L’eu­rope écoute l’afrique

La Montagne (Brive) - - Musique - Serge Bour­let serge.bour­let@cen­tre­france.com

Laurent de Wilde et Ray Le­ma courent le monde de­puis des dé­cen­nies, avec un pe­tit avan­tage pour le mu­si­cien fran­co-congo­lais (70 ans). Riddles, leur duo de pia­no aux confins de l’eu­rope et de l’afrique, qui sort le 21 oc­tobre chez Ga­ze­bo Re­cords, rayonne de leur belle com­pli­ci­té.

L’en­re­gis­tre­ment, en mai der­nier, avec Ray Le­ma, de l’al­bum Riddles, éton­nant duo de voya­geurs du jazz, consti­tue aux yeux de Laurent de Wilde, un temps fort de son par­cours. Ha­bi­tué aux plai­sirs de la mu­sique et de l’écri­ture, le mu­si­cien français a aus­si pu­blié au prin­temps, chez Gras­set, Les fous du son, d’edi­son à nos jours, une somme sur l’histoire des cla­viers élec­tro­niques. ■ Vous êtes ve­nu à Jazz en Tête en 1993, en 1995 et en 2013. Quel re­gard por­tez-vous sur votre par­cours de­puis vingt-trois ans ? Ce­lui d’un voya­geur éba­hi par les pay­sages qu’il dé­couvre. Au mo­ment où j’ai com­men­cé le jazz, on me de­man­dait sou­vent : le jazz n’est­il pas mort ? Pour moi il ne l’a ja­mais été et ne le se­ra ja­mais. La ca­pa­ci­té de cette mu­sique à se ma­rier avec toutes les autres qu’il ren­contre, en fait le vé­hi­cule idéal pour ten­ter des choses, s’ex­po­ser à des mondes nou­veaux dont on ap­prend pe­tit à pe­tit à parler la langue, c’est une ex­pé­rience réel­le­ment in­épui­sable.

■ Né à Wa­shing­ton, ve­nu en­fant en France, vous avez ha­bi­té à Pa­ris et New York. Qu’avez-vous ap­pris de cette double do­mi­ci­lia­tion ? Qu’il y a au­tant de jazz que de mu­si­ciens qui le jouent. Une ville comme New York peut passer pour son vé­ri­table con­ ser­va­toire, mais il s’y passe beau­coup de choses al­ter­na­tives qui ne rentrent pas dans la Grande Tra­di­tion. Pa­ris offre un mé­lange unique des cul­tures des cinq conti­nents, une di­ver­si­té de points de vue, d’émo­tions, d’esthétiques qui donne le tour­nis. Pe­tit à pe­tit se créent des af­fi­ni­tés ici ou là et pro­gres­si­ve­ment, on construit sa ville ima­gi­naire à soi, où se re­coupent toutes les in­fluences et Mar­di 18 oc­tobre Mar­quis Hill (trom­pette) puis Ken­ny Bar­ron (pia­no) : à 20 heures, à la Mai­son de la Culture, (71, bd Fran­çois-mit­ter­rand) à Cler­mont-fer­rand.

Mer­cre­di 19 oc­tobre Ja­cky Terrasson (pia­no) en duo avec Sté­phane Bel­mon­do (trom­pette) puis Ch­ris­tian Mc Bride (contre­basse) : à 20 heures, Mai­son de la culture.

Jeu­di 20 oc­tobre Keith Brown (pia­no) puis Ce­cile Mc Lo­rin Sal­vant (chant) Trio : à 20 heures, Mai­son de la Culture.

Ven­dre­di 21 oc­tobre Laurent de Wilde et Ray Le­ma, duo de pia­nos, puis John Sco­field (gui­tare) Quar­tet : à 20 heures, Mai­son de la Culture.

Sa­me­di 22 oc­tobre Julien Ber­trand (trom­pette) Quar­tet, puis Isaiah Shar­key (gui­tare) Trio : à 20 heures, Mai­son de la Cu­ture (clô­ture).

ami­tiés qui per­mettent de conti­nuer à in­ven­ter de la mu­sique qui donne en­vie d’avan­cer….

■ Les fous du son est pa­ru en mars der­nier. Pou­vez-vous nous parler de la ge­nèse de ce tra­vail de ti­tan ? De­puis les an­nées 2000, j’ai en­tre­pris un voyage dans le son au cours du­quel j’ai dé­cou­vert énor­mé­ment de choses sur cet uni­vers consub­stan­tiel à la mu­sique. Je me suis ini­tié au mi­racle de sa cap­ta­tion, de son trai­te­ment, de sa conver­sion. Alors m’est ve­nue l’en­vie d’écrire l’histoire de ces « fous du son » à qui je de­vais toutes ces mer­veilles. Je pen­sais que ça n’in­té­res­se­rait per­sonne, mais un soir de 2012, le journaliste et écri­vain Ber­trand Di­cale m’a dit que lui, ça l’in­té­res­se­rait beau­coup. Je n’étais plus seul, je me suis donc mis au tra­vail. ■ Riddles, le duo de pia­nos en­re­gis­tré avec Ray Le­ma, sort dans quelques jours. Pou­vez-vous nous faire en­trer dans ce pro­jet très ori­gi­nal ? Ray et moi nous nous connais­sons de­puis 25 ans. Notre ami­tié exis­tait de­puis long­temps en poin­tillé, et l’an­née der­nière j’ai réa­li­sé que le mo­ment était ve­nu d’ar­ro­ser cette graine qui ger­mait de­puis si long­temps. Ray est un mu­si­cien que j’ad­mire énor­mé­ment, à la fois par la pro­fon­deur de ses connais­sances mu­si­cales et sa cu­rio­si­té in­sa­tiable. En tant que pia­niste, je suis aba­sour­di par le tra­vail de conver­sion qu’il a ef­fec­tué, au cla­vier, de la tra­di­tion ryth­mique afri­caine. Du coup, ce­la ren­dait pos­sible un duo, en quelque sorte sur mon ter­rain, et un pro­jet par­ti­cu­liè­re­ment sti­mu­lant : écrire en­semble un ré­per­toire pour nos deux pia­nos. Nous nous sommes mis à ba­layer toutes sortes de rythmes tra­di­tion­nels : valse, reg­gae, rag­time, tan­go, man­dingue… À chaque fois on tri­co­tait quelque chose qui nous don­nait en­vie de dan­ser et pe­tit à pe­tit le ré­per­toire s’est dé­ve­lop­pé. Nous l’avons fixé en stu­dio, même si nous pen­sons que c’est en live que le pro­jet prend toute sa pro­fon­deur… et nous n’avons en­core que grat­té la sur­face ! ■

DUO. Ray Le­ma et Laurent de Wilde, voya­geurs com­plices de Riddles.

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