Le rug­by sport roi d’une ci­té ob­ja­toise terre d’ova­lie

La Montagne (Brive) - - La Une - Vir­gi­nie Fillâtre vir­gi­nie.fillatre@cen­tre­france.com

Joueur fi­dèle et em­blé­ma­tique de L’USO, Jean-pierre La­fon, du haut de ses 85 ans, a vu le rug­by chan­ger et le club ob­ja­tois tra­ver­ser des hauts et des bas. Sé­quence sou­ve­nirs…

L’en­ga­ge­ment phy­sique, le contact, l’in­tel­li­gence du jeu, la beau­té du geste. Tels sont les at­traits qui ont ame­né l’ob­ja­tois Jean­pierre La­fon à plon­ger dans l’uni­vers de l’ova­lie, et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans les rangs de L’USO. « J’avais mes deux oncles qui pra­ti­quaient le rug­by, dont un qui avait neuf ans de plus que moi et qui m’em­me­nait voir les matches un peu par­tout. Ça m’a don­né en­vie de jouer ».

Tant et si bien qu’à par­tir de 1945, à 14 ans, le jeune Jean­pierre suit l’équipe en quête d’une pe­tite place. « En 1946, un jour, je suis ar­ri­vé au stade et on m’a dit : “Tu veux jouer ? Il y a une place de pi­lier”. C’était contre Saint­cé­ré. En face de moi, un joueur qui de­vait faire 110 ki­los. Der­rière, un co­équi­pier fai­sait, lui, 100 ki­los. À la

« Ce club a été une grande part de ma vie ». JEAN-PIERRE LA­FON Fi­dèle n° 13 de L’USO

pre­mière mê­lée, j’ai pas­sé la tête entre les jambes et j’ai été plié en deux. J’ai fi­ni le match là ! ».

Pas de quoi le dé­cou­ra­ger pour au­tant. « J’ai quand même conti­nué à ve­nir et on a fi­ni par me faire jouer ». Centre, ar­rière, trois­quart centre. Les postes se suc­cèdent. « En 1948, j’ai été sé­lec­tion­né ar­rière en ju­nior en Li­mou­sin. L’an­née d’après, je suis pas­sé trois­quart centre. Un poste que j’ai conser­vé ».

Un n° 13 qui va tra­ver­ser l’âge d’or des « bleu et blanc », mais aus­si ses pé­riodes de tur­bu­lences. « La sai­son 1955­1956, il n’y avait plus d’équipes à Ob­jat. C’est la seule an­née où j’ai joué ailleurs ». À Pom­pa­dour exac­te­ment, en 4e sé­rie, où il a été cham­pion de France.

« À l’époque, j’éle­vais des la­pins. Je suis al­lé à la mi­no­te­rie cher­cher du son et Mon­sieur La­garde, qui m’avait vu en­trer, m’a ap­pe­lé. La pre­mière chose qu’il m’a dite a été : “La­fon, tu n’as pas honte de jouer à Pom­pa­dour et qu’il n’y ait pas d’équipe à Ob­jat ? Tu vas t’oc­cu­per d’en re­mon­ter une”. Ce que j’ai fait ».

De l’hon­neur à la deuxième di­vi­sion

Les dettes du club rem­bour­sées, un nou­veau bu­reau mon­té, et L’USO pou­vait re­naître de ses cendres. Au plus bas de l’échelle, certes, mais pas pour long­temps. Re­mon­tée en hon­neur, l’équipe est al­lée cher­cher l’an­cien deuxième ligne bri­viste Co­quillaud pour voir en­core plus haut. « On sa­vait qu’on était faible de­vant. Du coup, tous, di­ri­geants et joueurs, nous nous sommes co­ti­sés pour réunir les 6.000 francs né­ces­saires pour le faire ve­nir ».

