Pou­ru­noui, pou­run non

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - BER­NARD STÉ­PHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Il suf­fi­sait hier de me­su­rer le grand doute de la so­cié­té bri­tan­nique pour en ti­rer une con­clu­sion simple : per­sonne ne s’at­ten­dait au vote pro­brexit et per­sonne ne s’y était pré­pa­ré. Cette confu­sion est ren­for­cée par la me­nace de par­ti­tion du royaume avec la dé­ter­mi­na­tion des Écos­sais d’al­ler vers un ré­fé­ren­dum sé­pa­ra­tiste et par la pé­ti­tion po­pu­laire de trois mil­lions de si­gna­tures, pour ré­cla­mer un nou­veau vote.

La dé­mo­cra­tie bri­tan­nique, la plus vieille d’eu­rope, a quelques égards pour les pé­ti­tion­naires. Lorsque le nombre de si­gna­taires dé­passe 100.000, une com­mis­sion du par­le­ment doit l’exa­mi­ner, ce qui n’au­gure nul­le­ment de la suite qui se­ra don­née entre le clas­se­ment sans suite ou le dé­bat de­vant la Chambre des Com­munes.

Y au­ra-t-il un se­cond ré­fé­ren­dum ? C’est peu pro­bable. Les Eu­ro­péens veulent concré­ti­ser ra­pi­de­ment le Brexit et plu­sieurs lea­ders po­li­tiques bri­tan­niques dé­mis­sionnent. Même si l’his­toire ré­cente dé­montre l’in­verse. Plu­sieurs ré­fé­ren­dums re­je­tant des trai­tés eu­ro­péens ont été ré­or­ga­ni­sés pour ten­ter d’in­ver­ser la dé­ci­sion. En 1992, le Da­ne­mark re­jette le trai­té de Maas­tricht, il l’adopte en 1993. En 2001, l’ir­lande dit non au trai­té de Nice, elle l’ap­prouve en 2002. En 2008, l’ir­lande à nou­veau désap­prouve le trai­té de Lis­bonne, elle fi­nit par dire oui un an plus tard.

Il est as­sez com­mun de consi­dé­rer que ceux qui ont dit non à un ré­fé­ren­dum ont vou­lu adres­ser un aver­tis­se­ment. Mais il n’y a pas deux tours de scru­tin, ce qui est dit par oui ou par non est dé­fi­ni­tif. Sauf à faire fi d’un vote né­ga­tif comme en France en 2005 avec le re­jet du Trai­té consti­tu­tion­nel et à pas­ser par la voie par­le­men­taire pour faire adop­ter le Trai­té de Lis­bonne en 2008. Un tel tour de passe­passe a nour­ri l’eu­ros­cep­ti­cisme. Les gou­ver­ne­ments eu­ro­péens vont de­voir plan­cher sur les consé­quences du non bri­tan­nique. On voit mal com­ment, sauf à faire dans la de­mi­me­sure in­ef­fi­cace, on n’irait pas vers un nou­veau trai­té pour re­fon­der l’union. Et com­ment faire va­li­der un tel texte au­tre­ment que par ré­fé­ren­dum, sauf à se cou­per à ja­mais de l’eu­rope du peuple ?

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