Le Ra­cing 92 dans le vi­seur

Des traces de cor­ti­coïdes dans les urines de trois joueurs

La Montagne (Brive) - - Sports L'actu Nationale -

Des traces de cor­ti­coïdes ont été trou­vées dans les urines de trois joueurs du Ra­cing 92, dont la su­per­star Dan Car­ter, trois fois meilleur joueur du monde, à l’is­sue de la fi­nale du Top 14 rem­por­tée face à Tou­lon en juin, a ré­vé­lé hier le jour­nal L’équipe.

Les échan­tillons po­si­tifs de Dan Car­ter, Joe Ro­ko­co­ko et Juan Im­hoff, ne dé­bou­che­ront pas for­cé­ment sur une sanc­tion pour dopage. Ex­pli­ca­tions.

Les faits. Le 24 juin der­nier, l’agence fran­çaise de lutte contre le dopage (AFLD) contrôle tous les joueurs de la fi­nale du Top 14 dé­lo­ca­li­sée au Camp Nou à Bar­ce­lone et rem­por­tée par le Ra­cing 92 face à Tou­lon.

Dans les urines de trois des prin­ci­paux joueurs du nou­veau cham­pion de France, sont re­trou­vées des traces de cor­ti­coïdes, pro­duit in­ter­dit en com­pé­ti­tion sans au­to­ri­sa­tion mé­di­cale.

Les Néo­zé­lan­dais Dan Car­ter, Joe Ro­ko­co­ko et l’ar­gen­tin Juan Im­hoff, les trois joueurs concer­nés, avaient été dé­ter­mi­nants dans la vic­toire hé­roïque du Ra­cing, en in­fé­rio­ri­té nu­mé­rique pen­dant plus d’une heure.

Qui dit quoi ? Simon Por­ter, agent des NéoZé­lan­dais Dan Car­ter et Joe Ro­ko­co­ko, a af­fir­mé hier que la prise de cor­ti­co­sté­roïdes par les deux joueurs ré­pon­dait à une « uti­li­sa­tion thé­ra­peu­tique ».

Un peu plus tard, le Ra­cing ad­met­tait dans un communiqué que les deux stars ne pos­sé­daient pas d’au­to­ri­sa­tions d’usage à des fins thé­ra­peu­tiques (AUT) puisque leur trai­te­ment aux cor­ti­coïdes était « au­to­ri­sé ».

« Il s’agit de trai­te­ments ad­mi­nis­trés par voie au­to­ri­sée, pro­di­gués en ré­ponse à des pa­tho­lo­gies avé­rées, plu­sieurs jours avant la fi­nale du Top 14 et ne né­ces­si­tant pas D’AUT », se­lon le club.

Quelle est la règle en ma­tière de cor­ti­coïdes ? Les cor­ti­coïdes aux ver­tus mul­tiples (an­ti­in­flam­ma­toires, an­ti­dou­leur, an­ti­al­ler­giques...) sont in­ter­dits en com­pé­ti­tion lors­qu’ils sont uti­li­sés par voie sys­té­mique (orale, in­tra­vei­neuse, in­tra­mus­cu­laire ou rec­tale). Ils sont au­to­ri­sés par voie lo­cale (ar­ti­cu­laire, ten­di­neuse, épi­du­rale, cu­ta­née et in­ha­lée).

Les ana­lyses an­ti­do­page ne peuvent pas dé­ter­mi­ner la voie d’ad­mi­nis­tra­tion et sont donc tou­jours ren­dues po­si­tives. D’où la nécessité d’ob­te­nir une AUT en cas d’usage sys­té­mique, ou de dé­cla­rer la prise de cor­ti­coïdes par voie lo­cale lors du contrôle an­ti­do­page.

