De 1951 à 2009, la grande his­toire du Tour de France à Li­moges

La Montagne (Brive) - - Sports Cyclisme - Xa­vier Georges Twit­ter : @Xa­vier _ Georges

Le Tour de France, sa ma­gie, sa fer­veur et toute sa pas­sion. De 1951 à 2009, Li­moges a ac­cueilli à 14 re­prises la grande dame de l’été et a vu tous les plus grands cham­pions dé­fi­ler sur ses terres. Flash-back sur les grands mo­ments qui ont ja­lon­né l’his­toire du Tour de France à Li­moges.

1951

Grande pre­mière dans son his­toire : la ca­pi­tale li­mou­sine est l’hôte de la Grande Boucle. Une vé­ri­table fer­veur ac­cueille les cou­reurs à leur ar­ri­vée dans la ville après un pé­riple de 241 km en pro­ve­nance d’an­gers. L’am­biance est chaude sur le bord de la route mais elle l’est tout au­tant au coeur du pe­lo­ton.

Pré­ci­sé­ment, les hommes forts et tous leurs concur­rents ont sen­si­ble­ment haus­sé le rythme à hau­teur de Bellac sous l’ im­pul­sion d’ un Nel­loLau­re­di in­te­nable. Au terme d’un fi­nal au cou­teau, le Belge An­dré Ros­seel règle tout le monde au sprint après 7 h 08’20’’ de course. Pour la vic­toire fi­nale à Pa­ris, c’est le Suisse Hu­go Ko­blet qui met tout le monde d’ac­cord, s’ad­ju­geant son pre­mier Tour de France.

Pour la pe­tite his­toire… L’ef­fer­ves­cence, l’en­thou­siasme du pu­blic, la ri­gueur de l’ac­cueil et de la lo­gis­tique ont conquis les or­ga­ni­sa­teurs du Tour de France qui ac­cordent une autre étape à Li­moges dès l’an­née sui­vante.

1952

Dans la mé­moire col­lec­tive des Li­mou­sins, l’édi­tion 1952 a sans doute beau­coup plus mar­qué les es­prits que sa de­van­cière. Le jour de cette 20e étape, après un dé­part don­né de Bor­deaux pour 228 km, les dé­bats vont très vite s’ani­mer.

Les Fran­çais Ré­my et Teis­seire, imi­tés par les Ita­liens Cor­sie­ri et Mi­la­no, sont les pre­miers à mettre le feu aux poudres. Et tout au long du par­cours, c’est une suc­ces­sion d’at­taques qui rythme la jour­née. À 32 km de l’arr ivée, Jacques Vi­vier, Pé­ri­gor­din de Ri­bé­rac mais ré­gio­nal de l’étape (le Li­mou­sin était à l’époque rat­ta­ché à la Dor­dogne), ef­fec­tue un beau re­tour à hau­teur des échap­pés. Cop­pi, grand sei­gneur, lui laisse son heure de gloire et c’est une ova­tion énorme du « Mu­ni­ci­pal » de Beau­blanc qui sa­lue la vic­toire de Vi­vier.

Pour la pe­tite his­toire… Cette an­née­là, Faus­to Cop­pi réus­sit le doublé Giro – Tour, une per­for­mance jusque­là in­édite.

1960

240 km sé­parent An­gers de l’ar­ri­vée de cette 8e étape et c’est un fort vent d’ita­lie qui va souf­fler sur Li­moges. Au terme d’un sprint achar­né, Ni­no De­fi­lip­pis coupe la ligne d’ar­ri­vée en tête de­vant ses com­pa­triotes Bat­tis­ti­ni et Pam­bia­co.L’ Ita­lie va d’ ailleurs plei­ne­ment triom­pher lors de cette édi­tion puisque Gas­tone Nen­ci­ni rem­porte cette 47e édi­tion de­vant Gra­zia­no Bat­tis­ti­ni.

Pour la pe­tite his­toire… An­que­til ab­sent, Ro­ger Ri­vière est le grand fa­vo­ri de cette édi­tion. Mais dans la des­cente du col du Per­ju­ret, en plein coeur des Cé­vennes, il chute lour­de­ment. Ré­sul­tat : co­lonne ver­té­brale tou­chée, sa car­rière est bri­sée nette.

1963

De­puis un an dé­jà, la France est di­vi­sée en deux clans : les pro­an­que­til et les pro­pou­li­dor. En 1962, le Nor­mand a rem­por­té son troi­sième Tour, le Li­mou­sin mon­tant sur la troi­sième marche du po­dium. Mais à Li­moges, tout le monde ne vibre que pour l’en­fant de Saint­léonard.

Sur la route, les ca­dors ont tou­te­fois ti­ré le ver­rou, n’ac­cor­dant pas la moindre li­ber­té à leurs ad­ver­saires. Dès lors, comme au cours des jours pré­cé­dents, la force pré­vaut. Et c’est fi­na­le­ment Jans­sen qui se dé­tache à un ki­lo­mètre du stade mu­ni­ci­pal pour s’im­po­ser de­vant Van Looy.

