Le ci­né­ma Rex de­vient un ser­vice mu­ni­ci­pal dès le 1er juillet

La Montagne (Brive) - - La Une - Lae­ti­tia Sou­lier lae­ti­tia.sou­lier@cen­tre­france.com

Le sort du Rex et son pas­sage en ré­gie mu­ni­ci­pale pour des rai­sons ju­ri­diques ont mo­bi­li­sé les dé­fen­seurs d’un ci­né­ma de qua­li­té.

Ce­la de­vien­drait presque une ha­bi­tude. Les soirs de Conseil mu­ni­ci­pal, l’as­sis­tance est étof­fée, prompte à dé­fendre des in­té­rêts ju­gés me­na­cés. Après il y a quelques se­maines les pa­rents d’élèves du Pont­car­di­nal ou en­core les mu­ni­ci­paux, c’était hier soir au tour des dé­fen­seurs du Rex à te­nir le haut de l’af­fiche. Une cen­taine d’amis et sou­tiens du ci­né­ma Art et Es­sai se sont in­fu­sés 2 h 30 de dé­bat sur le fu­tur mode de ges­tion. A plu­sieurs re­prises, le maire Fré­dé­ric Sou­lier a re­pris le pu­blic lui rap­pe­lant qu’il ne fal­lait ni ap­plau­dir, ni huer, sous peine d’être éva­cué de la salle. Le maire n’en se­ra pas ar­ri­vé jusque là heu­reu­se­ment. Seule, la pré­si­dente de l’as­so­cia­tion Les Amis du Rex a été au­to­ri­sée à s’ex­pri­mer. Re­tra­çant l’his­toire de l’ex­ploi­ta­tion ci­né­ma­to­gra­phique, in­vi­tant à faire de Brive « le point de ral­lie­ment de tous ceux qui fa­briquent des films », Diane Ba­ra­tier a de­man­dé aux élus « d’en­vi­sa­ger le plus vite pos­sible le re­tour à la for­mule de la dé­lé­ga­tion de ser­vice pu­blic ». Elle a rap­pe­lé que la nou­velle grande ré­gion est la deuxième en ma­tière de pro­duc­tion de films der­rière l’ile de France et que le Rex a un rôle à y jouer.

« C’est un lieu d’ex­cep­tion ma­gni­fique que Ber­nard Du­roux a su faire naître », a­t­elle plai­dé. Pas suf­fi­sant au re­gard de cer­ tains dans la salle qui s’es­timent tra­his. Pour­tant, le maire au­rait pu, au­rait du les ras­su­rer en af­fir­mant que si la dé­lé­ga­tion de ser­vice pu­blique était aban­don­née au pro­fit de la ré­gie, ce n’était que pour mieux re­ve­nir et être re­lan­cée d’ici « 18 à 24 mois ». C’est du « tem­po­raire ». Mais alors ?

1 La pro­blé­ma­tique. Trois dé­li­bé­ra­tions ont été pré­sen­tées. Les rap­ports an­nuels 2014 et 2015 du dé­lé­ga­taire ac­tuel à sa­voir l’as­so­cia­tion Ci­né­ma Rex ; l’aban­don pour mo­tif d’in­té­ret gé­né­ral de la dé­lé­ga­tion de ser­vice pu­blique ar­ri­vée à son terme et le pas­sage en ré­gie mu­ni­ci­pale.

2 Pour­quoi l’aban­don de la DSP ? La mu­ni­ci­pa­li­té dé­plore le manque de concur­rence (un seul can­di­dat, le même, a ré­pon­du à l’ap­pel d’offres), l’aug­men­ta­tion de­man­dée par le dé­lé­ga­taire de 35,7 % de la contri­bu­tion mu­ni­ci­pale, la sur­éva­lua­tion des re­cettes at­ten­dues, l’offre in­suf­fi­sante tech­ni­que­ment et fi­nan­ciè­re­ment.