Quel est l’usage avan­cé par les joueurs ? Bles­sés res­pec­ti­ve­ment à un mol­let et à un ge­nou, Car­ter et Ro­ko­co­ko ont eu re­cours à des cor­ti­coïdes plu­sieurs jours avant la ren­contre, par le biais d’in­fil­tra­tions par voie ar­ti­cu­laire ou ten­di­neuse, ne né­ces­si­tant rien d’autre qu’une dé­cla­ra­tion en bonne et due forme au mo­ment du contrôle.

Quelle est la mis­sion de la fé­dé­ra­tion ? L’AFLD, res­pon­sable du contrôle et de l’ana­lyse, a trans­mis le dos­sier à la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de rug­by .

La FFR, qui a re­çu le cour­rier « il y a plu­sieurs se­maines », dis­pose de dix se­maines pour prendre une dé­ci­sion.

La Com­mis­sion dis­ci­pli­naire de lutte contre le dopage de la FFR a ou­vert une pro­cé­dure. Les trois joueurs ont été convo­qués mais pas en­core au­di­tion­nés.

« Ce qui est im­por­tant, c’est qu’on reste un sport propre » Franck Azé­ma

La com­mis­sion doit main­te­nant ana­ly­ser et com­pa­rer les ré­sul­tats ren­dus par le la­bo­ra­toire avec le dos­sier mé­di­cal des joueurs. En clair, les quan­ti­tés de cor­ti­coïdes re­trou­vées dans les urines cor­res­pondent­elles à la prise dé­cla­rée en termes de date, de quan­ti­té et de mode d’ad­mi­nis­tra­tion ?

Une pra­tique cou­rante consiste en ef­fet à dé­cla­rer l’usage de cor­ti­coïdes par voie au­to­ri­sée et à l’uti­li­ser par une voie pro­hi­bée.

Que risquent les joueurs/le club ? Si la FFR es­time qu’il y a un dé­ca­lage entre les dé­cla­ra­tions et les ré­sul­tats des ana­lyses, les joueurs pour­ront être sus­pen­dus. Dans ce cas, la sanc­tion ne de­vrait pas être longue. Les sanc­tions sont sus­cep­tibles d’ap­pel.

Le club pour­rait pour sa part être sanc­tion­né si, comme le pré­voit le code mondial an­ti­do­page, trois joueurs au moins sont re­con­nus po­si­tif. Pour ce­la, il fau­drait donc qu’au­cun des trois mis en cause ne par­vienne à convaincre les « juges ».

Comment ré­agit le monde du rug­by ? Pro­vale, le syn­di­cat des joueurs pro­fes­sion­nels, a sou­li­gné « que les élé­ments avan­cés au­jourd’hui (ven­dre­di, ndlr) n’ap­portent au­cu­ne­ment la preuve d’une pra­tique illé­gale de la part de ces joueurs. »

Même son de cloche du cô­té de la Ligue (LNR), pour la­quelle « les com­men­taires ou conclu­sions an­ti­ci­pées sont dé­pla­cés et sans fon­de­ment » avant le terme des in­ves­ti­ga­tions.

La pru­dence est aus­si de mise dans les clubs concur­rents. Ain­si, Franck Azé­ma, l’en­traî­neur de Clermont, qui s’était in­cli­né en de­mi­fi­nale du Top 14 la sai­son pas­sée face au Ra­cing 92 a dé­cla­ré : « Au­jourd’hui, on ne sait pas. C’est fa­cile de ba­lan­cer, mais il faut sa­voir pour­quoi. Ce qui est im­por­tant, c’est qu’on reste un sport propre (...) et que l’on n’en­tache pas le cham­pion­nat avec des his­toires comme cel­le­là. » ■

8e jour­née. Le Ra­cing 92 re­çoit le Stade Fran­çais, cet après-mi­di (14 h 45).

CAR­TER. La star du Ra­cing, ici lors de la fi­nale du Top 14, à Bar­ce­lone. C’est à l’is­sue de ce match que des contrôles an­ti­do­page ont été faits et ont ré­vé­lé des traces de cor­ti­coïdes dans les urines de trois joueurs du club fran­ci­lien.

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