Pour la pe­tite his­toire… À l’arr ivée au Parc des Princes, Jacques An­que­til se fait ova­tion­ner tan­dis que Ray­mond Pou­li­dor se fait sif­fler par un pu­blic dé­çu de sa 8e place.

1967

Deux fois deuxième et deux fois troi­sième lors des pré­cé­dentes édi­tions, Ray­mond Pou­li­dor s’aligne au dé­part de ce Tour 1967 en grand fa­vo­ri. Mais la chance va de nou­veau fuir le Li­mou­sin : il rate le maillot jaune de 6 se­condes lors du pro­logue rem­por­té par l’es­pa­gnol Er­ran­do­nea puis chute lour­de­ment dans les Vosges avant de voir ses der­niers es­poirs s’en­vo­ler dans le Bal­lon d’al­sace. Exem­plaire, il se met­tra alors au ser­vice de Ro­ger Pin­geonp our­la vic­toire fi­nale.

Sur la route me­nant à Li­moges, une échap­pée se forme, et à 20 km du but, Sta­blins­ki fausse com­pa­gnie à Grain, le Suisse Bin­gel­li et le Hol­lan­dais Van Der Vleu­ter. En moins de 12 km, Sta­blins­ki, le doyen du pe­lo­ton, creuse un écart de 1’46’’ et en­lève la mise.

Pour la pe­tite his­toire… Si Ro­ger Pin­geon at­teint son som­met en rem­por­tant son unique Tour de France, ce Tour 1967 est aus­si mar­qué par le tra­gique dé­cès de Tom Simp­son sur les pentes du Mont Ven­toux.

1970

Fait in­édit et en­core au­jourd’hui unique, Li­moges de­vient la ca­pi­tale de la France en ac­cueillant le Grand Dé­part de cette 57e Grande Boucle, la­quelle prend même ses quar­tiers du­rant deux jours dans la ci­té li­mou­geaude.

Un pro­logue de 7,4 km est tra­cé entre L’au­rence et Lan­douge. Une boucle où le Can­ni­bale Ed­dy Mer­ckx jus­ti­fie plei­ne­ment son sur­nom : il de­vance sans conces­sion Gross­kost et se per­met même de suivre à vé­lo cha­cun de ses co­équi­piers pour éven­tuel­le­ment les dé­pan­ner en cas de cre­vai­son !

Pour la pe­tite his­toire… Ed­dy Mer­ckx au­ra ré­gné en maître sur cette édi­tion 1970 : vain­queur de huit étapes dont le pro­logue et deux contre­la­montre, il s’offre lo­gi­que­ment son deuxième Tour consé­cu­tif.

1977

Au mo­ment d’ ar­ri­ver dans la ca­pi­tale li­mou­sine, le pe­lo­ton est mon­tré du doigt. On iro­nise sur l’al­lure de croi­sière adop­tée par les cou­reurs.

Tout change à Li­moges : une course ner­veuse, des at­taques, une moyenne dé­cente (37 km/h) et 20 mi­nutes d’avance sur l’ho­raire pré­vu ! À 5 km de l’ar­ri­vée, Jan Raas place un contre fa­tal qui lui offre la vic­toire de­vant Tha­ler et San­tam­brog­gio.

Pour la pe­tite his­toire… Mer­ckx court son der­nier Tour de Fran ce.Die­trich Thu­rau, un jeune Al­le­mand de 22 ans, éclate lui au grand jour. Il pa­rade deux se­maines en jaune avant de bais­ser de pied dans les Alpes.

1985

En cette fin de Tour, les hommes de La Vie Claire, et sur­tout leur lea­der, Ber­nard Hinault, contrôlent tout, ne dé­li­vrant au­cun bon de sor­tie. En se mê­lant à une ten­ta­tive lan­cée à en­vi­ron 40 km de l’ar­ri­vée, Jo­han Lam­merts met à pro­fit ses qua­li­tés de rou­leur pour pla­cer à 2.000 mètres de la ligne un der­nier dé­mar­rage avant de ré­sis­ter à ses pour­sui­vants qui avaient pour nom Pe­ri­ni, Pe­ters, Dhae­nens et An­der­sen.

Pour la pe­tite his­toire… Le len­de­main, l ors du contre­la­montre à Vas­si­vière, Greg Le­mond se montre le plus ra­pide et de­vient le pre­mier Amé­ri­cain vain­queur d’une étape du Tour de France.

1988

Usés par le rythme ef­fré­né des der­niers ki­lo­mètres, les sprin­ters sont trop courts et ne peuvent rien de­vant la force de l’ita­lien Gian­ni Bu­gno qui lève les bras de­vant Ne­vens et Mar­tial Gayant.

Mais Li­moges est aus­si au coeur de la tour­mente lors de cet été après la ré­vé­la­tion du contrôle po­si­tif du maillot jaune Pe­dro Del­ga­do, qui au­rait uti­li­sé des pro­duits mas­quants pour ca­cher la prise d’ana­bo­li­sants. Le pro­duit en cause n’étant pas en­core in­ter­dit par L’UCI, l’es­pa­gnol est néan­moins blan­chi et rem­porte ce 75e Tour de France.

