Des ré­per­cus­sions au plan lo­cal

Jeu­di, les Bri­tan­niques se sont ma­jo­ri­tai­re­ment pro­non­cés pour de la sor­tie de leur pays de L’UE

La Montagne (Brive) - - Le Brexit En Li­mou­sin - Phi­lippe Roch

À près de 52 %, les Bri­tan­niques ont dé­ci­dé hier de dire bye-bye à L’UE. Lo­ca­le­ment, l’im­pact de­vrait se res­sen­tir à dif­fé­rents ni­veaux.

Hier ma­tin, Frances Ste­phen s’est le­vée plus tôt que d’ha­bi­tude. Tou­te­fois, la pluie qui tom­bait sur le Li­mou­sin de­vait être an­non­cia­trice d’un mau­vais pré­sage. Elle, an­glaise, et son ma­ri, écos­sais, ont as­sis­té à la vic­toire du « out » en toute impuissance, de­vant leur té­lé. Ha­bi­tant de­puis près de 17 ans à Châ­teau­pon­sac, ils n’ont pas pu prendre part au ré­fé­ren­dum. « Je suis vrai­ment très dé­çue car je me sens plus eu­ro­péenne qu’an­glaise, ex­plique­t­elle. On ne pou­vait dé­jà pas vo­ter pour le dé­par­te­ment ou la ré­gion, seule­ment pour la com­mune ou l’eu­rope, mais ça va chan­ger… »

Le com­merce gri­mace

D’ha­bi­tude, la po­li­tique ne l’in­té­resse pas. Pour­tant, en tant qu’an­glais qui tient une bou­che­rie à Sé­reil­hac pro­po­sant de nom­breuses spé­cia­li­tés « bri­tish », Ro­bert Fair­bank n’en de­meure pas moins pré­oc­cu­pé par les consé­quences du Brexit. « En­vi­ron 40 % de ma clien­tèle est an­glaise, pré­cise­t­il. Quelques­uns ont dé­jà com­men­cé à faire des dé­marches pour ob­te­nir la double na­tio­na­li­té mais d’autres se­ront obli­gés de ren­trer. Ça risque se tra­duire par une baisse de mon chiffre d’af­faires. En tout cas, si je dois prendre la double na­tio­na­li­té je le fe­rai. Tant qu’on me laisse bos­ser, ça me va. »

À terme, la di­mi­nu­tion de leurs res­sources ou la mo­di­fi­ca­tion du sys­tème de re­traite pour­raient en pous­ser cer­tains à faire leurs va­lises. Le Li­mou­sin au­rait alors tout à craindre d’un dé­part mas­sif de « ses » Bri­tan­niques, les­quels consti­tuent une im­por­tante com­mu­nau­té à l’échelle de l’ex­ré­gion (voir ci des­sus). Il s’agit en ef­fet d’une po­pu­la­tion dont la ma­jo­ri­té a plus de 55 ans, dis­po­sant d’un pou­voir d’achat gé­né­ra­le­ment plus éle­vé que la moyenne.

Des condi­tions de sé­jour plus en­ca­drées ?

Jus­qu’à pré­sent, en tant que ci­toyens de l’union eu­ro­péenne, les Bri­tan­niques pou­vaient de­meu­rer en France sans titre de sé­jour autre qu’une carte d’iden­ti­té ou un pas­se­port en cours de va­li­di­té. Mais ce­la aus­si pour­rait chan­ger. D’après la pré­fec­ture de la Haute­vienne, « il est pro­bable que la si­tua­tion de ses res­sor­tis­sants dans L’UE, en termes de cir­cu­la­tion et de sé­jour, et celle des res­sor­tis­sants de L’UE au Royaume­uni se­ra ré­glée dans le cadre des dis­cus­sions en­ca­drant le Brexit, peu­têtre à l’image des ac­cords exis­tant entre L’UE et cer­tains pays tiers (Suisse, Nor­vège, Is­lande…). » Des « com­pli­ca­tions ad­mi­nis­tra­tives » pour­raient aus­si sub­ve­nir concer­nant l’ac­cès à cer­tains types d’em­plois.

Plus de 100.000 nui­tées

Sur le plan tou­ris­tique, le Li­mou­sin at­tire beau­coup les Bri­tan­niques. Avec plus de 100.000 nui­tées pas­sées par an dans les éta­blis­se­ments mar­chands d’hô­tel­le­rie ou d’hô­tel­le­rie de plein air, ils fi­gurent juste der­rière les Hol­lan­dais, lea­ders en la ma­tière. « Con­trai­re­ment, aux Néer­lan­dais qui viennent plu­tôt en cam­ping pour de longs sé­jours, les Bri­tan­niques pri­vi­lé­gient de courts sé­jours, pré­cise Phi­lippe Brou­lou, char­gé d’études ob­ser­va­tion au co­mi­té ré­gio­nal du tou­risme. Si l’on parle en ter­ mes de per­sonnes, on peut donc pen­ser que ce sont bien les Bri­tan­niques qui consti­tuent la pre­mière clien­tèle étran­gère. Il y a aus­si un cer­tain nombre de vi­si­teurs qui viennent sé­jour­ner en fa­mille ou chez des amis et, à dé­faut de pou­voir pré­ci­sé­ment la quan­ti­fier, cette part est loin d’être né­gli­geable. »

L’évo­lu­tion du taux de change (lire ci­des­sus) pour­rait avoir un im­pact né­ga­tif sur l’éco­no­mie tou­ris­tique. « Ce qui joue­ra sur­tout, re­prend Phi­lippe Brou­lou, c’est l’at­ti­tude des Bri­tan­niques ins­tal­lés sur notre ter­ri­toire. Vont­ils conti­nuer leur ac­ti­vi­té ici ? Vont­ils ren­trer au pays ? Au contraire, se­ront­ils plus nom­breux à ve­nir ? Pour ce­la, nous n’avons pas en­core de clé de lec­ture. » En d’autres termes : wait and see (1), comme on dit outre­manche. ■

(1) At­ten­dez et voyez.

PHO­TOS TA­LEB QOU­CHIH

RO­CHE­CHOUART. Ce mois-ci, l’agence im­mo­bi­lière Leg­gett a re­çu moins de clients bri­tan­niques et cette ten­dance pour­rait en­core se pour­suivre lors des pro­chains mois.

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