Ta­kudz­wa Ng­we­nya un jo­ker de luxe pour le CABCL

A 31 ans, Ta­kudz­wa Ng­we­nya a dé­jà vé­cu plu­sieurs vies. Après une pige au sein du pre­mier cham­pion­nat amé­ri­cain, en avril der­nier, avec San Die­go, l’ai­lier est prêt à re­bon­dir avec le CABCL.

La Montagne (Brive) - - La Une - Ben­ja­min Pommier ben­ja­min.pommier@cen­tre­france.com

Ta­kudz­wa Ng­we­nya. Au­jourd’hui, rien qu’à l’évo­ca­tion du nom du na­tif du Zim­babwe, les dé­fen­seurs tremblent. Al­lez dont de­man­der à un cer­tain Bryan Ha­ba­na ce qu’il pense du néoB­ri­viste. Lui qui s’était lit­té­ra­le­ment fait dé­po­ser lors du der­nier match de la phase de poules des États­unis face à l’afrique du Sud au Mon­dial 2007.

Jusque­là illustre in­con­nu, Ng­we­nya se ré­vé­lait alors aux yeux de la pla­nète rug­by. Avec ses ap­puis de feu, sa puis­sance et sa pointe de vi­tesse de 10’’25 sur 100 mètres à faire pâ­lir les sprin­teurs fran­çais.

Pour­tant, le rug­by n’a ja­mais été une évi­dence pour l’amé­ri­cain. Bien au contraire. Même si ses pre­miers amours s’étaient dé­jà tour­nés vers un sport de con­tact. Le foot­ball amé­ri­cain. L’ac­tuel ai­lier était d’ailleurs « Run­ning Back » dans une for­ma­tion uni­ver­si­taire de Dal­las jus­qu’à ses 18 ans. Avant de vivre plei­ne­ment le rêve amé­ri­cain.

Il a quit­té Biarritz pour re­trou­ver ses frères aux Etats­unis

Né en 1985 dans un Zim­babwe en plein es­sor, où le Dol­lar du pays était su­pé­rieur à ce­lui des États­unis, Ta­kudz­wa Ng­we­nya pren­dra tou­te­fois ra­pi­de­ment la di­rec­tion du pays de l’oncle Sam. « Ma ma­man, qui tra­vaillait dans l’édu­ca­tion, avait été mu­tée aux États­unis. Ma soeur ha­bi­tait dé­jà à Dal­las donc avec mes frères, nous avons sui­vi le mou­ve­ment », ex­plique l’in­té­res­sé dans un par­fait fran­çais. Là­bas, le jo­ker mé­di­cal d’al­fie Ma­fi suit alors des études pour de­ve­nir ra­dio­logue quand ses frères dé­cident de s’en­ga­ger dans l’ar­mée amé­ri­caine.

En pa­ral­lèle de ses études,

Ng­we­nya fait des ra­vages dans les dé­fenses du foot amé­ri­cain. Et c’est par pur ha­sard qu’il va dé­cou­vrir le rug­by, un an avant la Coupe du monde de 2007 en France.

« Un ami est ve­nu me voir pen­dant un match et m’a pro­po­sé d’es­sayer le rug­by à VII pen­dant les va­cances. Je ne connais­sais rien et ne sa­vais pas jouer mais j’avais les qua­li­tés phy­siques ». Ce qui ne de­vait alors être qu’un simple pe­tit tour­noi dans la ban­lieue de Dal­las va alors se trans­for­mer en en­tre­tien d’em­bauche puisque Ng­we­nya tape dans l’oeil du sé­lec­tion­neur na­tio­nal de rug­by à VII amé­ri­cain pré­sent, dans les tri­bunes. « J’ai par­ti­ci­pé à des tour­nois au Ja­pon ou à Sin­ga­pour, je me ré­ga­lais », confesse la bombe cor­ré­zienne qui n’a en­core ja­mais évo­lué à 15.

« Nous cô­toyions la sé­lec­tion à 15 qui pré­pa­rait la Coupe du

monde. Et à force de bles­sures à ré­pé­ti­tion, je me suis re­trou­vé dans un squad élar­gi avant que l’équipe ne parte dis­pu­ter la Chur­chill Cup en An­gle­terre ».

