Nu­tri­tion : trop d’inégalités so­ciales

Ren­contre à Li­moges avec Serge Herc­berg, pré­sident du Pro­gramme na­tio­nal nu­tri­tion san­té (PNNS)

La Montagne (Brive) - - Limousin Actualité - He­lene.pom­mier@cen­tre­france.com

De­puis 2001, l’ali­men­ta­tion et l’ac­ti­vi­té phy­sique sont de­ve­nues un su­jet de san­té pu­blique et nous nous sou­met­tons à des re­com­man­da­tions. Ré­sul­tats et pers­pec­tives de cette po­li­tique na­tio­nale.

Pro­pos recueillis par Hé­lène Pom­mier

«Man­gez cinq fruits et lé­gumes par jour » : ce slo­gan bien connu est is­su du pro­gramme na­tio­nal nu­tri­tion san­té (PNNS), afin d’amé­lio­rer l’état de san­té de la po­pu­la­tion en jouant sur l’ali­men­ta­tion et l’ac­ti­vi­té phy­sique. Son pré­sident, le pro­fes­seur Serge Herc­berg, était à Li­moges, le 23 juin, pour un congrès na­tio­nal de l a So ci é t é fran­co­phone de nu­tri­tion cli­nique et mé­ta­bo­lisme. En­tre­tien.

■ Le 3e pro­gramme na­tio­nal nu­tri­tion san­té s’achève. Quel est son bi­lan ? Quand la cam­pagne du PNNS a été lan­cée en 2001, 60 % de s Fra nç a i s co n s o m ­ maient moins de deux por­tions et de­mie de fruits et lé­gumes par jour. L’ob­jec­tif était de pas­ser à 45 %. Nous y sommes par­ve­nus. Au ni­veau de la consom­ma­tion de sel, on était, il y a quinze ans, à 10 g par jour et nous vou­lions at­teindre 8 grammes. Fi­na­le­ment, on est à 8,5 g/ jour. Au dé­but des an­nées 2000, 17 % des en­fants étaient en sur­poids ou obèses : le taux est res­té stable. Nous sou­hai­tions cas­ser cette courbe qui ne ces­sait d’aug­men­ter et c’est ce qui s’est pas­sé. Cer­tains de nos ob­jec­tifs ont donc été at­teints, mais pas tous. Il y a en­core des pro­grès à faire sur la sé­den­ta­ri­té, la consom­ma­tion de pro­duits cé­réa­liers com­plets.

■ Quels sont les points né­ga­tifs ? Les ré­sul­tats ne sont pas ho­mo­gènes sur la po­pu­la­tion. Les inégalités so­ciales se sont creu­sées. Notre slo­gan sur la consom­ma­tion de cinq fruits et lé­gumes par jour est connu par 85 à 90 % des gens, mais est plus ef­fi­cace dans les ca­té­go­ries au ni­veau so­cio­éco­no­mique él e v é . Un ou v r i e r, pa r exemple, mange 50 % de moins de fruits et 30 % de moins de lé­gumes qu’un cadre. Au ni­veau du sur­poids et de l’obé­si­té chez les en­fants, elle est en baisse dans les couches fa­vo­ri­sées, mais stagne, voire aug­mente lé­gè­re­ment dans les po­pu­la­tions les plus fra­giles. Il faut don­ner les moyens à tous d’ac­cé­der à une ali­men­ta­tion fa­vo­rable à la san­té. C’est ce que de­vrait faire le pro­chain pro­gramme na­tio­nal nu­tri­tion san­té de 2017­2020.

■ Don­ner les moyens à tous : c’est-à-dire ? Nous de­vons al­ler au­de­là des ac­tions qui visent à res­pon­sa­bi­li­ser le pu­blic. Il faut créer un en­vi­ron­ne­ment fa­vo­ra­ ble à la consom­ma­tion de pro­duits sains, de bonne qua­li­té nu­tri­tion­nelle. Une marge de ma­noeuvre existe au­près des in­dus­triels : l’idée est de les in­ci­ter à amé­lio­rer cette qua­li­té, en di­mi­nuant le gras, le sel, le sucre et en aug­men­tant la pro­por­tion de fibres. Il y a dé­jà eu des pro­grès : les soupes in­dus­trielles com­portent 5 à 10 % de sel en moins en dix ans, et sans al­té­rer le goût. De­puis 2006, 37 chartes d’en­ga­ge­ment ont été si­gnées avec des en­tre­prises, mais ja­mais avec l’en­semble d’un grand groupe de l’agro­ali­men­taire.

Au­jourd’hui, il faut pas­ser à des sys­tèmes plus contrai­gnants. En 2014, j’ai re­mis une sér ie de pro­po­si­tions au mi­nis­tère de la San­té, dont l’ins­tau­ra­tion d’une taxe nu­tri­tion­nelle, la ré­gu­la­tion de la pu­bli­ci­té ou la créa­tion d’un lo­go afin de sa­voir d’un simple coup d’oeil la te­neur en sel, gras et sucre des ali­ments ven­dus en su­per­mar­ché.

■ Ces pro­po­si­tions n’ont pas dû plaire à tout le monde… Elles ne font en ef­fet pas l’una­ni­mi­té du cô­té de l’in­dus­trie agro­ali­men­ taire et de la grande dis­tri­bu­tion. Le pr in­cipe du lo­go, ju­gé stig­ma­ti­sant, a sus­ci­té une forte op­po­si­tion. Il a été adop­té dans la loi San­té et on at­tend sa mise en ap­pli­ca­tion. Pour les autres pro­po­si­tions, des études sont en­core en cours afin de dé­ter­mi­ner les orien­ta­tions de po­li­tique pu­blique en ma­tière de nu­tri­tion. On sau­ra à l’au­tomne quelles se­ront les re­com­man­da­tions du fu­tur PNNS. ■

PHO­TO THO­MAS JOU­HAN­NAUD

SERGE HERC­BERG. Il pré­side le PNNS.

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