« Elle ne peut plus dor­mir dans son lit »

La Montagne (Brive) - - Limousin - Co­ra­lie Zarb

L’au­dience au­ra été mar­quée par le si­lence, en­tre­cou­pé par des mots mur­mu­rés, ac­cou­chés dans la dou­leur.

À force de mettre le pré­ve­nu face à ses men­songes et ses contra­dic­tions, la pré­si­dente du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Li­moges Isa­belle Par­men­tier est par­ve­nue à faire ad­mettre à ce grand­père de 54 ans ju­gé mar­di, que non, sa pe­tite fille de six ans n’avait pas pro­vo­qué ce qui est ar­ri­vé.

Non, cette pe­tite fille n’a pas vou­lu « jouer au pa­pa et à la ma­man », comme il l’a dé­cla­ré aux gen­darmes, non elle n’est ni « ma­ni­pu­la­trice », ni « men­teuse » et non, elle n’a cer­tai­ne­ment pas en­le­vé son pan­ta­lon et sa cu­lotte toute seule pour le pro­vo­quer.

« Je pense que vis­à­vis de votre fils, de votre belle­fille, de votre pe­tite­fille et de vous­même, dire la vé­ri­té peut être li­bé­ra­teur », lui conseille la pré­si­dente.

« Ça s’est pas­sé comme ce qu’a dit la pe­tite », fi­nit par avouer le pré­ve­nu, connu jusque­là de la jus­tice pour des dé­lits rou­tiers et des stu­pé­fiants.

Les faits se sont pro­duits le 31 mai de cette an­née, à Saint­yrieix­la­perche. Le grand­père était hé­ber­gé chez son fils pour quelques jours lors d’une vi­site en Haute­vienne pour voir ses en­fants et pe­tits­en­fants. Ce ma­tin­là, il est res­té dans la mai­son, le temps pour sa belle­fille d’ac­com­pa­gner un de ses en­fants à l’école.

Quand elle est re­ve­nue, celle­ci a été sur­prise par le si­lence qui ré­gnait dans la mai­son. Mon­tant dans la chambre de sa fille, elle l’a trou­vée le pan­ta­lon dé­bou­ton­né, en pré­sence de son grand­père.

De­vant l’at­ti­tude étrange de ce der­nier, elle a in­ter­ ro­gé sa fille une fois qu’elles se sont re­trou­vées seules. Ce que la pe­tite lui a ra­con­té dé­pas­sait ses craintes. « Pa­pi m’a de­man­dé d’en­le­ver mon pan­ta­lon et ma cu­lotte et de ve­nir sur le lit. Moi je ne vou­lais pas, mais il m’a pris par le bras. Il a en­le­vé son pan­ta­lon, il m’a tou­ché et m’a lé­ché la zé­zette ».

Li­bé­rer la pa­role de la pe­tite fille

« Je n’ar­rive pas à com­prendre com­ment j’ai pu faire ce­la », com­mente le pré­ve­nu. D’après l’ex­pert­psy­chiatre, le grand­père n’au­rait pas de trouble pa­tho­lo­gique. Il a no­té mal­gré tout une grande frus­tra­tion sexuelle. De nom­breuses images por­no­gra­phiques ont été re­trou­vées dans son té­lé­phone.

Le sub­sti­tut du pro­cu­reur Xa­vier Pas­tu­rel a sa­lué le com­por­te­ment de la ma­man qui a per­mis de li­bé­rer tout de suite la pa­role de sa fille. Mais le trau­ma­tisme n’est pas quan­ti­fiable. « Au­jourd’hui ma fille ne peut plus dor­mir dans son lit », ac­cuse la ma­man, le re­gard fixé sur le pré­ve­nu, pen­dant que son ma­ri écoute, en­core in­cré­dule, les ex­pli­ca­tions fuyantes de son père.

Écar­tant le man­dat de dé­pôt à l’au­dience re­quis par le par­quet, le tri­bu­nal a condam­né l’aïeul in­ces­tueux à qua­torze mois de pri­son dont cinq ont été as­sor­tis d’un sur­sis mise à l’épreuve pen­dant deux ans, avec une obli­ga­tion de soins.

De fait, le pré­ve­nu a été ins­crit au fi­chier ju­di­ciaire au­to­ma­ti­sé des au­teurs d’in­frac­tions sexuelles.

Il de­vra éga­le­ment payer 1.000 € de dom­mages et in­té­rêts à cha­cun des pa­rents, et 6.000 € pour le pré­ju­dice de la pe­tite. ■

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