Ren­contre et dia­logue pour com­battre le har­cè­le­ment sco­laire

Une confé­rence, jeu­di soir, sur le har­cè­le­ment sco­laire

La Montagne (Brive) - - La Une - Blan­dine Hu­tin-mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com

Jean-pierre Bel­lon était, jeu­di soir, l’in­vi­té de l’as­so­cia­tion des pa­rents de Bossuet, pour une confé­rence dans la­quelle il a évo­qué les germes du har­cè­le­ment et une mé­thode pour les dé­truire.

Jean­pierre Bel­lon est pro­fes­seur de phi­lo­so­phie. Au­teur de plu­sieurs ou­vrages trai­tant du har­cè­le­ment sco­laire, il a fon­dé en 2006 le site In­ter­net har­ce­le­ment­en­tree­leves, long­temps seule base do­cu­men­taire sur le su­jet. ■ Le har­cè­le­ment sco­laire est-il re­con­nu ? Ce phé­no­mène a été théo­ri­sé dans les an­nées 1970 dans les pays scan­di­naves. C’est au­jourd’hui l’es­sen­tiel de la vio­lence à la­quelle sont confron­tés les éta­blis­se­ments sco­laires moyens, comme à Brive. 9 à 10 % des élèves sont concer­nés, tous éta­blis­se­ments confon­dus. Au­jourd’hui, ce phé­no­mène est re­con­nu par le Mi­nis­tère, les jeunes peuvent l’iden­ti­fier. Mais nous sommes moins ar­més pour le trai­ter. ■ Comment se met-il en place? Il n’y a pas de pro­fil de cible, même si un en­fant qui a été fra­gi­li­sé par ce type de rap­port dans son en­fance a plus de dif­fi­cul­té pour ré­agir en cas de nou­velle agres­sion. Et les har­ce­leurs ne sont pas, pour l’es­sen­tiel, des per­vers, des mé­chants.

Le har­cè­le­ment, c’est une ren­contre toxique entre élèves. La clé, c’est l’ef­fet de groupe. On se moque, on sur­nomme, sans s’en rendre compte. Et sanc­tion­ner, pu­nir ne marche pas, parce que ce­la ren­force le groupe contre sa cible. C’est pour ce­la que la cible ne veut pas par­ler… Le har­cè­le­ment, c’est un iso­le­ment avant tout ; le ré­seau d’amis est pro­tec­teur. ■ Comment rompre cet ef­fet de groupe ? Il existe des mé­thodes al­ter­na­tives, qui passent par des ren­contres avec le har­ce­leur. No­tam­ment la mé­thode du Sué­dois Ana­tol Pi­kas, dite de pré­oc­cu­pa­tion par­ta­gée.

Des per­son­nels de l’éta­blis­se­ment, en­sei­gnants de pré­fé­rence, d’une autre classe que celle du har­ce­leur, pro­voquent des ren­contres in­di­vi­duelles et ré­pé­tées avec lui ; brèves, as­sez cour­toises au dé­but, qui, en mê­lant bien­veillance et fer­me­té, du­re­ront jus­qu’à ce que cesse le har­cè­le­ment. L’idée, c’est d’ame­ner le jeune à re­con­naître de lui­même qu’un autre va mal, et de l’in­vi­ter à trou­ver lui­même des sug­ges­tions pour que la si­tua­tion cesse. Et ça marche ! Avec un taux de réus­site de 80 %, ça marche, parce qu’on ne culpa­bi­lise per­sonne, qu’on per­met à tout le monde de s’en sor­tir la tête haute. Il ne faut pas dans ces si­tua­tions qu’il y ait des vain­queurs et des vain­cus. ■ Le cy­ber-har­cè­le­ment change-t-il la donne ? Au­jourd’hui, la mai­son n’est plus un en­droit pro­té­gé, mais l’école peut avoir en­core prise quand le har­cè­le­ment y dé­borde. Le plus dan­ge­reux, c’est quand tout se passe en ligne. Le cas le plus grave, c’est le sex­ting ; c’est un piège qui peut conduire très ra­pi­de­ment au sui­cide. Là, on sort de la mé­thode Pi­kas, mais il fau­drait que pro­fes­sion­nels et fa­milles soient sen­si­bi­li­sés. Au mo­ment où la pho­to est re­layée, puis au mo­ment où tout le monde, à l’école, fond sur la vic­time, il y a de vraies dis­cus­sions à avoir avec les jeunes. Et il faut en­tou­rer très vite la cible. Beau­coup de pays font des cam­pagnes de sen­si­bi­li­sa­tion à ce su­jet, et la France ne fait rien ! ■ Vous ap­pe­lez donc à la vi­gi­lance ? Il faut veiller aux en­fants qui se re­trouvent seuls. Et don­ner aux jeunes l’oc­ca­sion d’en par­ler. Dans ce phé­no­mène, tout le monde, har­ce­leur, cible… est mal à l’aise. Il faut ou­vrir le dia­logue. ■

PHO­TO B.H.

JEAN-PIERRE BEL­LON. « On ne fe­ra pas dis­pa­raître le har­cè­le­ment, c’est dans la na­ture hu­maine ; on peut évi­ter qu’il se dé­ve­loppe ».

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