Du so­leil mais avec mo­dé­ra­tion

La Montagne (Brive) - - Magazine Santé -

Vivre avec une ma­la­die der­ma­to­lo­gique s’avère par­fois très pé­nible pour les pa­tients. C’est par­ti­cu­liè­re­ment le cas du pso­ria­sis. En­core plus en été, quand les corps se dé­nudent. Comment gé­rer au mieux sa ma­la­die pen­dant cette pé­riode ?

Le pso­ria­sis est une der­ma­tose ca­rac­té­ri­sée par la sur­ve­nue de plaques rouges bien dé­li­mi­tées, re­cou­vertes d’épaisses croûtes de peaux blanches qui des­quament. Comme tout un cha­cun, les pa­tients souf­frant de pso­ria­sis sou­haitent se vê­tir lé­gè­re­ment pen­dant la pé­riode es­ti­vale. Or, la ma­jo­ri­té n’ose pas, an­ti­ci­pant le re­gard des autres.

Au diable la stig­ma­ti­sa­tion ! « La po­pu­la­tion est peu in­for­mée, et les idées fausses sur cette ma­la­die ont la vie dure », ex­plique le Pr De­la­porte, chef de ser­vice en Der­ma­to­lo­gie au CHRU de Lille. « En­core 17 % des Fran­çais es­timent que cette ma­la­die est conta­gieuse. Pire, 7 % pensent qu’elle pour­rait être liée à une mau­vaise hy­giène ! »

Pour Fran­çois, 26 ans, at­teint de pso­ria­sis de­puis l’âge de 14 ans, les va­cances au bord de la mer re­lèvent tou­jours d’un vé­ri­table cal­vaire. « Je n’ose pas me mon­trer sur la plage, je crains la ré­ac­tion des autres ». Pour le Pr De­la­porte, « il est urgent d’in­for­mer le grand pu­blic. Ce sen­ti­ment ex­trême de stig­ma­ti­sa­tion est dé­vas­ta­teur pour nos pa­tients. Plus de 20 % se re­plient sur eux­mêmes. Cet iso­le­ment va gé­né­rer pour 80 % des ma­lades des stra­té­gies d’adap­ta­tion, d’évi­te­ment. Ils vont re­fu­ser de ve­nir à la plage en maillot de bain, d’al­ler à la pis­cine et pré­fèrent se ca­cher. Ces si­tua­tions leur rendent la vie in­fer­nale. Elle l’est dé­jà au quo­ti­dien, mais en été c’est ab­so­lu­ment in­sup­ por­table », es­time le Pr Em­ma­nuel De­la­porte.

Du so­leil oui, mais avec mo­dé­ra­tion. Cette der­ma­tose est amé­lio­rée pro­vi­soi­re­ment par le so­leil. « Pour­tant, les pa­tients doivent se confor­mer aux mêmes règles de pré­ven­tion que la po­pu­la­tion gé­né­rale, à cause bien en­ten­du des risques de can­cer cu­ta­né. Toutes les me­sures des­ti­nées à ap­pré­cier le so­leil dans de bonnes condi­tions sont va­lables ». Voi­là qui est clair. « Il est im­pé­ra­tif de sa­voir à quel phototype on ap­par­tient, de tou­jours se pro­té­ger avec des in­dices de pro­tec­tion éle­vés, de por­ter un cha­peau et des lu­nettes. C’est un mes­sage en­core plus es­sen­tiel pour les pa­tients pso­ria­siques », in­siste le Pr De­la­porte.

Qu’en est-il des trai­te­ments ? Sur ce su­jet, le Pr De­la­porte in­siste sur un point ca­pi­tal. « La pho­to­toxi­ci­té de cer­taines mo­lé­cules peut être dan­ge­reuse. Aus­si faut­il tou­jours se ren­sei­gner au­près de son mé­de­cin ou de son phar­ma­cien pour sa­voir si le mé­di­ca­ment que l’on prend est com­pa­tible avec l’ex­po­si­tion aux ul­tra­vio­lets. Tous les trai­te­ments, sys­té­miques ou lo­caux sont concer­nés ». Pré­ci­sé­ment sur la ques­tion des trai­te­ments lo­caux, Fran­çois fait part de son aga­ce­ment. « C’est peu dire que les trai­te­ments lo­caux sont contrai­gnants au quo­ti­dien. D’au­tant plus en été quand on sou­haite se dé­vê­tir un peu ». Le Pr De­la­porte conseille à ses pa­tients « d’uti­li­ser un émol­lient, donc un corps gras, après la douche du soir. Ce­la per­met de com­pen­ser l’ef­fet des­sé­chant des UV », pré­cise­t­il.

Consul­ter

Tou­jours sur le même su­jet, le spé­cia­liste tient à mettre les pen­dules à l’heure : « À par­tir d’un cer­tain de­gré de sur­face cor­po­relle at­teinte par le pso­ria­sis, l’uti­li­sa­tion ex­clu­sive de soins lo­caux re­lève d’un vé­ri­table cal­vaire. Nous ne pou­vons pas contraindre un pa­tient à se ba­di­geon­ner ma­tin et soir. Quand un pso­ria­sis est sé­vère, vous de­vez le consi­dé­rer comme tel, et donc pres­crire un trai­te­ment par voie gé­né­rale. »

De ma­nière gé­né­rale, le Pr De­la­porte conseille for­te­ment aux pa­tients de consul­ter avant de par­tir en va­cances. « Ce se­ra l’oc­ca­sion de faire le point sur la prise en charge, de leur ex­pli­quer comment se com­por­ter en fonc­tion de leur des­ti­na­tion et de leur phototype ». ■

PHO­TO SHUT­TER­STOCK

PRO­TEC­TION. Sa­voir à quel phototype on ap­par­tient, tou­jours se pro­té­ger avec des in­dices de pro­tec­tion éle­vés, por­ter un cha­peau et des lu­nettes.

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