La belle voi­ture et le sexisme or­di­naire

La Montagne (Brive) - - Magazine - Michel Fillière michel.filliere@cen­tre­france.com

Le Mon­dial de l’au­to­mo­bile à Pa­ris avec ses im­man­quables hô­tesses dé­clenche une nou­velle fois des re­lents de sexisme dans un sec­teur ju­gé macho. Cer­taines de nos lec­trices montent au cré­neau pour dé­non­cer ces cli­chés d’un autre âge.

Constante avec le Mon­dial de l’au­to de Pa­ris : la pro­mis­cui­té entre les car­ros­se­ries ru­ti­lantes et les jeunes filles agui­cheuses sous les lu­mières des stands. Et même si cette an­née on n’en est plus (heu­reu­se­ment) au temps où l’on ne sa­vait plus qui étaient les vraies stars de l’évé­ne­ment, nos lec­trices ap­puient sur le cham­pi­gnon pour dé­non­cer « cette mise en scène dé­gra­dante pour les femmes ». At­ta­chez vos cein­tures !

Lu­cie lance le tur­bo : « La voi­ture est un bien asexué par ex­cel­lence, mais pour­quoi diable ces man­ne­quins­po­tiches sont­elles uti­li­sées comme

dé­co ? J’ai l’im­pres­sion désa­gréable qu’on achète la fille avec la voi­ture pour le même prix ! » Ar­melle em­braye : « Avec ces images sté­réo­ty­pées d’un autre âge, on donne un spec­tacle af­fli­geant de la femme. Cette sexua­li­sa­tion de la voi­ture as­so­ciée au pou­voir mas­cu­lin est in­sup­por­table. » Au­drey monte les rap­ports avec rage : « Il faut dé­non­cer cette dé­bauche de mar­chan­di­sa­tion du corps fé­mi­nin et se mo­bi­li­ser pour mettre fin à cette ex­ploi­ta­tion. » Et c’est un homme, Luc, qui pro­clame la sen­tence : « Il faut en fi­nir avec ce sexisme bien trop or­di­naire chez une ma­jo­ri­té de gens. »

Mau­gréer ain­si est com­pré­hen­sible. Sauf qu’en ce mo­ment, à ar­pen­ter les al­lées du Mon­dial ou à aus­cul­ter les images des mé­dias, on note que les te­nues sont moins af­frio­lantes, avec sou­vent un look pan­ta­lon­chaus­sures plates. On s’aper­çoit aus­si qu’il y a de plus en plus de gar­çons, même s’il est vrai qu’ils ne prennent pas la même pose.

« Tous ces man­ne­quins, n’est­ce pas fi­na­le­ment dé­mo­dé ? » s’in­ter­roge Lu­cie qui pré­fé­re­rait « qu’on ac­cepte de parler avec sé­ rieux de la femme dans ce monde macho de la voi­ture. » Com­bien a­t­elle rai­son !

Notre lec­trice se­ra sans doute sa­tis­faite d’ap­prendre que la dé­lé­ga­tion du Sé­nat aux droits des femmes a ren­du, la se­maine der­nière, un rap­port sé­vère sur le manque de mixi­té dans ce sec­teur pour en fi­nir avec ce sexisme or­di­naire et éra­di­quer « les cli­chés sur les femmes au vo­lant, hé­ri­tage des dé­buts de l’au­to­mo­bile, can­ton­nant la femme au rang de pas­sa­gère. » Des sé­na­teurs de­man­dant en­core plus de vi­gi­lance à l’égard des pu­bli­ci­tés « afin de pré­ve­nir les mes­sages sexistes. »

Et elle se­ra re­con­nais­san­teà Vic­tor quand il af­firme que « chez moi, ma femme est dé­ci­sion­naire dans le pro­ces­sus d’achat de la voi­ture fa­mi­liale. »

Il fau­dra du temps pour que les moeurs évo­luent. Pour que les femmes ne soient plus consi­dé­rées que comme des « pas­sa­gères ». En­quête à l’ap­pui, Jeanne confirme : « les femmes sont moins dan­ge­reuses au vo­lant que les hommes. »

Elles ne veulent sur­tout plus être re­gar­dées comme des faire­va­loir de la belle au­to. Même si, elles peuvent tou­jours rire de ce bon mot de l’hu­mo­riste amé­ri­caine Ri­ta Rud­ner : « Pour attirer les hommes, je porte un parfum qui s’ap­pelle in­té­rieur de voi­ture… » ■

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