À la fin de la sai­son, le doc­teur Pierre Du­mas, jeune tou­bib ob­ja­tois, prend les rênes du club. « Pen­dant trente ans, ça a été un grand pré­sident ». L’équipe, de son cô­té, n’a eu de cesse de gra­vir les éche­lons, jus­qu’à la deuxième di­vi­sion. « Nous sommes res­tés 7 ou 8 ans à ce ni­veau­là. On a même, une an­née, ob­te­nu notre billet d’ac­ces­sion à la pre­mière di­vi­sion en bat­tant Car­cas­sonne. Mais Pierre Du­mas a re­fu­sé la mon­tée car on n’avait pas les moyens. Il y avait des dé­pla­ce­ments jus­qu’à Aixen­pro­vence. Avec des gens qui tra­vaillaient, ce n’était pas pos­sible. On a donc lais­sé notre place à Li­moges, qui eux des­cen­daient ». En 1989, Pierre Du­mas, à la re­traite, laisse lui aus­si sa place. « C’est Mon­sieur Gaillard, qui te­nait le su­per­mar­ché, qui a pris le re­lais. Il m’a de­man­dé de gé­rer les fi­nances. Comme je ne vou­lais pas être tré­so­rier tout seul, j’ai eu Gé­rard Bon­net comme ad­joint ».

En 1992, Gaillard parti, Jean­pierre La­fon dé­cide de prendre du re­cul. Mais reste un membre fi­dèle de L’USO. « Ce club a été une part de ma vie. De­puis 1945, j’ai tou­jours eu ma carte. D’abord une li­cence de joueur, puis une de di­ri­geant ».

Au­jourd’hui, Jean­pierre conti­nue d’as­sis­ter aux matches et me­sure à quel point ce sport a bien chan­gé. « Ce qu’était le rug­by en mon temps et main­te­nant, ça n’a plus grand­chose à voir. L’état d’es­prit était dif­fé­rent. Dans les an­nées 1950, quand je jouais, je payais mes af­faires. On payait pour pra­ti­que­ment tout. Alors que main­te­nant, il faut tout four­nir aux joueurs et en plus, il faut leur don­ner de l’ar­gent ! Ce n’était pas du tout pa­reil. Nous, on avait l’es­prit Ob­jat, on dé­fen­dait Ob­jat, on était des co­pains d’ob­jat. On a tou­jours eu des gens qui ve­naient d’à cô­té (Vou­te­zac, Saint­ro­bert, Vi­gnols, Saint­solve…), mais avec l’es­prit d’ob­jat. Il exis­tait une vraie iden­ti­té ».

« De­puis 1945, j’ai tou­jours eu ma carte au club »

Un sup­plé­ment d’âme que Jean­pierre La­fon ai­me­rait re­trou­ver sous les cou­leurs qu’il a si long­temps por­tées et dé­fen­dues : « Cette sai­son, je ne sais pas ce que ça va faire. C’est mal em­bar­qué. Il n’y a plus l’am­biance dans la ci­té et dans le club qu’il y avait à l’époque ».

Une perte d’en­goue­ment liée aux ré­sul­tats, sû­re­ment, mais pas seule­ment. « Pour re­mon­ter une belle équipe, il faut une conti­nui­té di­ri­geante, avec des gens qui s’in­ves­tissent, qui aillent cher­cher des sous. Pas un bu­reau qui change tout le temps comme à l’heure ac­tuelle. Il faut aus­si te­nir la tré­so­re­rie. Mon­ter un bud­get, c’est dif­fi­cile, car les re­cettes sont tri­bu­taires de la fréquentation, et donc de la mé­téo ». Des condi­tions sine qua non, se­lon JeanPierre, pour es­pé­rer re­don­ner au club son lustre d’an­tan. « Nous avons une bonne équipe ju­nior, dans la­quelle j’ai deux ne­veux. Pour gar­der ces jeunes, il faut bâ­tir un noyau dur et du­rable à la tête du club ». ■

PHO­TO DR

PASSION. Jean-pierre La­fon (bal­lon en main) a dé­fen­du les cou­leurs de L’USO avec passion et dé­ter­mi­na­tion.

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