3 La so­lu­tion. La Ville es­time ne pas avoir d’autres so­lu­tions ju­ri­diques, après plu­sieurs pro­lon­ga­tions, qu’un pas­sage en ré­gie mu­ni­ci­pale avec re­prise du per­son­nel. Un di­rec­teur a été re­cru­té. Il s’agit de Ro­main Gros­jean, di­rec­teur du pôle ré­gio­nal de l’image.

4 Les in­quié­tudes. Elles ont été por­tées par les élus d’op­po­si­tion qui re­doutent une perte d’au­to­no­mie dans la pro­gram­ma­tion. « Le Rex a trois la­bels, il a fait ce qu’il fal­lait en terme d’in­no­va­tion tech­no­lo­gique. Le dé­lé­ga­taire as­sure la mis­sion de ser­vice pu­blic à des ta­rifs at­trac­tifs. Qui fe­ra mieux ? », ques­tionne An­dré Pam­bout­zo­glou. « Vous avez bais­sé de 10 % la contri­bu­tion en 2014, note Mar­tine Con­tie. En no­tant 228.000 € (au lieu de 168.000 € ndlr), l’as­so­cia­tion de­mande seule­ment un rat­tra­page du non ver­sé ». « En bais­sant l’aide de 18.000 €, vous avez mis le ci­né­ma en dif­fi­cul­té ! Vous vou­liez éloi­gner son di­rec­teur (NDLR Ber­nard Du­roux), re­proche Sha­mi­ra Kas­ri. L’in­té­ret gé­né­ral est le vôtre et non ce­lui des nom­breux ci­né­philes.

« Si vous aviez des doutes, ils pou­vaient être dis­si­pés, glisse An­dré Pam­bout­zo­glou. En­ga­gez la pour­suite de la né­go­cia­tion pour pour­suivre la DSP ».

Les re­proches ont fu­sé nom­breux : pré­mé­di­ta­tion, manque de trans­pa­rence, pro­blème de TVA, de per­sonne, de contrôle de lé­ga­li­té…

5 La ré­ponse du maire. «A vous en­tendre, c’est tout sauf Du­roux », s’énerve le maire. « La com­mis­sion de DSP est sou­ve­raine dans son avis. Si cette dé­ci­sion fait obs­tacle à une forme de dé­on­to­lo­gie, je vous en­cou­rage à por­ter re­cours de­vant la jus­tice ».

Fré­dé­ric Sou­lier veut ras­su­rer, re­con­naît ne pas avoir vu « le coup ve­nir » sur la nais­sance du sen­ti­ment que le Rex al­lait fer­mer. « Il fait par­tie du pa­tri­moine vi­vant de Brive. Ce n’est pas un choix politique mais un choix ju­ri­dique par dé­faut ». Il s’en­gage, confor­mé­ment à sa pro­po­si­tion aux Amis du Rex, à ce qu’une pro­cé­dure de DSP soit re­lan­cée « dans les 18 à 24 mois ». Les dé­fen­seurs de la DSP peuvent être ras­su­rés. « La Ville as­su­re­ra les mis­sions ac­tuelles du Rex sans en faire plus ni moins ». L’op­po­si­tion pro­met d’être at­ten­tive. « Un ci­né­ma Art et Es­sai doit être un es­pace de li­ber­té et d’au­to­no­mie », aver­tit Chan­tal Fe­ral­mons.

6 Le vote. L’op­po­si­tion a vo­té contre hor­mis trois abs­ten­tions (Chan­tal Fe­ral­mons, Ca­the­rine Ga­briel et Pa­tri­cia Bor­das). Jean­claude Des­champs (Modem) a vo­té pour. Le Rex passe donc en ré­gie à comp­ter du 1er Juillet...pro­vi­soi­re­ment. ■

PHO­TOS. P.P

EN SÉANCE. Le pas­sage en ré­gie in­quiète les dé­fen­seurs du Rex qui se sont dé­pla­cés en nombre, hier soir.

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