Le di­vorce ne se fe­ra pas « à la carte »

Fran­çois Hol­lande, Angela Mer­kel et Mat­teo Ren­zi sur la même lon­gueur d’onde

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités -

Di­vor­cer ra­pi­de­ment et sans dou­leur : les di­ri­geants de l’union eu­ro­péenne ont ex­hor­té, hier, le Royaume-uni à as­su­mer le Brexit et s’en­ga­ger au plus vite, sans né­go­cia­tion « à la carte ».

Cinq jours après le ré­fé­ren­dum choc qui a vu 52 % des Bri­tan­niques vo­ter pour lar­guer les amarres avec l’union eu­ro­péenne (UE), Londres a émis l’es­poir d’une pro­cé­dure « aus­si construc­tive que pos­sible » et d’une « re­la­tion la plus étroite pos­sible » une fois la sé­pa­ra­tion ef­fec­tive.

« Même si nous sommes en train de quit­ter L’UE, nous ne tour­nons pas le dos à l’eu­rope », a as­su­ré le Pre­mier mi­nistre Da­vid Ca­me­ron à son ar­ri­vée à un som­met eu­ro­péen cru­cial à Bruxelles, en fai­sant va­loir que les 27 autres États membres res­taient « des voi­sins, des amis, des al­liés, des par­te­naires ».

L’UE est « prête à com­men­cer la pro­cé­dure de di­vorce dès au­jourd’hui », a sou­li­gné le pré­sident du Con­seil eu­ro­péen, Do­nald Tusk, en pro­po­sant la te­nue d’un som­met « in­for­mel » à 27 sur l’ave­nir de l’union en sep­tembre, pro­ba­ble­ment à Bra­ti­sla­va, la Slo­va­quie pre­nant ven­dre­di la pré­si­dence tour­nante de L’UE.

Quit­ter la fa­mille

Pour la chan­ce­lière al­le­mande Angela Mer­kel, « L’UE est as­sez forte pour sur­mon­ter le dé­part de la Grande­bretagne et conti­nuer à al­ler de l’avant même à 27 ». Avant de re­joindre Bruxelles, elle a dou­ché tout es­poir de Londres de pour­par­lers « à la carte » sur l’ave­nir de ses re­la­tions avec L’UE. « Ce­lui qui sort de la fa­mille ne peut pas s’at­tendre à ce que tous ses de­voirs dis­pa­raissent et que ses pri­vi­lèges soient main­te­nus », a­t­elle tran­ché de­vant les dé­pu­tés al­le­mands.

Ti­rer les le­çons

L’inquiétude sur les consé­quences du di­vorce à ve­nir est ma­ni­feste chez les Eu­ro­péens, for­cés de « ti­rer les le­çons » du Brexit avec le sou­ci d’évi­ter une conta­gion à d’autres États membres.

L’al­le­magne, la France et l’ita­lie re­fusent toute né­go­cia­tion tant que Londres n’au­ra pas for­ma­li­sé sa de­mande de sor­tie. Les trois poids lourds fon­da­teurs de L’UE – prin­ci­pales éco­no­mies de la zone eu­ro – veulent aus­si don­ner une « nou­velle im­pul­sion » au pro­jet eu­ro­péen.

« Tout le monde a les yeux tour­nés vers l’eu­rope. L’eu­rope doit prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés, elle est suf­fi­sam­ment forte pour agir », a plai­dé le pré­sident Fran­çois Hol­lande.

Du cô­té de l’exé­cu­tif eu­ro­péen, le pré­sident de la Com­mis­sion Jean­claude Jun­cker n’a pas mâ­ché ses mots, ap­pe­lant le Royaume­uni à « cla­ri­fier le plus ra­pi­de­ment pos­sible » sa si­tua­tion. « Pas de no­ti­fi­ca­tion, pas de né­go­cia­tion », a­t­il ar­gué.

Prise d’otage

Ré­su­mant l’avis gé­né­ral, le Pre­mier mi­nistre belge, Charles Mi­chel, ne veut pas d’une « prise d’otage » des Eu­ro­péens par Londres. Quant aux dé­pu­tés eu­ro­péens, ils ont adop­té une ré­so­lu­tion en­joi­gnant Londres de no­ti­fier son dé­part de fa­çon « aus­si ra­pide que pos­sible ».

Ce n’est qu’au­jourd’hui, au deuxième jour du som­met bruxel­lois, que les di­ri­geants évo­que­ront à 27, donc sans Ca­me­ron, l’ave­nir des re­la­tions avec le Royaume­uni. « Le but doit être d’ar­ri­ver à un ré­sul­tat com­mun au plus tard pour le 60e an­ni­ver­saire du trai­té de Rome en mars de l’an­née pro­chaine », a ex­pli­qué Angela Mer­kel, en ré­fé­rence au texte fon­da­teur de la construc­tion eu­ro­péenne. ■

Londres « à part en­tière ». Le maire de Londres, Sa­diq Khan, a ré­cla­mé, hier, que la ca­pi­tale bri­tan­nique dis­pose d’une « place à part en­tière à la table des né­go­cia­tions » sur la sor­tie du Royaume-uni de l’union eu­ro­péenne, exi­geant éga­le­ment da­van­tage d’au­to­no­mie vis-à-vis du gou­ver­ne­ment. « L’eu­rope se fe­ra avec les peuples » Le ré­fé­ren­dum bri­tan­nique sur le Brexit dé­montre qu’« il faut cre­ver l’ab­cès » d’une Eu­rope res­sen­tie comme « pu­ni­tive » par ses ci­toyens, a es­ti­mé, hier, Ma­nuel Valls. Dans un dis­cours de près d’une de­mi-heure de­vant l’as­sem­blée na­tio­nale, le chef du gou­ver­ne­ment a es­ti­mé que le choix des Bri­tan­niques de sor­tir de l’union eu­ro­péenne mon­trait « le ma­laise des peuples » qui « doutent de l’eu­rope » : « Ils ont le sen­ti­ment qu’elle im­pose ses choix et joue sys­té­ma­ti­que­ment contre leurs in­té­rêts. » « L’eu­rope se fe­ra avec les peuples. Si­non, elle se dis­lo­que­ra », a en­core ana­ly­sé Ma­nuel Valls re­fu­sant que le pro­jet eu­ro­péen « cha­vire et sombre, en­traî­né par le poids gran­dis­sant des po­pu­lismes ». « Je mets en garde ceux qui croient qu’on ren­for­ce­ra notre sou­ve­rai­ne­té en ti­rant un trait sur l’eu­rope », a-t-il d’ailleurs lan­cé aux sou­ve­rai­nistes, à com­men­cer par le Front na­tio­nal, avant de concé­der : « Nous avons évi­té les vrais dé­bats et nous avons lais­sé un bou­le­vard aux po­pu­lismes. » Et à ceux qui, à droite, en­vi­sagent ou ré­clament un ré­fé­ren­dum sur l’eu­rope, il a rap­pe­lé le risque de « jouer aux ap­pren­tis sor­ciers ». « Un ré­fé­ren­dum ne peut pas être le moyen de se dé­bar­ras­ser d’un pro­blème », a-t-il tran­ché.

PHO­TO AFP

« IN » ET « OUT ». Le Grec Tsi­pras est au­jourd’hui « in », Ca­me­ron « out », alors que l’eu­rope se fai­sait à l’idée, voi­ci un an, d’un Grexit…

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