Le père Ris­so livre son re­gard ai­gui­sé sur le pays d’ob­jat

La Montagne (Brive) - - La Une - Vir­gi­nie Fillâtre vir­gi­nie.fillatre@cen­tre­france.com

Res­pon­sable de l’en­semble in­ter­pa­rois­sial d’ob­jat de­puis huit ans, le père Nicolas Ris­so porte un re­gard aver­ti sur un pays d’ob­jat « bé­ni des dieux » qu’il se plaît à par­cou­rir et à ob­ser­ver.

Lo­tois de nais­sance mais « la­bel­li­sé cor­ré­zien » comme il le dit lui­même, le père Nicolas Ris­so a ac­cep­té de par­ta­ger son re­gard ai­gui­sé, riche de huit an­nées d’ob­ser­va­tion et d’écoute, sur le pays d’ob­jat.

1 Une terre de fé­li­ci­té. « Par contraste aux autres par­ties de la Corrèze que je connais, ici, on est d’abord dans la ré­gion du so­leil, des co­teaux, des ver­gers, avec sa noix, sa châ­taigne, sa truffe, ses cham­pi­gnons et son veau de lait.

Pour­tant, des fois, je me de­mande si les gens n’ont pas per­du un peu de leur confiance dans les biens de la terre et de ce monde qui leur ont été don­nés. Dans le fond, il y a une dif­fi­cul­té à se ré­jouir des dons que l’on a re­çus. On est dans un pays où la na­ture est lar­ge­ment gé­né­reuse avec nous, où l’his­toire in­dus­trielle existe en­core for­te­ment. C’est en por­tant un re­gard po­si­tif sur les atouts du ter­ri­toire qu’on re­de­vien­dra créa­teur. Pas en se la­men­tant ».

2 Une pro­pen­sion à se ré­in­ven­ter. « Ob­jat, c’est l’his­toire d’un pays qui a tou­jours su in­ven­ter, créer, s’adap­ter à par­tir de sa ri­chesse de fond qui était celle de son ter­ri­toire. Le dé­ve­lop­pe­ment de l’agri­cul­ture au XIXE siècle a fait qu’on s’est mis à l’osier et au ma­raî­chage. Le dé­ve­lop­pe­ment des voies de com­mu­ni­ca­tions a conduit au dé­ve­lop­pe­ment du mé­tier d’ex­pé­di­ teur. Quand ce mé­tier a dis­pa­ru, on est pas­sé à la conser­ve­rie, puis aux po­mi­cul­teurs. À chaque fois, les gens d’ici ont su ré­in­ven­ter quelque chose. Mais au­jourd’hui, j’ai un peu de mal à voir l’étape sui­vante, tout du moins dans le monde agri­cole. Car il y a quand même, comme grande in­no­va­tion, la créa­tion de cos­mé­tiques à par­tir de pâte vé­gé­tale ».

3 Une éco­no­mie en crise. « Je ne suis pas un ex­pert, mais à vue de nez, je di­rais que dans l’éco­no­mie lo­cale, il manque en li­qui­di­té deux à trois mil­lions d’eu­ros liés à la mo­ro­si­té du mar­ché, que ce soit dans l’agroa­li­men­taire, le tou­risme ou le com­merce ».

4 Le prag­ma­tisme pour ré­ponse. « Sur Ob­jat, par rap­port à la réa­li­té éco­no­mique et so­ciale, le prag­ma­tisme pré­vaut. D’où le ré­amé­na­ge­ment de toute l’en­trée d’ob­jat ; ou la re­cherche qui est me­née pour ré­in­ven­ter le mar­ché. Je crois que les élus sentent qu’il y a quelque chose de nou­veau à ré­écrire à par­tir des sa­voir­faire. Ça, c’est plu­tôt en­cou­ra­geant ».

5 Une tra­di­tion de bu­si­ness. « Le coeur de l’éco­no­mie, c’est le mar­ché. Il est in­té­res­sant de voir que les deux grands mar­chés d’ob­jat – du di­manche et aux veaux – sont des lieux d’échanges, de sti­mu­la­tion et de créa­ti­vi­té. Ils sont em­blé­ma­tiques de la vie éco­no­mique. Ici, existe une tra­di­tion du bu­si­ness. Pour les Ob­ja­tois, ce qui se­rait dra­ma­tique, ce se­rait qu’il n’y ait plus de trans­mis­sion de cette culture­là aux nou­velles gé­né­ra­tions ».

6 Une ca­pa­ci­té de mobilisation. « Dans la vie as­so­cia­tive, il existe une vraie puis­sance de mobilisation des ac­teurs à l’image des grands concerts qu’il a pu y avoir. Je le vois aus­si au ni­veau de la pa­roisse. Dans notre sec­teur, on a en­vi­ron 60 laïques en­ga­gés dans la vie pa­rois­siale. C’est un pays où, dès qu’il y a de l’ini­tia­tive, les gens se mo­bi­lisent au­tour ».

7 Brive, une ému­la­tion. « La proxi­mi­té de Brive oblige à l’ini­tia­tive, à la créa­ti­vi­té. Il n’y a pas d’op­po­si­tion. Mais plu­tôt de la com­pé­ti­tion. C’est un match de rug­by qui se joue. Ami­cal, mais un match. C’est vrai que les deux ne jouent pas for­cé­ment dans la même di­vi­sion, mais ce n’est pas né­ga­tif ».

8 Une dé­na­ta­li­té in­quié­tante. « La dé­na­ta­li­té en Corrèze est un in­di­ca­teur de perte de vi­ta­li­té. Sous trois ans, se­lon les chiffres du Con­seil dé­par­te­men­tal, on va perdre 900 élèves dans le pri­maire. Si les zones les plus riches de notre dé­par­te­ment sont at­teintes, qu’en est­il du reste ? Certes Ob­jat n’est pas à plaindre. Mais pour com­bien de temps ? »

9Un ha­bi­tat an­cien à ré­no­ver. « Deux pro­blé­ma­tiques m’in­ter­rogent : celle de la ré­no­va­tion de l’ha­bi­tat an­cien ; et celle des gens de classes moyennes ou ou­vrières qui sont obli­gés de vendre leur mai­son.

Ne pour­rait­on pas trou­ver un in­ter­mé­diaire pour que la ré­no­va­tion de l’an­cien puisse ser­vir à des fa­milles qui pour­raient vivre sans s’en­det­ter en cé­dant à cette obli­ga­tion so­cié­tale d’ac­cé­der à la pro­prié­té ? On est en ef­fet confron­té à des si­tua­tions par­fois dra­ma­tiques. Or il y a un cer­tain nombre de lo­ge­ments va­cants, ce qui m’in­ter­roge beau­coup. Mais ça passe par une prise de conscience des pro­prié­taires ». ■

PHOTO PAS­CAL PERROUIN

PÈRE RIS­SO. d’ob­jat. Homme d’église, d’his­toire et de culture, le père Ris­so par­tage sa vi­sion du pays

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.