Che­vè­ne­ment pour l’eu­rope des na­tions

L’ex­mi­nistre voit dans le Brexit une cri­tique du li­bé­ra­lisme

La Montagne (Brive) - - France & Monde Actualités - Gilles Lal­loz

Ve­nu à Au­rillac, lun­di soir, à l’in­vi­ta­tion de Jacques Mé­zard, pré­sident du groupe RDSE au Sé­nat où les deux hommes se sont cô­toyés, Jean-pierre Che­vè­ne­ment était no­tam­ment présent pour une confé­rence sur le Moyen-orient. De géo­po­li­tique il en a été ques­tion, mais le Brexit s’est évi­dem­ment in­vi­té dans la dis­cus­sion.

Ce­lui qui avait mi­li­té pour le non à la ra­ti­fi­ca­tion du trai­té de Maas­tricht, qui s’était op­po­sé au trai­té de Lis­bonne, ne pen­sait pas que le « Leave » l’em­por­te­rait. « Au­jourd’hui, j’en­tends des voix qui s’élèvent pour pu­nir les Bri­tan­niques. Mais nous n’avons pas de le­çon de dé­mo­cra­tie à leur don­ner. Ils sont sou­ve­rains, ils ont fait un choix. »

« L’eu­rope est un mar­ché ou­vert à tous les vents »

Cette crise ne fait que confir­mer ce que pense Jean­pierre Che­vè­ne­ment, fa­vo­rable à la construc­tion eu­ro­péenne… mais pas avec la route em­prun­tée. « Ce­la tient aux as­pi­ra­tions ini­tiales, celles de Jean Mon­net qui vou­lait créer un grand mar­ché sous l’om­brelle des ÉtatsU­nis. C’est comme ce­la que l’on se re­trouve gou­ver­né par des ex­perts. Jacques De­lors au­rait, lui, vou­lu un état fé­dé­ral, mais sans puis­sance mi­li­taire, sans pe­ser sur la po­li­tique ex­té­rieure. Du coup, l’eu­rope n’est pas un ac­teur stra­té­gique, c’est un mar­ché ou­vert à tous les vents et hy­per­ré­gle­men­té. »

L’an­cien mi­nistre n’a pas de mots as­sez durs pour cri­ti­quer la com­mis­sion eu­ro­péenne dont « le mo­no­pole de pro­po­si­tions est an­ti­dé­mo­cra­tique ». Avec, pour consé­quence, une Eu­rope faite de « mil­liers de di­rec­tives et ré­gle­men­ta­tions. Une ins­tance opaque avec des tech­no­crates. Elle veut des ré­formes struc­tu­relles ? Alors ce­la dé­bouche, en France, sur la ré­forme ter­ri­to­riale et la loi El Khom­ri… »

Suite au Brexit, les le­çons doivent être ti­rées, « après tant de dé­ni de dé­mo­cra­tie. Faut­il rap­pe­ler le ré­fé­ren­dum de 2005 ? La non­re­né­go­cia­tion du TSCG [le trai­té sur la sta­bi­li­té, la co­or­di­na­tion et la gouvernance plus connu sous le nom de pacte bud­gé­taire] ? » Pour Jean­pierre Che­vè­ne­ment, hos­tile au mode d’élec­tion des dé­pu­tés eu­ro­péens, « il faut par­tir des peuples pour construire une vraie dé­mo­cra­tie eu­ro­péenne, que les gens soient re­pré­sen­tés et puissent avoir confiance ».

La dé­mo­cra­tie vient des na­tions

« La dé­mo­cra­tie vient des na­tions, af­firme­t­il. Pas de la co­op­ta­tion. La seule ins­tance dé­mo­cra­tique, c’est le Con­seil eu­ro­péen avec les pré­si­dents et chefs de gou­ver­ne­ment. Il faut don­ner au con­seil les moyens d’exer­cer son rôle. »

L’an­cien can­di­dat à la pré­si­den­tielle de 2002 pro­pose de re­gar­der dans le ré­tro­vi­seur pour pré­pa­rer l’ave­nir : « Au lieu de dé­ci­der dans la pré­ci­pi­ta­tion, fai­sons une confé­rence. En 1955, quand le pro­jet de com­mu­nau­té eu­ro­péenne de dé­fense [CED] a été re­je­té, il y a eu la confé­rence de Mes­sine. Une ini­tia­tive heu­reuse car, deux ans plus tard, le trai­té de Rome était si­gné. » ■

PHO­TO CAMILE SAYEC

AVIS. « C’est la der­nière chance pour sau­ver la construc­tion eu­ro­péenne… si les res­pon­sables la sai­sissent. Ce dont je doute », af­firme Jean-pierre Che­vè­ne­ment.

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