Et main­te­nant ?

La Montagne (Brive) - - France & Monde - BER­NARD STÉ­PHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Sans doute le Brexit est­il en Eu­rope l’évé­ne­ment le plus im­por­tant de­puis la chute du Mur de Ber­lin. En­trés en 1973 sur un pro­jet éco­no­mique, les Bri­tan­niques ont vo­té, jeu­di, pour la sor­tie de l’union, sur un pro­jet iden­ti­taire. En 1973, le Royaume­uni adhé­rait comme on prend son ti­cket pour un mar­ché unique. Au­jourd’hui il part, tra­vaillé par les dé­bats sur la prio­ri­té na­tio­nale, la peur des mi­gra­tions, le re­fus des so­li­da­ri­tés. De ce cô­té­là de la Manche, on a de­puis tou­jours ap­pris à ne comp­ter que sur soi, y com­pris pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale. Cette sin­gu­la­ri­té ex­plique l’op­tion du ca­va­lier seul.

Le dé­part de Londres n’est pas ano­din pour le conti­nent. Il s’agit de la se­conde éco­no­mie eu­ro­péenne, le royaume pèse 15 % du PIB de l’union. Ce n’est ni la Grèce, ni Malte… Il y au­ra donc des consé­quences éco­no­miques très im­por­tantes, no­tam­ment pour la France. C’est en ef­fet un de nos prin­ci­paux clients et notre ba­lance com­mer­ciale est ex­cé­den­taire avec la Grande­bre­tagne.

Le non bri­tan­nique s’ins­crit sur fond de mon­tée des po­pu­lismes, de l’eu­ro­sep­tis­cisme et du doute des peuples. À l’évi­dence le ba­lan­cier de l’his­toire est op­po­sé à un grand État fé­dé­ral… Ce­la veut dire que la no­tion même d’ap­pro­fon­dis­se­ment va être très dif­fi­cile à réa­li­ser. Quant à la re­lance du couple fran­co­al­le­mand, mo­teur de l’eu­rope, c’est qua­si­ment mis­sion im­pos­sible en rai­son no­tam­ment de l’af­fai­blis­se­ment de Fran­çois Hol­lande et dans une moindre me­sure d’an­ge­la Mer­kel, tous les deux en fin de man­dats.

Si le Brexit pou­vait per­mettre de re­lan­cer l’eu­rope, il fau­drait cher­cher les dé­no­mi­na­teurs com­muns des at­tentes des peuples des 27 états. Quels son­tils ? Plus de sé­cu­ri­té et de dé­fense com­munes, plus de fron­tières ex­té­rieures, plus de dé­mo­cra­tie dans la prise de dé­ci­sion, plus d’har­mo­nie so­ciale entre les pays, l’aban­don des po­li­tiques d’aus­té­ri­té, moins de chô­mage de masse, da­van­tage d’actes lais­sés à la libre dé­ci­sion des états sou­ve­rains. Voi­là ce que veulent les peuples. Et pour­tant rien n’in­dique que c’est ce que veulent les gou­ver­ne­ments.

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