A Biarritz avec Ca­bannes, Mi­gnar­di et Bu­ro­tu

Là, à quelques se­maines du Mon­dial, un nou­vel ai­lier se blesse et voi­là Ng­we­nya pro­pul­sé dans le grand bain. Il dis­pu­te­ra son pre­mier match of­fi­ciel face à l’an­gle­terre de Ja­son Ro­bin­son avant d’hu­mi­lier Ha­ba­na et de s’at­ti­rer les convoi­tises de plu­sieurs clubs an­glais et fran­çais. Les Sa­ra­cens, Biarritz et… Bayonne tiennent alors la corde avant que l’ai­lier ne donne fi­na­le­ment sa pré­fé­rence au club de Serge Blan­co. « Le sé­lec­tion­neur amé­ri­cain m’avait dit que c’était le meilleur choix pour moi, c’était le club où j’al­lais pou­voir gran­dir pro­gres­si­ve­ment ».

Bi­lan de l’opé­ra­tion, huit sai­sons pas­sées sur la Côte Basque,

50 es­sais en Top 14, 18 en coupe d’eu­rope et une fi­nale dis­pu­tée en 2010, per­due face au Stade Tou­lou­sain pour 239 ren­contres dis­pu­tées sous le maillot rouge et blanc. « Biarritz, c’est mon club, j’ai tout ap­pris là­bas et en plus, ma co­pine est basque. Je suis vrai­ment re­con­nais­sant en­vers les di­ri­geants ».

Pen­dant sa pé­riode basque, Ng­we­nya voit dé­bar­quer Mi­gnar­di, Ca­bannes et Bu­ro­tu qu’il n’a pas man­qué de re­trou­ver de­puis son ar­ri­vée à Brive jeu­di soir. Hier, le néo­cor­ré­zien a même dis­pu­té son pre­mier en­traî­ne­ment col­lec­tif. « Phy­si­que­ment, ça a été un peu com­pli­qué parce que de­puis un mois, j’étais dans mon ca­na­pé, à Dal­las, à re­gar­der du foot amé­ri­cain », se marre l’homme aux trois Coupes du monde qui avait tou­te­fois gar­dé la forme en pre­nant part au pre­mier cham­pion­nat de rug­by amé­ri­cain

avec la for­ma­tion de San Die­go. Ce qui, avant même la fin de sai­son de Pro D2, avait fait grin­cer des dents.

« Le club était sau­vé, j’ar­ri­vais en fin de contrat et mon pa­pa avait un grave sou­ci de san­té. Entre­temps, j’avais ap­pris que mes frères par­taient en mis­sion avec l’ar­mée en Sy­rie et au Ko­weït. J’ai alors dé­ci­dé de ren­trer aux États­unis pour pas­ser du temps avec ma fa­mille avant d’ap­pe­ler Biarritz pour leur dire que je ne ren­tre­rai pas. Et puis Brive m’a re­lan­cé… »

Par­fai­te­ment ins­tal­lé dans le quar­tier du Sta­dium avec sa com­pagne, Ta­kudz­wa Ng­we­nya semble dé­jà l’être tout au­tant dans le groupe. À 31 ans, l’amé­ri­cain veut prou­ver qu’il a en­core le ni­veau pour évo­luer en Top 14. Et pour­quoi pas ra­pi­de­ment re­croi­ser sur le ter­rain Bryan Ha­ba­na, ce­lui grâce à qui tout avait dé­bu­té. ■

PHO­TOS PAS­CAL PERROUIN

IN­TÉ­GRA­TION. Ta­kudz­wa Ng­we­nya n’a pas tar­dé à re­trou­ver d’an­ciennes connais­sances à l’image d’un Fran­çois Da Ros cham­breur, hier après-mi­di. « Tu dis ça parce que tu es Bayon­nais », lui a alors ré­pon­du le néo-bri­vi­site dé­jà par­fai­te­ment dans l’am­biance.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.