DE FRANCE « J’en­tends en­core les cris de la foule »

Ch­ris­tophe Agno­lut­to est le der­nier vain­queur d’étape à Li­moges en 2000

La Montagne (Brive) - - Sports Cyclisme -

La der­nière ar­ri­vée d’étape du Tour de France a vu la vic­toire de Ch­ris­tophe Agno­lut­to au terme d’un nu­mé­ro de ba­rou­deur. Seize ans après, le hé­ros re­vient sur son ex­ploit. maine les sixième et sep­tième étapes. C’était des étapes de ba­rou­deurs. D’ailleurs à l’is­sue de la sixième étape, c’est Al­ber­to El­li qui prend le maillot jaune après une échap­pée. Avant, je n’avais pas trop bou­gé car c’était pour les sprin­ters et il y avait un chro­no. La sixième étape, je loupe la bonne échap­pée car je m’ar­rête uri­ner avec le maillot jaune (Laurent Ja­la­bert) au dé­part fic­tif. Quand on a re­pris place dans le pe­lo­ton au dé­part réel, le coup était dé­jà par­ti, ce qui n’était pas très ré­glo. Il y a eu un ma­no à ma­no entre la Once et une ving­taine de cou­reurs. On n’est ja­mais re­ve­nu sur eux. Je m’étais pro­mis le len­de­main de ne pas m’ar­rê­ter au dé­part fic­tif, de ne pas ra­ter une échap­pée. La sep­tième étape, j’étais dans tous les coups.

« J’ai fait dix ki­lo­mètres à bloc comme si c’était les dix der­niers »

Au bout d’une heure, il com­men­çait à pleu­voir, avec de la grêle. Moi, je n’avais pas mis de Kway®. Après, j’ai fait la course. J’ai contré un sprint bo­ni­fi­ca­tions au pied de la côte du Blanc. Je fais qua­trième du sprint. Ça mon­tait sur deux ki­lo­mètres. J’ai pro­duit mon ef­fort à cet ins­tant. ■ Le dé­but d’un raid so­li­taire de 128 ki­lo­mètres… C’est ça. L’étape fai­sait 180 ki­lo­mètres (202,2 km en fait, ndlr). Je sa­vais qu’il y avait un coup à faire. Ja­cky Du­rand aus­si. Il était de Li­moges, il était mo­ti­vé. Il m’a vu par­tir dans la côte. Il a es­sayé de re­ve­nir mais j’ai in­sis­té pour qu’il ne rentre pas. On avait été équi­piers en­semble. Je sa­vais que s’il ren­trait et qu’on al­lait au bout, je n’étais pas sûr de ga­gner. J’ai fait mon ef­fort. Il s’est re­le­vé en haut de la côte. Après, j’ai dû prendre six­sept mi­nutes maxi­mum. Je n’avais pas d’oreillettes, je n’ai­mais pas trop ça. J’avais dit à mon di­rec­teur spor­tif de m’aver­tir quand le pe­lo­ton al­lait se mettre en route der­rière. À soixante ki­lo­mètres de l’ar­ri­vée, les équipes des sprin­ters se sont mises à rou­ler. Et là, j’ai fait dix ki­lo­mètres à bloc comme si c’était les dix der­niers avant l’ar­ri­vée. Ils ne m’ont re­pris qu’une di­zaine de se­condes en dix ki­lo­mètres. Ils ont pris un coup au mo­ral.

■ Dans le fi­nal, vous avez pris le temps de sa­vou­rer… Le der­nier ki­lo­mètre oui. Mais avant, ce n’était pas ga­gné. J’avais deux mi­nutes d’avance à vingt ki­lo­mètres. Et je fi­nis avec 1’11’. Jus­qu’à dix ki­lo­mètres de l’ar­ri­vée, ce n’était que des mon­tées et des des­centes, tou­jours en prise avec du vent de face. Alors oui, le der­nier ki­lo­mètre, j’en ai pro­fi­té. La der­nière longue ligne droite, j’ai vu qu’ils ne pou­ Ch­ris­tophe Agno­lut­to est au­jourd’hui com­mer­cial pour une marque por­tu­gaise de tex­tiles spé­cia­li­sée dans le cyclisme. Il est éga­le­ment vice-pré­sident de L’UNCP (Union na­tio­nale des cy­clistes pro­fes­sion­nels) et siège au bu­reau de la Ligue pro­fes­sion­nelle de cyclisme. ■

vaient pas re­ve­nir. J’ai sa­vou­ré car je n’étais pas sûr d’ar­ri­ver au bout. ■ Et le mo­ment où vous fran­chis­sez la ligne en le­vant les bras… J’en­tends en­core le pu­blic. C’était im­pres­sion­nant. Tout le long du cir­cuit, les gens m’en­cou­ra­geaient. Ils sa­vaient que de­vant il y avait un Fran­çais échap­pé. Ils connais­saient mon nom, ça m’avait mo­ti­vé en­core plus. ■ Avez-vous réa­li­sé sur le coup ce qu’il vous ar­ri­vait ? Oui, quand même. J’avais 30 ans et un peu d’ex­pé­rience. On me connais­sait en tant que ba­rou­deur après le Tour de Suisse. Après cette vic­toire, j’avais plus de mal à sor­tir du pe­lo­ton. ■ Vous êtes re­ve­nu à Li­moges à l’oc­ca­sion du Tour du Li­mou­sin qui ar­ri­vait à Beau­blanc… Ça rap­pe­lait des sou­ve­nirs. Je suis com­mer­cial dans le grand Sud­ouest. Il m’ar­rive de ve­nir à Li­moges. À chaque fois, j’y re­pense. D’ailleurs, je se­rai présent cette an­née à l’ar­ri­vée à Li­moges. ■ Comment voyez-vous ce Tour 2016 ? Il va être dur avec pas mal de mon­tagne. Après, Froome fait un pe­tit peu peur à tout le monde. Il n’a pas de dé­faillance. Les Fran­çais sont de mieux en mieux. Il y a trois ou quatre jeunes qui peuvent faire un po­dium. Je pense que dans les trois ou quatre ans, un Fran­çais peut ga­gner le Tour. Un Bar­det, un Ala­phi­lippe, un Pi­not ou un Bar­guill ont les qua­li­tés. Après en vé­lo, il faut aus­si un peu de chance. Il y a plein de cri­tères qui entrent en ligne de compte. ■

PHO­TOS D’AR­CHIVES JEAN-LUC SI­MON

EX­TASE. Après avoir re­mon­té le bou­le­vard de Beau­blanc, Ch­ris­tophe Agno­lut­to, prend le temps de sa­vou­rer avant de pas­ser la ligne en grand vain­queur.

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