mu­sique jazz de Stra­vins­ky. Je n’avais pas beau­coup d’ar­gent mais, j’en ai ré­ser­vé une par­tie pour avoir cette mu­sique­là.

Sur « Co­ren­tin ou Les in­for­tunes conju­gales », j’ai eu les « Arts flo­ris­sants ». On se dé­brouille, on va voir des gens ani­més par la pas­sion, pas par le com­merce. ■ En 1975, vous avez tour­né « Mon­sieur Bal­bosse » avec Ga­la­bru et sans mu­sique. C’était mon pa­ri d’époque. Il ne fal­lait pas en­jo­li­ver le pro­pos avec une mu­sique. C’était le pre­mier rôle dra­ma­tique de Ga­la­bru au ci­né­ma. C’est grâce à ce film que Ta­ver­nier l’a pris pour « Le Juge et l’as­sas­sin ». C’était mon cô­té « da­nois » de l’époque (rires), bien avant Lars Von Trier.

« Mon rêve était de faire tour­ner Reg­gia­ni. »

■ Lorsque vous évo­quez le mo­ment es­sen­tiels de votre vie, Bar­ba­ra et ses chan­sons ne sont ja­mais loin. Quels autres chan­teurs ou com­po­si­teurs ont ac­com­pa­gné votre exis­tence ? J’ai eu la chance de pou­voir voir sur scène des gens comme Bar­ba­ra, Bras­sens Fer­ré, Brel ou Reg­gia­ni. Ils m’ont ac­com­pa­gné. Je viens de dé­mé­na­ger, j’ha­bite main­te­nant à Ouis­tre­ham, au bord de la mer. J’y ai re­trou­vé une amie qui a été im­pre­sa­rio de Bar­ba­ra et de Regg­gia­ni. On en parle sou­vent. Mon rêve était de faire tour­ner Reg­gia­ni. Je n’y suis ja­mais ar­ri­vé. C’est comme avec Si­mone Si­gno­ret. Au mo­ment où je pou­vais la faire tour­ner, mal­heu­reu­se­ment, elle est de­ve­nue aveugle. Elle m’avait en­voyé une lettre à l’époque que je garde pré­cieu­se­ment. ■ Un jour vous avez écrit : « En 1953 à l’école com­mu­nale. Tous les di­manches, je rêve au Rex. J’en ou­blie que j’ai 11 ans, suis petit, fluet, ti­mide, com­plexé, cancre et myope. J’an­nonce par bra­vade que je se­rai met­teur en scène. Les élèves pouffent. Je de­viens pri­son­nier d’un rêve ». Au­jourd’hui, le ci­né­ma est plus que ja­mais une af­faire de gros sous. Votre rêve est-il tou­jours là ?

J’ai vieilli, je ne suis plus fluet, mais, je suis tou­jours com­plexé et myope. Mon rêve est tou­jours là (rires). J’ai tou­jours en­vie de faire du ci­né­ma. D’ailleurs, je pense que je vais ar­ri­ver à réa­li­ser un autre film avant la fin de l’au­to­route. Il s’ap­pelle « Wan­da et le dra­gon » et ra­conte l’his­toire d’une vieille dame qui aime bien les jeux vi­déo, mais, qui, au fi­nal, se fait tou­jours man­ger par le dra­gon. Elle va s’aper­ce­voir que dans la vie elle de­vra aus­si com­battre le dra­gon. Pour l’abattre, elle va être obli­gée de de­ve­nir dra­gon elle­même.

Par­mi mes ci­néastes pré­fé­rés, il y a Au­diard, Blier, Lio­ret, Jo­li­vet... J’ai tou­jours ai­mé les gens et les films. Quand je vois un bon film je suis très heu­reux et je me dis qu’un jour peut­être, moi aus­si, j’ar­ri­ve­rai à en faire un bon. ■

IN­CLAS­SABLE. Jean Mar­boeuf in­carne le ci­né­ma d’au­teur.

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