« C’est l’ar­ché­type de l’égoïsme »

Da­nielle Au­roi, dé­pu­tée char­gée des ques­tions eu­ro­péennes

La Montagne (Brive) - - France & Monde - Pro­pos re­cueillis par Jean-paul Gon­deau

Pour Da­nielle Au­roi (EELV), dé­pu­tée du Puy-de-dôme, qui pré­side la com­mis­sion des Af­faires eu­ro­péennes à l’as­sem­blée na­tio­nale, le « na­tio­na­lisme » a en­gen­dré le Brexit.

■ Je sup­pose que le ré­veil a été dou­lou­reux… En fait, je ne suis pas sur­prise. Contrai­re­ment à beau­coup de mes col­lègues, je voyais ve­nir le Brexit… Et l’as­sas­si­nat de Jo Cox, re­le­vant da­van­tage du do­maine de l’émo­tion­nel, ne pou­vait rien chan­ger. Ce ré­sul­tat, c’est l’ar­ché­type de l’égoïsme…

■ Vous vou­lez dire le re­pli na­tio­na­liste… Le na­tio­na­lisme des classes po­pu­laires. Ont vo­té pour la sor­tie la zone la plus pauvre du pays, le Pays de Galles, les per­sonnes âgées et les non­di­plô­més. Il y a une cas­sure entre ceux qui s’es­timent être le peuple et ceux qui se consi­dèrent comme l’élite et ne se pré­oc­cupent pas des pre­miers. ■ C’est donc la Grande-bre­tagne d’en bas qui a vo­té out… La Grande­bre­tagne d’en bas contre les élites fer­mées sur elles­mêmes qui ne pensent qu’au bien­être de la Ci­ty.

■ Com­ment ex­pli­quer ce Brexit po­pu­laire ? Il est lié à 43 ans d’une po­li­tique mal expliquée, mal per­çue, qui fait que chaque fois qu’il y a une chose qui ne va pas on dit que c’est la faute à Bruxelles et que chaque fois qu’il y a une chose qui va, c’est grâce à nous ! Les Bri­tan­niques font ce­la de­puis Mme That­cher alors même qu’ils ont im­po­sé à l’union eu­ro­péenne le mo­dèle that­ché­rien du grand mar­ché au lieu d’une Eu­rope so­li­daire et so­ciale.

■ Est-ce le dé­but de la fin de l’eu­rope ? Ca va tan­guer mais elle peut re­par­tir. Il est im­pé­ra­tif de la re­fon­der, de re­trou­ver du sens pour l’eu­rope qui souffre, les classes moyennes qui s’ap­pau­vrissent… Il fau­drait de la part de la France et de l’al­le­magne un ap­pel fort sur des va­leurs et pas seule­ment sur le mar­ché.

■ Quand la Grande-bre­tagne ne se­ra-t-elle plus en Eu­rope ? Il faut ap­pli­quer fer­me­ment l’ar­ticle 50 du trai­té de Lis­bonne qui sti­pule que le di­vorce peut in­ter­ve­nir en deux ans… Il faut al­ler le plus vite pos­sible parce que la Grande­ Bre­tagne va jouer la montre en di­sant que c’est com­pli­qué… En réa­li­té, je crains que la pro­cé­dure de sor­tie ne dure sept ans. Et pen­dant ce temps­là la Grande­bre­tagne au­ra un pied de­dans et un pied de­hors. Elle gar­de­ra tous les avan­tages sans être so­li­daire. ■ Pour qui le Brexit va-t-il coû­ter le plus cher ? Pour la Grande­bre­tagne, c’est le saut dans l’in­con­nu, le risque de sé­ces­sion. Les Écos­sais et l’ir­lande du Nord ont vo­té pour res­ter. Mais pour nous aus­si il y a un risque parce que la France ex­porte plus en Grande­bre­tagne qu’elle n’im­porte…. ■ Que va de­ve­nir Ca­lais ? On doit re­mettre en cause le trai­té du Tou­quet. La France n’a au­cune rai­son de gar­der des gens qu’elle hé­berge dans des condi­tions épou­van­tables pour les An­glais. La fron­tière se si­tue dé­sor­mais en Grande­bre­tagne. ■

PHO­TO R. DUGNE

DA­NIELLE AU­ROI. Dé­pu­tée eu­ro­péenne de 1999 à 2004.

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