Le sou­rire ra­dieux du condam­né

Un sexa­gé­naire ju­gé pour at­teinte sexuelle sur une fillette

La Montagne (Brive) - - Limousin - Co­ra­lie Zarb

Jean est ce qu’on ap­pelle so­cio­lo­gi­que­ment l’idiot du vil­lage. At­teint de dé­bi­li­té lé­gère d’après l’ex­pert psy­chiatre, il n’a ja­mais quit­té la com­mune de Haute-vienne où il est né.

Un vil­lage qui est tout son uni­vers et qu’il passe son temps à ar­pen­ter, quand il ne re­garde pas Les Z’amours à la té­lé. Là­bas, tout le monde le connaît.

Après la mort de ses pa­rents, c’est sa soeur qui s’est oc­cu­pée de lui. Il n’a ja­mais eu de re­la­tions et ne sait pas comp­ter.

Sur son vi­sage hâ­lé et mar­qué de sexa­gé­naire, ses yeux bleus per­çants re­flètent le sou­rire per­pé­tuel qu’il ar­bore. Se rend­il compte qu’il est ju­gé de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Li­moges pour des faits des plus désa­gréables ? « Je ne suis pas sûr qu’il com­prenne ce qu’il risque. Il est content, il est à Li­moges, on le ba­lade… », constate son avocat Me Guillaume La­ver­dure. Jean est ju­gé pour avoir em­bras­sé une fillette de 7 ans sur la bouche et lui avoir tou­ché le ventre, ca­ché der­rière un contai­ner à verres, en mai 2015.

Un acte qui in­ter­roge sur sa dan­ge­ro­si­té et sur ce qui au­rait pu se passer si le pa­pa n’était pas in­ter­ve­nu, fai­sant fuir Jean. « Hou là ! Le père il m’au­rait se­coué ! », com­mente­il, ra­dieux.

Aux ques­tions de la pré­si­dente Ma­ga­li Gualde lui de­man­dant ce qu’il a fait, s’il a em­bras­sé la pe­tite, s’il l’a tou­chée, ce qu’il vou­lait, il ré­pon­dra tout et n’im­porte quoi. « Ah non ! Je ne l’ai pas tou­chée ! Ah ! Ça m’éton­ne­rait ! Ah, si, si, je l’ai tou­chée, sur le ventre, comme ça ! Elle vou­lait que je l’em­brasse ! Non ? Je ne l’ai pas tou­chée du tout, elle vou­lait pas ! Je ne re­com­men­ce­rais pas, ça m’a cau­sé trop d’en­nui. »

Les cris étouf­fés et scan­da­li­sés de la salle ne le font au­cu­ne­ment ré­agir. Il sou­rit.

Pen­dant la plai­doi­rie de Me Ma­rie­france Gal­brun qui fait part de son in­quié­tude pour l’ave­nir et des consé­quences ac­tuelles sur la pe­tite vic­time et sa fa­mille, pen­dant les ré­qui­si­tions du par­quet qui s’in­ter­roge sur l’im­pact d’une sanc­tion pé­nale sur cette per­son­na­li­té par­ti­cu­lière et même pen­dant la plai­doi­rie de son avocat, Jean se frot­te­ra le nez, se ca­che­ra les oreilles, sif­flo­te­ra, lè­ve­ra et bais­se­ra ses jambes ser­rées, se ca­res­se­ra le ventre, par­le­ra tout seul et sou­ri­ra.

Après l’in­ter­ven­tion du vice­pro­cu­reur Bru­no Ro­bi­net qui a re­quis trois mois de pri­son avec sur­sis mise à l’épreuve, Me La­ver­dure s’in­ter­roge. « Est­il seule­ment ac­ces­sible à une sanc­tion pé­nale ? L’ex­pert­psy­chiatre parle d’une al­té­ra­tion pa­tente du dis­cer­ne­ment. Ce n’est pas une abo­li­tion mais je ne suis pas sûr de sai­sir la nuance… »

Le tri­bu­nal a mal­gré tout sui­vi les ré­qui­si­tions. La mise à l’épreuve de Jean com­prend l’in­ter­dic­tion d’en­trer en contact avec des mi­neurs. « Il ha­bite pas loin de l’école, ce­la va être com­pli­qué », pré­vient son con­seil. Jean est re­par­ti comme il est ve­nu, avec le sou­rire. ■

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