Pour la pe­tite his­toire… Li­moges est cette an­née­là ville ar­ri­vée et ville dé­part. Après Ruelle­sur­touvre – Li­moges, la 19 étape s’élance de Li­moges et ral­lie Le Puy de Dôme où le Da­nois John­ny Weltz s’im­pose.

1990

À trois jours de l’ar­ri­vée, le sus­pense bat son plein en cette fin de Tour 1990. En toile de fond, c’est bien sûr le duel Chiap­puc­ci – Le­mond qui ali­mente tous les dé­bats. À Li­moges, terme de la 19e étape par­tie de Cas­tillon­la­ba­taille, c’est l’ita­lien qui conserve son maillot jaune.

Mais c’est son com­pa­triote Gui­do Bon­tem­pi qui ar­rive dé­ta­ché dans la ci­té li­mou­geaude, après être pas­sé à l’of­fen­sive avant Aixe­sur­vienne. Le len­de­main, le contre­la­montre in­di­vi­duel de Vas­si­vière, rem­por­té par le Néer­lan­dais Erik Breu­kink, va fi­na­le­ment dé­ci­der de l’is­sue de cette Grande Boucle : Greg Le­mond se montre le plus ha­bile et prend le pou­voir qu’il ne lâ­che­ra pas.

Pour la pe­tite his­toire… Le Li­mou­sin Luc Leb­lanc dis­pute cette an­née­là son pre­mier Tour de France. À Vas­si­vière, il s’offre une pro­met­teuse 10e place.

1995

Deux jours avant son ar­ri­vée à Li­moges, la ca­ra­vane a été en­deuillée par la mort de Fa­bio Ca­sar­tel­li dans la des­cente du col de Por­tet­d’as­pet dans les Py­ ré­nées. L’émo­tion va être forte quand Lance Arm­strong ar­rive seul en vain­queur à Li­moges Es­ter en poin­tant le doigt vers le ciel pour rendre hom­mage à son ami dis­pa­ru.

Pour la pe­tite his­toire… Mi­guel In­du­rain entre cette an­née­là dans la lé­gende aux cô­tés des An­que­til, Mer­ckx et Hinault en rem­por­tant son cin­quième Tour de France.

2000

De­puis Ja­cky Du­rand, ce­la fai­sait deux ans qu’un Fran­çais n’avait pas fran­chi en vain­queur la ligne d’ar­ri­vée. Avec un ma­gni­fique pa­nache, Ch­ris­tophe Agno­lut­to re­donne des cou­leurs au cyclisme na­tio­nal en en­le­vant la 7e étape à Li­moges après une échap­pée so­li­taire de 128,5 km.

Pour la pe­tite his­toire… Lance Arm­strong en­lève le contre­la­montre de Fri­bourg­en­bris­gau ­ Mul­house à une moyenne re­cord de 53,986 km/h !…

2004

Cette édi­tion fait date : du­rant 3 jours, le Tour s’ins­talle en Li­mou­sin, un évé­ne­ment in­édit jus­qu’alors. Après une jour­née de re­pos, la 9e étape fait la fête à Ray­mond Pou­li­dor à l’oc­ca­sion du dé­part de SaintLéo­nard pour 165 km jus­qu’à Gué­ret où Rob­bie Mce­wen est le plus ra­pide. Le len­de­main, le pe­lo­ton s’élance de Li­moges pour Saint­flour et voit Ri­chard Vi­renque réa­li­ser un nu­mé­ro de so­liste im­pres­sion­nant.

Pour la pe­tite his­toire… Avant cette édi­tion, Gué­ret est le seul chef­lieu d’un dé­par­te­ment mé­tro­po­li­tain où la Grande Boucle n’avait en­core ja­mais eu le plai­sir de s’ar­rê­ter.

2009

Dans un Tour 2009 mar­qué par le come­back de Lance Arm­strong, Li­moges ac­cueille la pre­mière jour­née de re­pos et lance la deuxième se­maine de course. L’ita­lien Ri­nal­do No­cen­ti­ni est en jaune et à l’ar­ri­vée à Is­sou­dun, Mark Ca­ven­dish se montre une nou­velle fois le plus ra­pide au sprint.

Pour la pe­tite his­toire… Pour la pre­mière fois sur le Tour, les oreillettes sont in­ter­dites sur cette étape Li­moges ­ Is­sou­dun. Une ini­tia­tive très di­ver­se­ment ap­pré­ciée dans le pe­lo­ton. ■

PHO­TO AR­CHIVES LE PO­PU­LAIRE DU CENTRE

1977. La foule des grands jours à Beau­blanc et Ray­mond Pou­li­dor comme le sym­bole de ce cyclisme qui fait re­cette avec le Tour de France.

LE PO­PU­LAIRE DU CENTRE PHO­TOS AR­CHIVES

1995. Lance Arm­strong s’im­pose en so­li­taire à Es­ter et rend hom­mage à son co­équi­pier Fa­bio Ca­sar­tel­li dé­cé­dé deux jours avant dans la des­cente du col du Por­tet-d’as­pet.

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