Les Bri­tan­niques prennent le large

La vic­toire du camp du Brexit pro­voque un séisme mon­dial, Da­vid Ca­me­ron dé­mis­sionne

La Montagne (Brive) - - France & Monde -

Les Bri­tan­niques ont dé­ci­dé de quit­ter l’union eu­ro­péenne, un désa­veu cin­glant à 60 ans de construc­tion eu­ro­péenne qui a pro­vo­qué un ven­dre­di noir sur les mar­chés mon­diaux.

Coup de ton­nerre : le Royaume­uni quitte l’union eu­ro­péenne (UE). Avec des consé­quences mul­tiples, à com­men­cer par la dé­mis­sion du Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique, Da­vid Ca­me­ron.

Se­lon les ré­sul­tats dé­fi­ni­tifs, 51,9 % des élec­teurs ont vo­té pour le Brexit lors du ré­fé­ren­dum de jeu­di, mar­qué par une par­ti­ci­pa­tion im­por­tante (72,2 %). L’en­semble des mar­chés mon­diaux a alors som­bré dans la pa­nique.

Les ré­sul­tats montrent un pays di­vi­sé, avec Londres, l’écosse et l’ir­lande du Nord qui vou­laient res­ter, tan­dis que le nord de l’an­gle­terre ou le Pays de Galles ont lar­ge­ment vo­té contre. Par­ti­san du « in », le Pre­mier mi­nistre, Da­vid Ca­me­ron, a ra­pi­de­ment ti­ré les conclu­sions, en an­non­çant sa dé­mis­sion. « Les Bri­tan­niques ont pris une dé­ci­sion claire et je pense que le pays a be­soin d’un nou­veau lea­der pour prendre cette di­rec­tion », a­t­il dé­cla­ré. Il a pré­ci­sé qu’il res­te­rait en place jus­qu’à l’au­tomne et la dé­si­gna­tion d’un nou­veau lea­der. Il a ajou­té qu’il ap­par­tien­drait à son suc­ces­seur de lan­cer la né­go­cia­tion sur le pro­ces­sus de sor­tie de son pays de L’UE.

En­tré dans le bloc eu­ro­péen en 1973, le Royaume­uni est le pre­mier pays à le quit­ter après 60 ans de construc­tion eu­ro­ péenne. Le dé­part de la cin­quième puis­sance éco­no­mique mon­diale a fait plon­ger la livre bri­tan­nique, et la Banque d’an­gle­terre a été obli­gée de faire sa­voir qu’elle était prête à dé­blo­quer 250 mil­liards de livres (326 mil­liards d’eu­ros).

« Le cô­té émo­tion­nel l’a em­por­té »

Igno­rant les me­naces de dé­sastre éco­no­mique bran­dies par le camp du main­tien, les Bri­tan­niques ont pré­fé­ré croire aux pro­messes de re­con­quête de leur in­dé­pen­dance, comme à celle d’ar­rê­ter l’im­mi­gra­tion en pro­ve­nance de L’UE. « C’est le cô­té émo­tion­nel qui l’a em­por­té », constate le Pr Iain Begg, de la Lon­don School of Eco­no­mics.

La dé­ci­sion des Bri­tan­niques consti­tue un désa­veu pour une Union dé­jà af­fai­blie par la crise des ré­fu­giés et la per­sis­tance de la crise éco­no­mique. Et le Brexit pour­rait pro­vo­quer une ré­ac­tion en chaîne : plu­sieurs chefs de par­tis po­pu­listes eu­ro­péens, à com­men­cer par Ma­rine Le Pen, ont ap­pe­lé à des ré­fé­ren­dums si­mi­laires dans leurs pays res­pec­tifs.

Londres va à pré­sent en­trer dans un long tun­nel de né­go­cia­tions avec L’UE sur les condi­tions de sor­tie, un pro­ces­sus qui pour­rait du­rer jus­qu’à deux ans. En at­ten­dant, le Royaume­uni res­te­ra lié par les ac­cords exis­tants. Mais les di­ri­geants des ins­ti­tu­tions de L’UE ont pres­sé ven­dre­di le pays de lan­cer « dès que pos­sible » cette pro­cé­dure en se di­sant « prêts ».

Le Royaume-uni en pé­ril

Au Royaume­uni, la dé­mis­sion de Da­vid Ca­me­ron pose la ques­tion de sa suc­ces­sion, le chef de file de la cam­pagne proB­rexit, Bo­ris John­son, an­cien maire de Londres, étant pres­sen­ti pour le rem­pla­cer. Hier, ce der­nier a es­ti­mé que la sor­tie de l’union eu­ro­péenne de­vrait se faire « sans précipitation ». Le lea­der du par­ti eu­ro­phobe UKIP, Ni­gel Fa­rage, a lui ap­pe­lé à la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment qui re­flète le camp du « Leave ».

Le Brexit risque de mettre en pé­ril l’in­té­gri­té du Royaume­uni (voir ci­contre). La Pre­mière mi­nistre écos­saise, Ni­co­la Stur­geon, chef des na­tio­na­listes du SNP, a dé­cla­ré que la pos­si­bi­li­té d’un se­cond ré­fé­ren­dum d’in­dé­pen­dance de sa ré­gion était « sur la table ». En Ir­lande du Nord, le Sinn Fein, fa­vo­rable au main­tien dans L’UE, a lui ap­pe­lé à un ré­fé­ren­dum sur une Ir­lande uni­fiée. En­fin, Ma­drid a es­ti­mé que le Brexit lui per­met­trait de ré­cu­pé­rer Gi­bral­tar.

Le Royaume­uni va aus­si de­voir s’at­te­ler à pan­ser les bles­sures oc­ca­sion­nées par une cam­pagne ré­fé­ren­daire vio­lente, mar­quée par le meurtre d’une dé­pu­tée pro­ue, Jo Cox, et la dé­si­gna­tion des im­mi­grés comme boucs émis­saires de nombre de pro­blèmes. ■

PHO­TO AFP

ÉMOI « Nous sommes sor­tis », en une du Lon­don Eve­ning Stan­dard.

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