Des chiffres comp­tables qui font de la po­li­tique…

La Montagne (Brive) - - Économie -

« Les chiffres de la dette ne sont pas un pur ar­ti­fice, concède Ben­ja­min Lemoine. Ils sont le pro­duit d’un long tra­vail de construc­tion et de dis­cus­sion théo­rique entre comp­tables, na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux, afin de conve­nir des bonnes fa­çons d’en­re­gis­trer les comptes pu­blics et d’éva­luer le poids de la dette. » « Mais, pour­suit-il, ce­la ne si­gni­fie pas que ces chiffres ne font pas de po­li­tique. L’im­por­tance qui leur est ac­cor­dée ren­voie à une fa­çon de trai­ter le pro­blème de la dette sur l’es­pace pu­blic en des termes stric­te­ment bud­gé­taires. Évo­quer sim­ple­ment les pas­sifs ac­cu­mu­lés, la charge et le far­deau de la dette – ce qui est le cas de l’in­di­ca­teur do­mi­nant – sans don­ner l’image com­plète du bi­lan de l’état et prendre en compte les ac­tifs, contri­bue à dra­ma­ti­ser la si­tua­tion et éla­bo­rer une pé­da­go­gie éco­no­mique des­ti­née à faire ac­cep­ter des baisses de dé­penses pu­bliques. » Et de s’in­sur­ger : « Af­fir­mer que chaque nou­veau-né fran­çais est en­det­té à hau­teur de 32.000 eu­ros nie la réa­li­té so­cio­lo­gique des ef­fets de re­dis­tri­bu­tion liés à la dette : au sein d’une même gé­né­ra­tion cer­tains en­fants sont ga­gnants car l’épargne de leurs aïeux, plu­tôt que d’être ab­sor­bée en im­pôts, a trou­vé un sup­port stable et ré­mu­né­ra­teur. De nom­breux autres, qui ne peuvent comp­ter que sur leurs sa­laires et les po­li­tiques so­ciales, sont dou­ble­ment vic­times de la dette : non seule­ment ils voient les pres­ta­tions de l’état so­cial di­mi­nuer, au nom de la me­nace d’in­sol­va­bi­li­té de la France, mais leurs im­pôts servent aus­si à payer les in­té­rêts de la dette à une classe de pos­sé­dants et d’épar­gnants de plus en plus concen­trée so­cia­le­ment. »

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