Une vie qui se brise comme du verre

Deux ans ferme pour avoir cre­vé l’oeil d’une con­nais­sance qui ne lui avait pas ren­du la mon­naie...

La Montagne (Brive) - - Limousin Actualité - Co­ra­lie Zarb

Un homme de 36 ans, père de six en­fants et aux lourds an­té­cé­dents ju­di­ciaires, a été condam­né hier à Li­moges à deux ans ferme pour des vio­lences ag­gra­vées.

Le 12 jan­vier 2012, vers 23 heures, place De­nis­dus­soubs à Li­moges, la vie d’un jeune homme s’est bri­sée. Bri­sée « comme le verre qui lui a cre­vé l’oeil », as­sène son avo­cat Me Phi­lippe Clerc…

Hier, le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Li­moges a condam­né un homme de 36 ans qui au­rait pu être ju­gé de­vant une cour d’as­sises, tant les consé­quences de ses actes sont graves.

Pour quelques eu­ros

Ce 12 jan­vier 2012 était pour­tant un jour heu­reux pour Jean­marc Col, pa­pa pour la sixième fois. Il dé­cide d’al­ler fê­ter l’évé­ne­ment en al­lant boire un verre au Zoom Ca­fé. Il y croise une con­nais­sance à qui il donne un billet de dix eu­ros pour s’ache­ter une bière. Il ré­clame sa mon­naie, mais l’autre l’ignore.

« Il a fait comme s’il ne me voyait pas ! ra­conte Jean­marc Col. Il a ap­pro­ché son vi­sage du mien, alors je lui ai mis un coup de boule ».

S’en suit un dé­chaî­ne­ment de vio­lence in­ex­pli­cable. Après ce pre­mier coup, le bles­sé chute à terre à l’ex­té­rieur de l’éta­blis­se­ment. Avec un taux d’al­coo­lé­mie avoi­si­nant les 3 grammes, la vic­time n’est pas vrai­ment en état de se dé­fendre…

Pour­tant, son agres­seur lui porte plu­sieurs coups de pied et de poing, avant de se sai­sir d’un ta­bou­ret de bar pour le frap­per en­core.

Le gé­rant du Zoom Ca­fé tente de maî­tri­ser l’ex­ci­té quand ce­lui­ci s’em­pare d’un verre. Par­ve­nant à se li­bé­rer, il contourne le gé­rant et écrase vio­lem­ment l’ob­jet sur la tête de sa vic­ time. L’ar­cade sour­ci­lière est tou­chée, l’oeil aus­si.

Tout au­ra été fait pour sau­ver cet oeil gauche dont la ré­tine a été at­teinte. En vain. Après cinq opé­ra­tions, la sen­tence est ir­ré­vo­cable, l’oeil est mort.

Si les faits ju­gés hier pa­raissent dé­jà an­ciens, les souf­frances phy­siques et psy­cho­lo­giques sont, elles, bien vi­vaces et ne s’es­tom­pe­ront pas. « Au­jourd’hui je vis avec un im­plant que j’en­lève tous les soirs. Je n’ose plus re­gar­der les gens dans les yeux », ex­plique la vic­time, conte­nant une co­lère bouillon­nante.

Même s’il tente de mi­ni­mi­ser sa vio­lence, JeanMarc Col fait plu­tôt pro­fil bas à l’au­dience. « Connais­sant de près le han­di­cap, je n’au­rais ja­mais cru rendre un jour quel­qu’un han­di­ca­pé. Je veux te de­man­der par­don », dé­cla­ret­il se tour­nant vers sa vic­time.

Puis, s’adres­sant aux ma­gis­trats : « quelle que soit votre sanc­tion, je la mé­rite vu le mal que j’ai fait ».

Les ma­gis­trats semblent d’ac­cord avec ses pro­pos, sur­tout au re­gard de son ca­sier ju­di­ciaire dé­jà four­ni en ma­tière de vio­lences. C’est entre deux po­li­ciers que le pré­ve­nu est sor­ti du tri­bu­nal. Di­rec­tion de la mai­son d’ar­rêt, où il est par­ti pur­ger di­rec­te­ment les deux ans ferme pro­non­cés par le tri­bu­nal. ■

PHO­TO ÉRIC RO­GER

PLACE DE­NIS DUS­SOUBS. La vic­time, agres­sée pour un mo­tif dé­ri­soire.

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