39 heures payées 37, pas le choix…

La Montagne (Brive) - - France & Monde -

Un ré­fé­ren­dum dans l’en­tre­prise avait don­né un ré­sul­tat fa­vo­rable, mais les syn­di­cats ma­jo­ri­taires avaient re­fu­sé le pro­jet. Hier, les sa­la­riés sont en­trés dans l’usine pour 39 heures heb­do­ma­daires payées 37.

Un an après un ré­fé­ren­dum hau­te­ment sym­bo­lique et médiatisé, les ou­vriers de l’usine Smart de Hambach (Mo­selle) ont em­bau­ché hier avec à leur contrat 39 heures payées 37, épi­logue d’un long bras de fer entre di­rec­tion et syn­di­cats.

De­vant les tour­ni­quets de l’usine, aux confins de la Mo­selle et de l’al­sace, les pre­miers ar­ri­vés sont pres­sés. Ils lâchent tout juste qu’ils n’avaient pas vrai­ment d’al­ter­na­tive avant de bi­per et d’aller prendre leur poste.

« On ris­quait le chô­mage, donc on n’a pas trop eu le choix », avance Thierry Drouin, qui a, comme plus de 95 % des em­ployés, si­gné un ave­nant à son contrat de tra­vail le fai­sant passer aux 39 heures.

Ré­fé­ren­dum : 56 % pour

Sou­mise à un ré­fé­ren­dum consul­ta­tif le 11 sep­tembre 2015, la me­sure avait été adop­tée par 56 % des em­ployés, mais re­je­tée par les syn­di­cats. Pour contour­ner cette op­po­si­tion, la di­rec­tion a alors fait si­gner ces ave­nants à chaque em­ployé.

La bas­cule, sans aug­men­ta­tion de sa­laire, s’est faite of­fi­ciel­le­ment le 1er oc­tobre à mi­nuit, mais l’en­semble des dis­po­si­tifs ren­tre­ront pro­gres­si­ve­ment en vi­gueur. Ceux concer­nant les cadres ­ une ré­duc­tion des jours de RTT ­ se­ront ain­si mis en place dé­but 2017.

En­vi­ron 100.000 vé­hi­cules par an sortent de l’usine, mais en ce mo­ment la pro­duc­tion est basse, ex­pliquent les em­ployés, qui se de­mandent donc à quoi ser­vi­ront les heures en plus.

« On baisse la masse sa­la­riale alors que la pro­duc­tion est ra­len­tie », dé­nonce Jean­luc Bie­litz, dé­lé­gué syn­di­cal cen­tral CGT. Ce sont no­tam­ment les in­té­ri­maires qui trinquent : dans l’un des ate­liers, ils sont pas­sés de 40 il y a quelques mois, à 3 ou 4 au­jourd’hui, ajoute le syn­di­ca­liste.

« Le pas­sage aux 39 heures, c’est pour don­ner un signe à Daim­ler, leur dire qu’on a bais­sé les sa­laires », mais la pro­duc­tion ne suit pas, se­lon lui. « L’ob­jec­tif, c’est de des­cendre la masse sa­la­riale. Mais avec les baisses d’ac­ti­vi­té, on craint le pire. Des li­cen­cie­ments. »

Dis­pa­ri­tés dues au sta­tut

Da­vid, qui tra­vaille à la main­te­nance, es­père pour­tant que Smart res­pec­te­ra ses en­ga­ge­ments : au­cun li­cen­cie­ment éco­no­mique d’ici 2020. Le pas­sage aux 39 heures, avant un re­tour pro­gres­sif aux 35 en 2020, « c’est le seul choix qu’on nous offre. Et je suis content d’avoir un bou­lot. La ré­gion est si­nis­trée, et il faut faire un ef­fort », ajoute l’em­ployé.

Les me­sures, conte­nues dans le « Pacte 2020 » doivent se­lon la fi­liale du groupe al­le­mand Daim­ler « amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té » de l’usine en fai­sant bais­ser le coût ho­raire du tra­vail ­ et donc de gar­der les em­plois.

Des ex­pli­ca­tions qui avaient con­vain­cu, lors du ré­fé­ren­dum de sep­tembre 2015, 56 % des quelque 800 em­ployés. Mais l’ana­lyse des ré­sul­tats sou­li­gnait une grande dis­pa­ri­té au sein de l’usine : d’un cô­té les cadres, em­ployés, tech­ni­ciens et agents de maî­trise avaient dit « oui » à 74 %, de l’autre les ou­vriers n’avaient été que 39 % à ap­prou­ver le pro­jet.

La CGT et la CFDT, ma­jo­ri­taires car re­pré­sen­tant 53 % des sa­la­riés à eux deux, avaient op­po­sé leur droit de ve­to, sur fond de ten­sion au­tour de la loi tra­vail, dont un des ar­ticles les plus dis­pu­tés concer­nait le ré­fé­ren­dum d’en­tre­prise.

« Cli­mat dé­lé­tère »

Après des se­maines de ten­sion, et de « me­naces » se­lon des syn­di­cats, la di­rec­tion a donc envoyé aux em­ployés des ave­nants in­di­vi­duels à leurs contrats de tra­vail.

Une « ré­gres­sion so­ciale » mais aus­si le « plan de la der­nière chance » pour évi­ter la dé­lo­ca­li­sa­tion de la pro­duc­tion de la Smart for Two à No­vo Mes­to (Slo­vé­nie), avait alors in­di­qué un re­pré­sen­tant CFE­CGC, qui ne veut plus s’ex­pri­mer.

La CFDT, qui avait dé­non­cé un cli­mat « dé­lé­tère » et des pres­sions sur les sa­la­riés, n’était pas joi­gnable pour com­men­ter.

L’usine em­ploie 800 per­sonnes di­rec­te­ment, mais 800 autres sa­la­riés qui tra­vaillent sur le site pour des sous­trai­tants de Smart pour­raient être tou­chés par les chan­ge­ments d’em­ploi du temps.

Ce n’est pas la pre­mière fois dans l’au­to­mo­bile que ce genre de chan­ge­ment a lieu. Mi­che­lin, Renault, PSA ou Con­ti­nen­tal ont, par le pas­sé, né­go­cié des ac­cords tem­po­raires pour aug­men­ter le temps de tra­vail et la flexi­bi­li­té, bais­ser les sa­laires ou sup­pri­mer des avan­tages, avec plus ou moins de réus­site, et, par­fois des li­cen­cie­ments. ■

PHO­TOS AFP

UN SI­GNAL. « Le pas­sage aux 39 heures, c’est pour don­ner un signe à Daim­ler, leur dire qu’on a bais­sé les sa­laires », mais la pro­duc­tion ne suit pas, se­lon un syn­di­ca­liste. « L’ob­jec­tif, c’est de des­cendre la masse sa­la­riale ».

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