L’eu­rope un peu plus désar­mée

Am­pu­tée des ca­pa­ci­tés mi­li­taires et di­plo­ma­tiques bri­tan­niques

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - Propos re­cueillis par J. Pilleyre

La po­li­tique de sé­cu­ri­té et de dé­fense com­mune (PSDC) de l’union eu­ro­péenne re­pose sur les ca­pa­ci­tés ci­viles et mi­li­taires des États membres.

L’eu­rope va donc de­voir ap­prendre à se pas­ser des ca­pa­ci­tés bri­tan­niques et ain­si se re­po­ser sur la seule force de frappe d’en­ver­gure qui lui reste : la France.

Spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense, le po­li­to­logue Fré­dé­ric Cha­rillon s’in­ter­roge. ■ Le Brexit oblige-t-il L’UE à re­pen­ser sa po­li­tique de dé­fense ? Ce n’est pas en­core clair. De fait, des ajus­te­ments se­ront né­ces­saires : les Bri­tan­niques qui par­ti­cipent aux ins­tances mi­li­taires de L’UE quit­te­ront leur poste, des ques­tions bud­gé­taires de­vront être ré­glées, etc. L’am­bi­guï­té de la si­tua­tion bri­tan­nique en ma­tière de dé­fense, est qu’on ne pou­vait pas dire que la Grande­bre­tagne ai­dait beau­coup à la construc­tion d’une en­ti­té eu­ro­péenne en la ma­tière, mais en même temps, elle est avec la France l’une des deux seules grandes ar­mées eu­ro­péennes à vo­ca­tion glo­bale. Au­jourd’hui, Pa­ris reste seul en piste et la France, dont la to­na­li­té n’est pas sys­té­ma­ti­que­ment pa­ci­fiste, de­meure la seule puis­sance nu­cléaire de l’union. Sans la pré­sence bri­tan­nique, nous su­bi­rons une pres­sion forte pour re­non­cer à notre tour à nous dé­fendre et pour nous « dé­nu­cléa­ri­ser. » ■ Quelles consé­quences sur la di­plo­ma­tie eu­ro­péenne ? Là en­core, la Grande­bre­tagne, on le sait, n’a ja­mais contri­bué à ce qu’une en­ti­té di­plo­ma­tique eu­ro­péenne forte et au­to­nome émerge. Mais la pré­sence des di­plo­mates bri­tan­niques dans les ins­tances eu­ro­péennes était un ap­port qua­li­ta­tif évident. Plus gé­ né­ra­le­ment, la cré­di­bi­li­té di­plo­ma­tique de l’eu­rope, en dé­pit des ca­rences évi­dentes de son ac­tion in­ter­na­tio­nale, était liée au poids éco­no­mique, dé­mo­gra­phique, po­li­tique des Ving­tHuit. Le re­trait bri­tan­nique di­mi­nue consi­dé­ra­ble­ment ce poids. Et le dé­part des ex­perts et di­plo­mates bri­tan­niques nous fe­ra perdre en qua­li­té d’ana­lyse. ■ Les USA perdent leur che­val de Troie… Ils perdent de toute évi­dence un al­lié eu­ro­péen qui n’a pas hé­si­té à se faire leur porte­pa­role à plu­sieurs re­prises, no­tam­ment dans la crise ira­kienne de 2003. Il leur en reste plu­sieurs autres. En re­vanche, les Eu­ro­péens perdent éga­le­ment un membre ca­pable de convaincre les États­unis, de leur par­ler en toute confiance, et qui était le seul ac­teur dans L’UE à par­ta­ger vé­ri­ta­ble­ment, avec le Ca­na­da, l’aus­tra­lie, la Nou­velle­zé­lande et donc Wa­shing­ton, les se­crets d’une com­mu­nau­té de ren­sei­gne­ment très an­glo­saxonne. ■ Le couple fran­co-al­le­mand voit son lea­der­ship ren­for­cé ? Le Brexit laisse en tout cas Pa­ris et Ber­lin seuls face à face. En tant que couple ou ri­vaux : là se­ra la ques­tion. Pour Pa­ris, cette si­tua­tion pour­rait se ré­vé­ler très in­con­for­table. Londres par­ta­geait avec nous une cer­taine cul­ture stra­té­gique même si nous di­ver­gions sur les autres ques­tions, no­tam­ment com­mu­nau­taires. Mais pour au­tant, sur ces der­nières ques­tions, sommes­nous tou­jours en phase avec Ber­lin ? L’heure n’est plus à une Eu­rope ré­duc­tible à l’axe fran­coal­le­mand, même si l’en­tente entre les deux pays reste né­ces­saire. ■ Quelle Eu­rope se des­sine ? Compte te­nu du cli­mat de re­pli cultu­rel qui pré­vaut au­jourd’hui, ré­pondre au Brexit par un dis­cours fé­dé­ra­liste se­rait po­li­ti­que­ment sui­ci­daire. Mais dans les faits, on re­trou­ve­ra as­sez vite un noyau dur qui sou­hai­te­ra re­lan­cer l’eu­rope po­li­tique (au­tour des membres fon­da­teurs), et un se­cond cercle plus in­té­res­sé par un seul es­pace éco­no­mique. ■ ès­pé­cia­liste. Pro­fes­seur de science po­li­tique à l’uni­ver­si­té d’auvergne, Fré­dé­ric Cha­rillon a di­ri­gé l’ins­ti­tut de re­cherche stra­té­gique de l’école mi­li­taire ain­si que le Centre d’études en sciences so­ciales de la Dé­fense.

PO­LI­TO­LOGUE. Fré­dé­ric Cha­rillon tra­vaille sur les re­la­tions in­ter­na­tio­nales.

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