L’an­gle­terre si près et si loin de l’eu­rope

La Montagne (Brive) - - Magazine - Mi­chel Fillière mi­chel.filliere@cen­tre­france.com

Cu­rieu­se­ment, le Brexit ne se­rait pas qu’un di­vorce entre la Grande-bre­tagne et l’union eu­ro­péenne. Si les An­glais ont choi­si de faire chambre à part, c’est peut-être pour re­trou­ver un lustre que les Fran­çais ont tou­jours contes­té.

Pour­quoi les An­glais ont­ils pris la poudre d’es­cam­pette ? À l’in­su de leur plein gré, ils ont en tout cas ré­écrit leur his­toire. Que rap­pe­lait dé­jà Chur­chill : « un peuple qui ou­blie son pas­sé se condamne à le re­vivre ».

Chez nos lec­teurs, ce Brexit ra­vive le fait qu’« un ré­fé­ren­dum n’est qu’un avis car après les gou­ver­ne­ments font ce qu’ils veulent », comme nous le si­gnale Ca­the­rine.

« L’eu­rope a dé­jà été en si­tua­tion d’échec », se sou­vient De­nis, quand la France a dit non à près de 55 % en 2005 au ré­fé­ren­dum sur la ra­ti­fi­ca­tion de la Cons­ti­tu­tion eu­ro­péenne ». Un non qui a été un

ca­ta­clysme dans le vie politique fran­çaise. « Et qui à l’époque a été qua­li­fié par Hol­lande de “dé­ci­sion politique ma­jeure grave pour l’eu­rope” », com­mente In­grid per­sua­dée « que la dé­ci­sion du peuple fran­çais a été flouée par l’état lui­même qui l’a fait adop­ter par la voie par­le­men­taire en 2008. »

« Le Royaume­uni avait dé­jà un pied de­hors de L’UE, il était hors es­pace Schen­gen et hors zone eu­ro, et bé­né­fi­ciait de pri­vi­lèges. Il ne pour­ra plus nous im­po­ser ses dik­tats », se ré­jouit Au­drey. Elle ré­sume l’avis de plu­sieurs de nos lec­teurs criant « ha­ro sur ce pays dif­fé­rent », (sé­pa­ré de la France par « un fos­sé an­ti­char de 30 km » comme le ré­pé­tait un gé­né­ral de bri­gade ).

« Et si l’an­gle­terre n’avait ja­mais été eu­ro­péenne ? », ques­tionne ain­si Jean­claude : « En quoi diantre peut bien être eu­ro­péen un pays qui roule à gauche et non à droite, qui cal­cule ses vi­tesses en miles et non en ki­lo­mètres, qui a la livre et non l’eu­ro pour mon­naie, et qui pis que tout, ar­rose d’une in­fâme bière et d’une gé­la­tine mauve un pauvre boeuf bouilli. Lais­sons nos bons amis an­glais à leur reine à cha­peaux ex­tra­ter­restres et à robes phos­pho­res­centes et à leur in­com­pré­hen­sibles par­ties de cri­cket. L’eu­rope ré­gé­né­rée ne s’en por­te­ra que mieux. »

Voi­là pour les sa­tis­faits du Brexit. Cer­tains re­grettent que la Reine que l’on dit pro­eu­ro­péenne ne pou­vait pas par­ler. D’autres ont des idées po­li­ti­ciennes. Comme Jean, es­ti­mant que « ce vote des An­glais illustre un sen­ti­ment de dé­fiance en­vers la classe politique et la mon­dia­li­sa­tion ». Ou Joëlle, qui voit « un mi­mé­tisme entre les ré­gions bri­tan­niques qui ont ac­cor­dé le plus de voix au Brexit et les ter­ri­toires fran­çais qui se tournent le plus vers le Front na­tio­nal. »

Ber­trand s’in­ter­roge : « On n’y com­prend rien entre ceux qui ne veulent plus de l’eu­rope, ceux qui pleurent de ne plus y être, ceux qui veulent leur in­dé­pen­dance. On se croi­rait au temps où les An­glais et les Fran­çais se bat­taient pour conqué­rir l’eu­rope. » Pas éton­nant que Cle­men­ceau ait dit : « Qu’est­ce que l’an­gle­terre ? Une co­lo­nie fran­çaise qui a mal tour­né ».

Les An­glais ont souvent fait bande à part, même avec le schisme du XVIE siècle quand Hen­ri VIII avait rom­pu avec l’église ro­maine pour ins­tau­rer l’an­gli­ca­nisme. Ce be­soin d’être ailleurs, Victor Hu­go l’avait ain­si écrit : « L’amour des An­glais pour la li­ber­té se com­plique d’une cer­taine ac­cep­ta­tion de la ser­vi­tude d’au­trui. » ■

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